• 5 à 7 Philo du dimanche 27 octobre 2015 : 10 participants

     Le silence a-t-il un sens ?

     

     Introduction  par Anne

     Analyse des termes du sujet

    En se référant aux définitions  données dans le Larousse,

    Le mot silence est :

    • L’absence de bruit dans un lieu calme : Travailler dans le silence. Faire silence.
    • Le fait de se taire, de ne rien dire : Cette déclaration a été accueillie par un silence glacial.
    • Le fait de cesser de donner de ses nouvelles, notamment par lettre : S'inquiéter du silence d'un ami.
    • L’absence de mention de quelque chose dans un écrit : Le silence de la loi sur ce délit.
    • En musique, interruption plus ou moins longue du son ; signe qui sert à indiquer cette interruption.

    Le mot sens est :

    • Ce que quelque chose signifie, ensemble d'idées que représente un signe, un symbole : Le sens d'une allégorie
    • Ce que représente un mot, objet ou état auquel il réfère : Chercher le sens d’un mot dans le dictionnaire.
    • La raison d’être, la valeur, la finalité de quelque chose, ce qui la justifie et l’explique : Donner un sens à son existence.

    On peut s’interroger sur notre capacité à percevoir, entendre, interpréter quelque chose qui n’émet aucun son.

    Le silence a-t-il un sens ?  

    Avant de chercher les définitions, je me suis d’abord demandé si le silence existait hors de nous, si on pouvait en faire l’expérience. A moins qu’on ne le recherche volontairement, on n’en prend souvent conscience que par contraste, lorsqu’un bruit s’interrompt brusquement. L’expérience a été tentée scientifiquement dans ce qui s’appelle une chambre anéchoïque, qui absorbe les sons extérieurs à 99,99%.

    Steven Orfield, créateur de cette chambre, a lancé un défi qui consiste à rester le plus longtemps possible dans cette pièce sans lumière. Le temps le plus long est de 45 minutes. Les sons corporels sont les seuls perceptibles. Le bruit le plus distinct et le plus dérangeant reste celui de la valve cardiaque qui palpite. Le silence est tel qu’après un certain temps d'accoutumance, tous nos sens deviennent plus sensibles. L'ouïe en particulier se développe suffisamment pour nous permettre d'entendre le son produit par nos organes. Il est alors possible d'entendre notre cœur, notre estomac et même nos oreilles. Peu à peu, cela devient insupportable et les hallucinations commencent. L'expérience est en effet si déroutante que les gens frôlent la folie. Les astronautes s’y entraînent. A nos oreilles humaines, l’univers est silencieux.  

    C’est peut-être pourquoi, souvent, le silence fait peur. Parce qu’il nous renvoie l’image de la mort ? Souvent, nous ne le supportons pas, et le fuyons. Pourquoi la société de consommation a-t-elle horreur du silence ? Nos vies quotidiennes en témoignent sans arrêt : depuis la radio allumée au réveil jusqu’aux musiques d’ascenseurs, il n’est pas un lieu qui ne soit habité et habillé de musique, de sons et de paroles jusqu’à l’injonction psychanalytique de parler. Au point que l’on s’extasie littéralement sur la qualité du silence à la campagne, la nuit, et que l’on tienne les lieux où le silence est de rigueur comme des sortes de sanctuaires.

    Il semble donc qu’il y ait le silence émis, celui qu’on produit quand on se tait, et le silence reçu. Il y a peut être là une affaire de communication.

    Je vais donc vous laisser la parole avec humour: Que l’on nous noie dans les bruits, ou que l’on nous enjoigne au silence, n’est-ce pas, à chaque fois, une façon de nous « couper le sifflet » ?

    Echanges

    Mireille : En faisant mes recherches sur l’étymologie du mot silence, j’ai trouvé un article fort intéressant de Marie-Karine Lhommé chercheuse au laboratoire HISOMA (Histoire et Sources des Mondes Antiques)  de Lyon. Je la cite : « Dans le cadre de la differentia entre deux verbes signifiant ‘se taire’, silere et tacere, le pseudo-Charisius donne une étymologie du verbe silere tirée de la signification même de la lettre S, qui est, d’après Festus, notation du silence. Cette lettre est considérée par des grammairiens latins comme malsonnante, plus un sifflement qu’une lettre, capable de disparaître du mètre au besoin. Combinée à T elle devient l’interjection onomatopéïque ST, souvent liée à tace, qui intime le silence en vers comme en prose… Dans la plupart des textes de differentiae conservés, les deux termes s’appliquent à la parole humaine.  Tous deux concernent des personnes qui soit s’interrompent (généralement silere), soit n’ont pas commencé à parler (généralement tacere) »

    Chez les latins on a donc le couple : silere qui arrête la parole et tacere qui la garde cachée, enfermée. Il existe du côté grec un couple semblable, mais ne lisant pas l’écriture du grec ancien je ne peux pas vous dire ces mots. Le silence est, dans son sens originel, l'état de la personne qui arrête de parler. Dans son sens actuellement le plus courant, c'est l'absence de bruit, c'est-à-dire de sons indésirables. Le silence absolu serait, s’il existe, l'absence de tout son audible. C’est intéressant de voir comment le sens de ces deux mots s’est interchangé et comment aujourd’hui encore ils restent intimement liés. Ça m’a rappelé le nombre de fois où, devant l’agitation de mes petits élèves, j’ai pu utiliser ce couple de mots en disant « Silence ! Taisez-vous ! »

    Je terminerai en posant la question : Comment dire le silence, comment l’écrire, sans le briser, sans le trahir ?

    Philippe C. : Il y a une phrase que j’aime bien, du maître chinois Confucius qui est : «Tais-toi ou dis quelque chose qui vaut mieux que le silence ». Là on est tout à fait dans la notion de la parole, et le silence est associé à la parole. «  La parole est d’argent et le silence est d’or ». Peut-on imaginer un être humain qui soit capable du silence le plus complet ? Même quand on ne parle pas, les mots sont là dans la pensée, la parole est permanente. Le silence est difficile à obtenir pour soi même, parce qu’on ne peut pas s’arrêter de penser.

    Anne : Certains s’y entrainent. Mais tout de même, la question est « Le silence a-t-il un sens ? »

    Philippe C. : Oui mais quel sens ?

    Mireille : Moi je comprends : le silence sert il à quelque chose ? Veut-il dire quelque chose ?

    Anne : J’avais noté ça : le silence comme absence de parole veut-il dire quelque chose ? Est-ce que, comme la parole, il renvoie à une signification ?

    Marie France : Dans certains cas, oui. Si volontairement on se livre au silence, c’est peut être pour ne pas dire quelque chose qui peut se retourner contre soi. A un moment donné le silence vaut mieux que s’exprimer.

    Nathalie : J’ai essayé d’entendre le silence mais le silence absolu n’existe pas, il y a toujours un craquement, un souffle, il y a toujours des petits bruits. A travers des expériences récentes, je me suis rendue compte que le grand silence  qui m’a marquée était un cri de détresse qu’on ne peut entendre que par un sens différent de l’ouïe. C’est le silence d’une personne qui ne donnait plus de ses nouvelles, qui restait dans un silence absolu. Ce silence là, ce silence de la parole est plus perceptible que celui qu’on peut percevoir par l’oreille.  Est-ce qu’on est capable, en tant qu’être humain, de toujours interpréter les silences de l’autre ?

    Anne : C’est pour ça que je parlais de communication tout à l’heure. Je pense qu’il y a l’émetteur, celui qui fait silence, le fait-il sciemment ou pas ? Ça peut être un choix ou quelque chose de plus ou moins inconscient. Et celui qui reçoit ce silence comment le reçoit-il ?

    Nathalie : J’ai plus l’impression  que c’est une question d’intuition.

    Pierre : Vous parlez de communication, je pense que par essence l’être humain est un être de communication. On est toujours deux, que ce soit dans la présence de l’autre ou dans la parole de l’autre. Faire silence me semble être un acte volontaire. On choisit de faire silence parce que nous ne sommes pas en état de communication.  C’est là ou le sens du silence vient : qu’est ce qui à un moment donné nous met dans le désir de faire silence ? En quelle circonstance sommes nous amenés à faire silence ou à demander de faire du silence ? C’est l’exemple de ta classe, tu réclames qu’on se taise, c’est un acte volontaire ?

    Brigitte : Si on ramène le sujet « le silence a-t-il un sens ? », on peut y trouver un double sens. En tant que négation de la parole le silence peut exprimer un consentement ou au contraire une réprobation de ce que l’autre exprime.

    Mireille : C’est intéressant de parler de consentement, on dit bien « qui ne dit mot consent ».

    Quand on prend tous les proverbes et expressions de notre langue, on voit les différents sens du silence. Dans ton introduction, Anne, tu disais que le silence pouvait renvoyer à la peur de la mort ; on a les expressions « un silence de mort » et « muet comme une tombe ». Tu posais la question « Pourquoi la société de consommation a-t-elle horreur du silence ? »

    Plus la société a conscience de sa finitude, de notre finitude, plus elle comble la peur qu’elle en a. Elle la fuit par de la musique à tout va, par du mouvement permanent. Dans la notion de silence il y a celle de calme, de non agitation.

    Brigitte : Il y a aussi la notion de communication dans le silence de la mort. On a envie de parler au proche qui est partit, mais on sait qu’il n’y a pas de réponse possible.

    Anne : Pour revenir à l’absence de pensée et à la mort, j’ai entendu une évocation des différents niveaux de méditation en Inde. Le niveau le plus extrême est l’absence de germe de toute pensée  (c’est un peu difficile à comprendre et à imaginer), un indien expliquait que c’était la mort. En effet dans la mort il n’y a plus de pensée ni de bruit interne, mais il ne faut pas oublier qu’eux croient à une vie après, à une réincarnation.

    Françoise : Quand on rentre dans la communication, interpréter le silence de celui qui ne parle pas est extrêmement difficile, on ne peut absolument pas savoir ce qu’il ressent, ce qu’il pense.  On peut être alors renvoyé à soi même, à quelque chose qui peut être de l’ordre de la mort. Quand une personne ne parle pas par peur des réactions de l’autre, sans s’en apercevoir, sans le vouloir elle peut mettre l’autre devant quelque chose qui peut le rendre très agressif, parce que tout d’un coup il n’y a plus rien,  plus personne n’existe.

    Claude : Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis, mais il n’y a pas que le silence des mots il y a aussi le silence de l’environnement. Je pense à cette amie qui habitait un logement de fonction ; elle était habituée aux bruits avoisinants, en période de vacances elle était seule dans l’immeuble,  elle ne supportait plus le silence, elle disait « il n’y a plus de vie ».

    Anne : J’avais noté que le silence pouvait renvoyer à l’image de la solitude, celle que l’on cherche et celle que l’on craint.

    Philippe : Dans ce que vous avez dit à propos des expressions, on dit « un accord tacite » (pour revenir à tacere), un accord qui n’a pas besoin d’être dit, c’est le silence.

    Françoise : Par rapport à ce que tu dis, le silence peut être aussi très riche. Quand on communique avec une personne et qu’on se comprend : on entend se que l’autre dit, on entend ce que soi-même on exprime, il se passe quelque chose. Là il peut y avoir le silence, mais celui là il est plein.

    Claude : Il y a aussi des silences que l’on fait parce qu’on sait qu’on ne sera pas entendu.

    Mireille : En fait on parle du silence mais il y a des silences. Dans les différent articles que j’ai lus, il y en a un qui parlait du silence du lâche, du déni de responsabilité de celui qui ne veut pas se mouiller. En parallèle l’auteur mettait le silence courageux de celui qui, sous la torture, gardait le silence et le silence altruiste de ceux qui on caché des juifs lors de l’occupation allemande. Il y a aussi le silence qui exprime le catastrophique : rester sans voix, avoir le souffle coupé, être hébété. La liste de tous ces silences est longue et chacun exprime toujours une émotion ou une pensée, il n’y a pas de silence vide.

    Anne : Et paradoxalement, le fait d’être silencieux est une manière de révéler sa personnalité.

    Brigitte : Quelqu’un qui ne peut pas s’exprimer et se tait, c’est aussi pour cacher ses sentiments, par pudeur, pour ne pas dévoiler sa personnalité.

    Mireille : Ça peut être aussi par ignorance.

    Brigitte : Quelque fois le regard peut être plus explicite que la parole.

    Pierre : En vous écoutant, je me suis rendu compte que ma première tentative de cerner le silence était suspecte dans le sens où je ne considérais pas l’empêchement, la sidération c’est à dire qu’il pouvait y avoir des causes intérieure ou extérieure qui pouvaient nous priver de parole. Donc, faire le silence n’est pas toujours un acte volontaire.

    Je pense aussi à cette capacité qu’on aurait de faire le silence en soi, à avoir le plaisir à écouter davantage, aussi bien soi même dans ses profondeurs que les autres.

    Le silence a-t-il un sens quand il s’agit d’un état involontaire ? Ça veut dire quoi ? Que dans les êtres il y a de la privation ?

    Anne : Dans une terminologie empruntée à Claude Lévi-Strauss, on peut dire que le silence est la nature pure, donc l'inabordable, la culture étant la rupture définitive du silence. Celui-ci ne saurait être objet de connaissance. Ça me parait difficile à comprendre.

    Mireille : Ça rejoint ce que tu disais dans ton introduction : l’idée du silence recueillement, c’est « la minute de silence ». On est en présence de quelque chose de si grand qu’on ne peut pas l’exprimer en parole.

    Anne : Pour aller dans le sens de ce que tu dis : « Toutes les voies ascétiques, celles de la méditation, passent par le silence, sans nécessairement passer par la case religion ». Tout cela nous confronte-t-il vraiment au silence ? Tous affirment cependant que le silence est plein d'une présence cachée. Le silence est-il le vide ?

    Mireille : Comme disait Françoise, il y a des silences qui sont pleins. Quand on rentre dans certaines églises on ressent la plénitude du silence chargé de toutes les prières recueillies  dans ce lieu depuis des années et des années.

    Françoise : C’est vrai qu’il y a différentes sortes de silences. On parlait tout à l’heure du silence qui, par rapport à nous et à l’autre, pouvait beaucoup nous apporter. C’est vrai que si on veut comprendre les choses, aller beaucoup plus loin que ce qui est réactionnel, on a besoin de silence. Ces silences peuvent être quelque fois assez douloureux, mais ils vont nous aider à régler beaucoup de choses parce qu’on va comprendre. Il y a aussi les silences sans pensées qui, tout simplement, nous permettent d’être. C’est un silence plein, plein de vide, mais plein.

    Anne : On a l’expression qui image ça, on dit «  Un silence assourdissant ». Tu parlais du silence dans une église, mais quelque fois devant une œuvre d’art on a besoin de silence pour s’en imprégner.

    Ce que tu disais, tout à l’heure, Nathalie, me fait penser à la toile de Munch « Le Cri », qui étant une toile est le silence par excellence, et pourtant on entend ce cri.

    Tous : Echanges sur cette œuvre

    Anne : Donc en fait,  on revient peut-être à ce que j’ai éludé au début, il est peut être question aussi des organes des sens, puisque ce silence qu’on ne peut pas entendre on le perçoit d’une autre façon.

    Pierre : Il y a le normal et le pathologique. J’ai fait l’expérience de la timidité, la privation de pouvoir parler ; c’est très douloureux. Il y a bien un domaine que je pourrais appeler pathologique.

    Autre chose, tout ce que vous disiez à propos de la méditation, la méditation est seulement une tentative de laisser la place aux autres sens que celui de la parole. On va essayer de mettre ses pensées en sommeil, pour être attentifs à tous les signes, tous les bruits , tous les signaux qui viennent de partout, et qu’on entend pas la plupart du temps parce que justement on est toujours constamment agités par des pensées. Cette tentative d’exclusion des pensées peut passer par les mantras.

    Anne : Je me suis posé une question, peut être un petit peu tordue, « qu’est-ce que les sourds-muets auraient à nous dire sur le silence » ?

    Nathalie : A ce sujet, j’ai expérience d’amis tous deux sourds-muets ayant des enfants qui ne le sont pas. Chaque fois que nous sommes ensemble ce sont des conversations endiablées. Ils pensent sans pouvoir s’exprimer par la parole, mais avec les gamins qui connaissent le langage des signes ils dialoguent sans cesse et ont des éclats de rire. Il n’y a pas de son mais ce n’est pas le silence. Nous, nous ne comprenons rien, ça gesticule dans tout les sens, c’est étonnant. Ce n’est pas du silence.

    Mireille : C’est ce que je disais, la notion de silence est liée à celle de calme, de non agitation que ce soit de la pensée ou du corps.

    Nathalie : Pour moi le silence absolu, ça n’existe pas

    Anne : Ça n’existe pas, mais le mot existe. On peut revenir sur le sens qui est donné en musique ou en poésie, ou encore les textes écrits qu’on lit à voix haute. Parce que là les silences ont un sens évident. Si on lit un texte sans en respecter la ponctuation, il ne veut plus rien dire, il devient incompréhensible. Et en musique quand le compositeur met un soupir, un silence, c’est bien pour signifier quelque chose.

    Mireille : Sans aller jusque là, le langage est fait de silences : les mots sont faits d’un groupe de sons séparés du groupe suivant par un espace, c’est ce qui les rend compréhensibles dans une phrase.

    A propos de la musique, Miles Davis  disait « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence »

    Anne : Je ne sais pas si vous connaissez cette pièce de musique «  4’33’’» écrite par un compositeur contemporain. Alors on vient dans la salle, l’orchestre et là avec ses musiciens et puis c’est 4 minutes 33 secondes de silence, les musiciens ne jouent pas. Evidemment, ça a fait beaucoup de remue-ménage comme le carré blanc sur fond blanc en peinture, mais, pour les gens qui étaient là, un petit peu curieux et qui aiment se poser des questions, ça a été l’occasion de s’interroger sur ce qu’ils pouvaient entendre d’autre que ce qui était attendu. Le compositeur voulait montrer que la musique inclus les silences de façon importante.

    Mireille : J’avais aussi noté le silence au service de la signification. C’est vrai à l’écrit avec la ponctuation, mais le conteur, lui, va en plus jouer avec le temps de ces silences pour mettre en valeur telle ou telle émotion et la faire passer au spectateur.

    Anne : J’ai une citation de Paul Claudel à propos de la peinture : « Je crois, dit-il, que nous comprendrions mieux les paysages hollandais, ces thèmes de contemplation, ces sources de silence, si nous apprenions à leur tendre l’oreille en même temps que les yeux. »

    Mireille : Je pense que ça s’enseigne et s’apprend. J’ai lu, à ce sujet, une recherche pédagogique, destinée aux enseignants, menée par Claude Stéphane Perrin. Il écrit « Chaque parole naît d'un silence avant de retourner vers de multiples formes complexes du silence : la qualité de quelque chose (sans bruit) ou de quelqu'un (qui se tait), ou bien en s'intercalant entre un projet et l'état de la mort, ou bien enfin en redevenant simplement le silence de la Nature qui créé éternellement des réalités nouvelles. » Ça rejoint peut être la phrase de que tu as dictée tout à l’heure Anne.

    Dans cette étude il insiste sur le fait qu’il est important d’enseigner aux enfants à faire le silence. Cette capacité n’est pas innée mais acquise.

    Françoise : Oui, C’est un grand problème pour les enfants aujourd’hui. Les parents veulent toujours leur faire faire des activités, il faut qu’ils pensent tout le temps. C’est terrible car on ne leur laisse pas cette marge de silence dont ils auraient besoin. Comment peuvent-ils déjà se retrouver, et puis développer leur imaginaire ? Ce n’est plus possible dans notre société qui va beaucoup trop vite, où il n’y a plus de silence. Un enfant qui s’ennuie c’est aussi un enfant qui, développe son imaginaire.

    Mireille : Un des principes de la pédagogie de Rudolf Steiner est, que ce soit pour la parole ou autre chose, nous absorbons le monde extérieur et devons le digérer. C'est-à-dire nous recevons la parole de l’autre, elle rentre en nous ; si nous ne nous laissons pas le temps de la digérer comme on le ferait avec la pomme qu’on mange, de l’assimiler et de le faire nôtre, on a des indigestions, des indigestions de la pensée, de l’entendement, de l’émotion. L’échange avec le monde extérieur, la communication avec l’autre devient impossible. Il faut aussi le temps du silence à l’autre pour qu’il puisse assimiler ce qu’on vient de lui dire.

    Marie France : Ce sujet sur le silence nous en impose. Notre rencontre est bien plus silencieuse que d’habitude. Nous avons de grands silences, c’est marquant.

    Mireille : On retrouve entre le son et le silence ce même balancement qu’on a entre l’ombre et la lumière, ce balancement de l’un à l’autre qui est nécessaire à la vie. Les clairs-obscurs sont pleins de silences et de paroles. Ça donne un sens, si le silence n’avait pas de sens la parole n’en aurait pas non plus.

    Anne : Et cependant, dès que le silence s’installe, entre nous, un petit peu longtemps, on ressent un petit malaise. Il a pourtant un sens. On pourrait poser la question à l’envers : existe-il des silences qui n’ont pas sens ?

    Rires

    Philippe : C’est une question de longueur d’onde. Un son se transmet par les ondes que nous recevons avec nos sens, mais si d’autres sons nous parviennent on ne les entend pas. Ils ne nous manquent pas puisqu’on ne les entend pas.

    Pierre : Ce que je commence à comprendre, c’est qu’il me semble que le silence est vertueux. C'est-à-dire il a une nécessité objective. On parlait de ponctuation, je crois que si on veut s’enrichir, être en capacité de recevoir l’autre comme il est dans sa parole il y a inévitablement le silence qui doit apparaitre en nous. Tu parlais de digestion, dans ce processus là de prendre la parole de l’autre, de s’en saisir,  il y a d’abords éviter de penser au moment où l’autre s’exprime. Pourquoi souvent il n’y a pas de communication ? Parce qu’au moment ou l’autre s’exprime je pense à ce que je vais dire. C’est le silence de l’écoute qui est vertueux.

    Anne : J’ai trouvé aussi cette pensée de Ludwig Wittgenstein à propos du silence. Il dit « il y a assurément de l’inexprimable. Celui-ci se montre, il est l’élément mystique. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Le silence indique donc les limites de notre compréhension, le moment où continuer à parler deviendrait ridicule. Il faut « taire » ce sur quoi nous ne pouvons plus que « bavarder ».

    Marie France : Il y en a qui n’ont pas peur du ridicule.

    Anne : Non, mais c’est peut être aussi faire preuve d’humilité. Je trouve que ça nous renvoie beaucoup à l’époque actuelle qui fuit le silence.

    Brigitte : C’est de la griserie

    Nathalie : En même temps on fuit ainsi beaucoup de choses dérangeantes. On est, dans notre silence, tous spectateurs. Il n’y a plus cette envie de se battre, de dire, on se tait et laisse faire.

    Brigitte : On a prononcé, tout à l’heure le mot de « lâcheté ». Se taire peut être une forme de lâcheté.

    Anne : Je n’ai pas noté toutes les expressions populaires avec le mot silence, il y en a beaucoup ; mais il y a quand même « Qui ne dit mot consent »

    Philippe : Pour moi, le silence a quelque chose à voir avec l’indicible. On est vraiment dans le silence quand on ne peut pas arriver à dire. C’est vraiment le rapport à la parole. C’est une des formes du silence.

    Anne : Krisnamurti dit « Le seul silence que nous connaissions est celui qui se produit lorsqu’un bruit s’arrête. Ce n’est pas cela, le silence. C’est, comme la beauté, comme l’amour, quelque chose de tout différent. Ce n’est pas le produit d’un esprit au repos… Ce n’est pas la conséquence d’un état d’attention où l’observateur est l’observé : là, il n’y a plus de frottements, mais ce n’est pas le silence.Vous attendez que je vous dise ce qu’est le silence…Il ne peut pas être décrit. Ce qui peut se décrire n’est jamais que du connu, et l’on ne peut se délivrer du connu qu’en mourant chaque jour à lui,… ; qu’en mourant chaque jour, afin que les cellules du cerveau redeviennent fraîches, jeunes, innocentes…Ce silence-là, […] n’est encore qu’un tout petit début, comme si l’on passait par un petit trou vers l’énorme, l’immense étendue de l’océan, vers un état immesurable, intemporel…Un esprit vivant est un esprit silencieux qui n’a pas de centre et, par conséquent, ni espace ni temps. Un tel esprit est sans limites, et c’est la seule vérité, la seule réalité. »

    Mireille : A propos de ce qu’on disait de ce tintamarre permanent qui nous entoure partout, C’est aussi lié au mouvement, à la vitesse. On vit une époque où tout s’accélère. Les choses doivent aller très vite, elles doivent être entendues. Il y a aussi cette accélération des modifications climatiques. L’humanité, la Terre qui vivent cette accélération sont bousculées.

    Dès qu’il y a mouvement il y a bruit. Dans la notion de silence il y a celles de calme, de sérénité voire d’immobilité. Quand on fait silence, on cesse de agiter, on se pose ; on arrête quelque chose, on arrête le mouvement. Alors que dans la parole, et notamment dans le bavardage, il y a un mouvement de fuite en avant, d’extraversion. On peut se poser la question « Qu’est ce qui se passe aujourd’hui pour qu’il y ait cette accélération de tout, dans tous les domaines, y compris dans la nature ?»

    Marie France : Et pourtant on a besoin de silence pour bien pouvoir ressentir, avec ses sens, le vrai.

    Pierre : Je pensais que, en fait, on nous fait consommer du tragique. Les média interviewent les gens qui  nous décrivent leurs malheurs, en ce moment cette course des migrants. Le silence est absent, parce que constamment on informe, on nous fait ingurgiter des évènements tragiques encore et encore, comme pour les oies, sans nous rendre vraiment malades. Et en même temps, ce qui est tragique aussi c’est le fait qu’on n’est jamais de recul. On ne nous laisse jamais le temps de se dire « Qu’est-ce qui se passe ? », de comprendre. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais je trouve qu’à la radio, sur France Culture ces derniers temps, les gens parlent très vite. Ils pensent à toute vitesse.

    Brouhaha : C’est vrai… ça pense pas… le temps c’est de l’argent…

    Françoise : Il manque ces silences, dont on parlait, nécessaire à l’écoute, on n’a pas le temps d’être touché.

    On n’a pas parlé de l’émotion. Dans le silence il y a aussi beaucoup d’émotion.

    Anne : Le poète Yves Bonnefoy dit « le silence est comme l’ébauche de mille  métamorphoses. »

    Marie France : Le silence nourrit autant que la parole les deux sont nécessaires.

    Mireille : Pour revenir au couple « silere, tacere » des latins. Ils utilisaient « silere » pour le silence des animaux et « tacere » pour celui de l’homme.

    Marie France : Quand on observe les animaux, leur silence est expressif.

    Mireille : Quand nous nous fixons du regard, mon chat et moi, au bout d’un moment il se met à miauler comme si ce silence entre nous, pourtant plein d’émotion, soudain lui devenait insupportable.

    Brigitte : J’ai l’impression que mon chien entends mes pensées, il sait quand je vais lui laver les oreilles et s’en va avant même que j’ai amené ce qu’il fallait pour ça.

    Anne : Je me suis demandé aussi si, dans « le sens du silence », on ne pouvait pas considérer le mot « sens » comme l’orientation dans le temps. Souvent, quand le silence est là, on a l’impression que le temps est suspendu.

    Mireille : C’est encore cette notion de mouvement, il y a comme un arrêt dans le mouvement du temps.

    Brigitte : Mais ça peut devenir vite pesant

    Mireille : Ça dépend des circonstances. Je pense à une amie avec qui je fais des grandes ballades dans les marais sans échanger un mot. Ce n’est pas de l’indifférence car ce silence est plein. Mais ce n’est pas possible avec tout le monde, c’est une question d’intimité.

    Anne : Sartre, dans « Qu’est-ce que la littérature », montre que la parole transcende toujours le silence, parce que s’il y a en effet des silences qui en disent long, c’est parce que « se taire, c’est refuser de parler, donc parler encore. »

    C’est peut être aussi une question d’expérience. Il y a des gens qui n’ont pas l’expérience du silence. C’est quelque chose qui peut s’expérimenter volontairement.

    Mireille : C’est dans ce sens que je disais que faire le silence s’apprend, s’enseigne. Non pas à coup de punitions comme autrefois mais, par l’éducation, amener l’enfant à saisir l’aspect vertueux du silence.

    Pierre : Je pense, en effet que le silence s’enseigne. C’est une sorte de mise en disponibilité. Et à ce moment là, quand il y a cet enseignement, ça rejoint l’idée de la direction. C’est comme s’il y avait un chemin à prendre, si ça nous indiquait un chemin à suivre. Un chemin vers soi. La méditation est aussi un enseignement.

    Françoise : Il y a d’autres moyens comme la relaxation.

    Mireille : La relaxation est liée au souffle et le souffle est l’élément indispensable de la parole. C’est une question respiration, d’expir et d’inspir, de balancement semblable à celui entre parler et se taire.

    Françoise : Ce n’est pas la même signification, parce que là on ne parle plus on est en rapport avec son corps. On n’a pas assez parlé du corps. On a vu qu’il y avait beaucoup d’expressions du silence, les émotions contenues dans ces silences sont aussi dans nos corps. Elles pouvaient, peut être, être exprimées dans le corps. Par ses réactions on peut se rendre compte dans quel silence nous sommes.

    Mireille : Tu dis qu’on n’a pas parlé du corps, mais j’ai parlé de mouvement, le mouvement c’est le corps. Le silence ne peut être que si on arrête de gigoter.

    Anne : Tu disais que la parole est lié au souffle, et alors le silence tu ne respire plus ?

    Rires

    Mireille : Une des méthodes pour expérimenter le silence est d’apprendre à maîtriser son souffle. En sophrologie on s’entraine même à le bloquer en bas de l’inspir et en haut de l’expir.

    Françoise : C’est une façon de stopper la pensée.

    Anne : Je ne suis pas sûre que la maitrise de la respiration soit vraiment l’expérience du silence. Un silence mental, peut être ?

    Françoise : Ça permet d’être là comme les animaux silencieux. Les animaux ils sont ici dans le présent.

    Anne : En Inde on dit que, lorsqu’on est en méditation, s’installe spontanément une façon de respirer particulière.

    Mireille : Je me suis posée la question du silence quand on dort. Même là, il n’y a pas le silence absolu car nos rêves sont pleins de bruits.

    Anne : Philippe tu saurais nous dire ce qui se passe dans les stades de sommeil. Il y en a deux le profond et le paradoxal. Il me semble que dans le sommeil profond la pensée est au repos.

    Philippe : Le rêve fait partie aussi du sommeil profond.

    Mireille : C’est le souvenir qu’on peut en avoir qui est dans le sommeil paradoxal parce que plus proche de l’état de conscience.

    Philippe : Il n’y a pas de silence dans le sommeil. Quand il y a le silence c’est fini, la ligne est plate.

    Clôture du débat par Anne

    Il y a le silence du non-dit, le caché, le silence imposé, le silence des opinions dans les dictatures, le silence de ceux qui sont sans voix, le silence du résistant, le silence pesant des secrets de famille, celui plus heureux de la complicité.Parfois, à la fin d’un concert, on reste un moment, plus ou moins long, silencieux. Un silence chargé d’émotion, presque de sidération, presque religieux, tant l’on a été transporté par l’œuvre jouée et l’interprétation des artistes. Le sens de ce silence, c’est un Merci, un hommage, et les interprètes disent en être plus touchés que par une salve d’applaudissements qui éclate sans transition à la dernière note.

    Je vais conclure avec Pascal : «  Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »   (Pensées, 206)

    A chacun de méditer sur cette pensée, et lui donner un, ou plusieurs, sens.

     

    Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous. Merci pour votre participation et rendez vous Dimanche 29 Novembre 2015 (même heure, même lieu), le sujet choisi à mains levées, sera: « La liberté est-elle une illusion? »

    Mireille PL

    Sites consultés :

    http://www.webphilo.com/

    http://cafes-philo.org/2011/02/peut-on-sexprimer-par-le-silencehttp://cafes-philo.org/2011/02/peut-on-sexprimer-par-le-silence

    http://dilemmes.com.over-blog.com/pages/LE_SILENCE_ATIL_UN_SENS-440494.html:http://dilemmes.com.over-blog.com/pages/LE_SILENCE_ATIL_UN_SENS-440494.html:

    http://cafephilobiarritz.overblog.com/pages/Agnes_Cugno_professeur_de_philosophie_La_haine_du_silence-6083709.htmlhttp://cafephilobiarritz.overblog.com/pages/Agnes_Cugno_professeur_de_philosophie_La_haine_du_silence-6083709.html

    http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=351&Itemid=37http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=351&Itemid=37

    http://www.gentside.com/son/entendre-les-battements-de-son-coeur-rend-fou_art38699.htmlhttp://www.gentside.com/son/entendre-les-battements-de-son-coeur-rend-fou_art38699.html

    http://www.implications-philosophiques.org/langage-et-esthetique/implications-esthetiques/lepreuve-du-silencehttp://www.implications-philosophiques.org/langage-et-esthetique/implications-esthetiques/lepreuve-du-silence

     

     


    2 commentaires
  • 5 à 7 Philo du dimanche 27 septembre 2015 : 17 participants

    Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?

     Introduction  par Mireille

    Analyse des termes du sujet

    FAUT-IL ? : Le verbe faillir est un verbe impersonnel  qui vient du latin fallere : manquer ; donc manquer, faire défaut et par extension « être nécessaire ». Le sujet est formulé sous la forme « faut-il ? » qui renvoie non pas à des conditions de possibilité mais à une nécessité (ou non) de se détacher de son passé : Pourquoi serait-il nécessaire d’oublier le passé ? S’agit-il d’une exigence morale ? D’une nécessité psychologique ?

    OUBLIER : Bien qu’ici l’objet de l’oubli concerne le passé, la question posée nous invite à nous questionner sur la mémoire, le souvenir plus que sur le passé en lui-même. Il ne nous est pas demandé  de renier notre passé, mais simplement d’en abolir les souvenirs qui pourraient nous nuire. Peut-on perdre le souvenir de notre vécu, de notre ressenti ? Ne pas en avoir conservé la mémoire ? Peut-on volontairement ne plus avoir présent à l'esprit quelque chose ou quelqu'un, ne plus y penser, ne plus s'en préoccuper ? Cesser de penser, de se rappeler des souvenirs pénibles ?

    PASSE : La question laisse entendre que le passé pèse un poids particulier dans la formation de l’individu, et qu’il pourrait avoir une influence négative sur la réalisation d’un avenir. Le passé peut faire référence à l’histoire personnelle mais également à  l’histoire familiale et à l’Histoire collective de la société à laquelle nous appartenons.

    SE DONNER : l’être humain est posé comme étant l’acteur unique de son devenir, devenir que le poids d’un passé (ou du moins de son souvenir) pourrait handicaper. Elle nous amène à nous poser celle du déterminisme.

    AVENIR : Ne confondons pas « avenir » et « futur ». Bergson voit l'avenir comme une dimension temporelle « humanisée », un temps de projet. L'avenir est un possible à réaliser. Le futur est une dimension temporelle objective.

    Échanges

    Pierre : C’est quand même un questionnement étrange de dire « faut-il oublier le passé ?». Il n’y a pas besoin de « faut-il » pour en avoir oublié une partie. Finalement du passé il n’y a que ce qui reste conscient.

    Philippe : Je n’aime pas beaucoup cette formulation « faut-il oublier le passé ?» car la réponse, on le sait, c’est que ce n’est pas possible d’oublier. Je vois dans le sujet la notion de destin, la notion du « fatum ». Qu’est-ce le destin ? As-t-on la maîtrise de se projeter sur l’avenir ? C’est une question qui va déboucher sur celle de la liberté de chacun de décider de son avenir. Ce n’est pas du déterminisme mais la volonté de faire un choix.

     Jacques : La question renvoie à l’oubli de ce qu’il y a eu de mauvais, de négatif dans le passé. On ne peut pas se souvenir de tout. Heureusement parce qu’on aurait alors l’esprit embrumé par tous ces souvenirs, et nous serions alors inaptes à l’action.

    Mireille : Là tu fais allusion à la mémoire. C’est vrai qu’on ne peut pas se souvenir de tout à un instant donné, mais tout notre passé n’est-il pas gravé dans notre mémoire ? Combien de fois un vécu oublié nous revient à la conscience déclenché par un événement du présent. C’est la « Madeleine de Proust »

    Je ne pense pas que la question nous renvoie qu’à l’oubli de notre vécu douloureux. Dante pensais « qu’il n’est pire misère qu’un souvenir heureux dans les jours de douleur » et Musset lui répond « Un souvenir heureux est peut-être sur terre plus vrai que le bonheur. » Le ressenti du passé est un fait très subjectif.

    Philippe : La mémoire et le souvenir sont deux choses très différentes. La mémoire est un outil qu’on a tous (plus ou moins développée) ; le souvenir est une construction. Deux individus qui ont vécu la même chose au même moment, n’en ont pas le même souvenir et ce qu’ils vont en exprimer peut être très différent.

    Huguette : Oui, mais c’est par rapport à leur ressenti. Le passé est constructeur : d’où vient-on ? Qu’elle éducation avons-nous eu ? Etc. Nos racines sont dans le passé.

    Anne : « Doit-on oublier le passé ? », je me demande si on peut décider d’oublier quelque chose ? Oublier volontairement un évènement vécu me laisse perplexe.

    Marie Christine : Je ne pense pas qu’on puisse oublier volontairement, on peut mettre de côté pour bien vivre le présent sans ressasser ce qui a été désagréable ou douloureux. On peut faire abstraction de ces évènements passés pour pouvoir avancer.

    Anne : Il y a deux expressions populaires qui sont significatives de ça : «Du passé faisons table rase » et «  Repartir à zéro ».

    Claudie : J’avais noté ces deux expressions et j’ai pensé à ce que cela avait donné, du point historique dans la société, comme dans nos histoires personnelles, de faire table rase ou de nier certains évènements du passé. Décider de créer quelque chose de nouveau comme si rien ne s’était passé auparavant c’est souvent ce que les jeunes font pour pouvoir apporter du neuf. S’il est peut être nécessaire de passer par ce stade, nous savons bien que c’est illusoire.J’ai aussi retourné la question. Est-ce qu’il ne faut pas plutôt s’appuyer sur le passé pour construire l’avenir ? La réalité est entre ces deux attitudes. On a besoin du passé comme base pour construire, mais en même temps si on y reste collé sans pouvoir s’en défaire, on ne risque pas d’avancer. Il y a des choses du passé qu’on a envie d’oublier et celles qu’on oublie malgré soi. On est tout de suite dans l’émotionnel, la notion de déni est très troublante. Qu’est qu’on retient ou oublie du passé ? Qu’est-ce qu’on choisit de retenir ou d’oublier ? Quelle est la part du conscient et de l’inconscient dans l’oubli ? La mort, oubli total et absolu, peut être une tentation quand le passé est trop lourd.

    Anne : Dans le mythe d’Orphée, devait-il oublier le passé, se fixer uniquement sur le présent et le futur, pour se donner un avenir avec Eurydice, ou au contraire se souvenir d’Eurydice vivante pour se donner la force de ne pas se retourner ? Les avis sont partagés. Marc Augé pense que ce peut être un mécanisme de défense contre l’angoisse, et avoir une fonction thérapeutique.

    Pierre : Pour moi, la question est : peut-on construire sans fondation ? Le passé est un matériau puissant pour construire des fondations. C’est la conscience qui va pouvoir trier, classer et choisir entre tous ces souvenirs pour dégager ceux qui paraissent bons et sur lesquels on va pouvoir s’appuyer pour construire. Je suis partisan de chercher le plus possible dans ses souvenirs pour en faire quelque chose dans le présent et le futur.

    Marie Christine : Je pensais à l’amnésie d’ordre hystérique qui est une protection quand il y a trop de souffrances. Seules la psychanalyse ou l’hypnose peuvent aider à traiter ce type d’amnésie et amener la personne à dialoguer avec son passé pour mieux vivre son présent.

    Je pensais aussi au film « L’homme sans passé ». Même quand on n’a plus la mémoire de notre passé, on voit que notre corps en porte les traces notre corps est mémoire, mémoire sensorielle. On peut ne plus en avoir le souvenir mais on ne peut pas être sans passé.

    Madeleine : Le passé est nécessaire, il permet d’être constructif, il permet de ne pas faire, de ne pas renouveler les erreurs. Le passé est une chose positive, mais l’essentiel n’est pas hier ni aujourd’hui, c’est demain. Par rapport à un passé douloureux c’est à nous d’en faire quelque chose de positif. De transformer le négatif en positif.

    Pierre : Je reviens sur « l’homme sans passé », n’ayant plus de passé tout le monde lui en crée un. Le passé est aussi bien intériorisé par l’individu que proposé par son entourage, par les autres.

    Véronique : Je pense comme Philippe, le souvenir est une construction. C’est une action personnelle qui se fait avec l’aide des autres. C’est très différent de la mémoire. Cela dit, autant les souvenirs, je vois ce que c’est, j’ai un peu plus de mal à voir ce qu’est la mémoire.

    Je me demande aussi : nous parlons de passé, nous parlons d’avenir, mais ne doit-on pas donner un peu plus de place au présent. La perception qu’on a du présent n’est-elle pas également importante pour l’avenir ?

    Anne : Pour aller dans le sens de ce que tu dis, il y a l’exemple de la musique qui m’a interpelée. Quand on écoute de la musique on n’est pas que dans le temps présent, il y a ce qu’on vient d’écouter et il y a même ce qu’on va écouter qui est là. Le phénoménologue Edmond Husserl a formé deux concepts originaux, rétention et protention. Selon lui « nous percevons la mélodie comme un objet temporel total et non seulement successif parce que notre conscience conserverait, dans sa mémoire vive pour ainsi dire, le souvenir des notes précédentes (rétention), et qu’elle anticiperait sur les notes à venir (protention) ». N’est-ce pas aussi valable pour ce que nous vivons ?

    Jacques : Le souvenir du passé ne me semble pas être qu’une construction, il y a les traumatismes qui nous marquent.

    Madeleine : Qu’entendez-vous par construction ?

    Philippe : Il faut lire Proust qui a parfaitement décrit ce mécanisme entre la mémoire et le souvenir. Il part d’une notion « anatomique, physiologique » avec des zones qui nous permettent de retenir un certain nombre de chose qui est la mémoire. Et, par contre, ce qui a été le vécu de ce dont on va garder le souvenir, un ressenti plus ou moins agréable est très subjectif. Il peut être très loin de la réalité.

    Anne : Les travaux des neurologues sur le cerveau aujourd’hui le montrent. Les témoignages dans les affaires criminelles sont considérés moins fiables aujourd’hui. On s’est rendu compte que le témoin colore le fait par tout un côté émotionnel très subjectif.

    Philippe : Je ne pense pas que c’est comme ça qu’il faut l’entendre. La mémoire, je dis c’est un outil, c’est quelque chose qu’on va entrainer qu’on va développer. Mais ça n’a rien à voir avec le souvenir. Se souvenir, c’est prendre dans la mémoire un certain nombre d’éléments et les rebâtir, les reconstruire d’une certaine manière. Et c’est ça qu’on va à un moment donné faire ressentir. La mémoire tout le monde l’a, plus ou moins développée. Et actuellement s’il devient difficile d’avoir des témoignages précis, c’est parce qu’on exerce plus la mémoire.

    Véronique : Par rapport au sujet ces notions de mémoire et de souvenir ne me semblent pas très importantes. Quand on dit « oublier le passé », est-ce qu’il faut fermer la porte à la mémoire ou faire attention à la façon dont on traite, on sélectionne, on exploite les souvenirs. Sans tomber dans la psychologie, pour ceux qui butent sur le mot « construction », je prendrai le cas des jumeaux ; ils ont vécu exactement la même enfance, et quand ils la racontent des années plus tard, on n’arrive pas à croire qu’ils ont vécu la même. Ils ont la même mémoire, mais ce dont ils se souviennent est différent. Chacun parle de son vécu en fonction de la personnalité qu’il a développée. C’est en ce sens qu’on peut parler de construction. 

    « Oublier le passé », ça veut dire quoi ? Ne pas utiliser sa mémoire ? Ne pas se laisser envahir par ses souvenirs ? Trier dans ses souvenirs ?

    Françoise : ce qui me choque c’est le « faut-il ? ». On ne peut pas décider, l’inconscient décide pour nous. L’exemple des jumeaux est intéressant,  leurs souvenirs diffèrent mais ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas juste, on est dans le ressenti de chacun d’eux. Dans l’oubli, notre inconscient décide pour nous, il n’y a pas de volonté consciente.

    Jacques : Pourtant on parle de « devoir de mémoire », il faut se souvenir de ce qui c’est passé pendant la shoah, on commémore tout un tas d’évènements passé ; ça, ce sont des constructions, des constructions politiques.

    Marie Christine : Par construction, on entend des constructions sensorielles, ce sont des images, des odeurs, des bruits et non pas une construction intellectuelle. Je pense à cette vieille dame qui souffre de la maladie d’Alzheimer très avancée, ou à ce film «  Se souvenir des belles choses » dans lequel une toute jeune femme est atteinte par cette maladie. On voit que ce ne sont que par les sensations qu’on éveille les souvenirs. On n’est pas du tout dans l’ordre de la morale, du jugement.

    Mais, effectivement, vous avez raison, quelqu’un qui a vécu quelque chose de difficile, soit parce qu’il est coupable, soit parce qu’il est victime ne peut pas oublier, ça peut hanter ses nuits.

    Mireille : Vous avez, tout à l’heure, parlé du passé, du présent et du futur. On ne peut pas vivre le présent, ni se projeter dans l’avenir en oubliant le passé. A ce sujet j’ai une citation, dont je ne connais pas l’auteur : « L’avenir n’est que le futur d’un présent mais il n’y de présent que parce qu’il est le présent d’un passé. » Il me semble évident que passé, présent et futur sont les éléments d’un tout qu’on ne peut dissocier.

    Hier soir, dans l’émission de Ruquier, Frédéric Chau présentait son livre «  Je viens de si loin ». Il disait que ses parents avaient tu pendant toute son enfance leur passé d’exilés cambodgiens et les atrocités qu’ils avaient vécues. Ils ont tout fait pour oublier leur origine et que leur entourage social n’en sache rien. Ce secret du passé a provoqué chez lui, à l’adolescence une crise identitaire grave. Après une thérapie qui a amené Fréderic à faire parler ses parents sur ce passé et un voyage au Cambodge avec son frère, il a trouver l’équilibre et la sérénité qui lui permettent de bien vivre le présent et d’avoir de nombreux projets d’avenir.

    Que ce soit pour une société, une famille ou un individu se voiler la face du vécu passé ne peut être que néfaste pour l’avenir comme pour le présent.

    Véronique : A contrario, il y a, au Japon « le droit à l’oubli » dont Thomas B. Reverdy parle dans son livre « Les évaporés ». Une personne qui a un passé ou un présent trop lourd à vivre, a le droit de disparaitre et d’aller vivre ailleurs sous une nouvelle identité.

    Anne : J’ai vu un reportage sur ce sujet, effectivement ils ont le droit de se créer une nouvelle identité. Mais, apparemment, il s’agit de marginaux qui n’ont pas une vie tout à fait normale par rapport à la moyenne de la société japonaise. Je ne sais pas si eux oublient mais ils se font oublier de leur entourage.

    Anne : Je vais glisser deux citations qui donnent deux approches différentes du sujet. La première est de Christine de Suède (1682) « La science de ton passé est ton passeport pour l'avenir. » La deuxième est de Maurice Maeterlinck : « Le passé est notre identité morte ; l'avenir est notre identité essentielle et vitale. »

    Michèle : Pour en revenir à ce que tu disais, combien de personnes peuvent faire table rase de leur passé et disparaitre ?

    Mireille : Si nous ne pouvons pas oublier le passé, nous pouvons rompre avec son poids. C’est le « C’est fini, plus jamais ça ». Si nos valises sont trop lourdes on ne peut pas avancer. Les mots rupture ou dépassement me semblent plus juste que « oubli ». Il est bon de se souvenir du passé pour éviter la répétition des erreurs. Il ne s’agit pas d’oublier son passé mais comme on dit « prendre du recul », c'est-à-dire, si cela est possible, d’en retirer, en conscience, les réactions émotionnelles qui nous plombent.

    Philippe : Avancer pour quoi faire ?

    Mireille : Pour exister.

    Pierre : Bien que la tendance est de dire que pour se construire il faut un passé, je pense qu’il y a des individus qui se donne une chance en reniant leur passé. Ils se donnent une deuxième chance. En général on préfère se souvenir pour construire. Mais c’est difficile d’oublier le passé pour se donner un avenir.

    Nicolas : On peut prendre un exemple pour illustrer un peu les notions abstraites de ce sujet qui peut être traité de façon complètement individuelle ou alors de façon plus collective politique. On peut prendre l’exemple de l’Europe. Doit-on se souvenir de tout ce qui s’est passé entre les états pour construire l’Europe de XXème siècle ? Evidement il faut oublier les rancœurs qu’on a eues contre les Anglais par exemple. Il faut oublier le passé, mais d’un autre côté on ne peut pas car le but de la construction de l’Europe est de résoudre les conflits. Il y a un mot qu’on n’a pas encore prononcé c’est le pardon. Oublier le passé c’est peut être pardonner. C'est-à-dire se souvenir du passé de façon à ce que ça permette une ouverture vers l’avenir.

    Jacques : Tout à fait d’accord, il y a le pardon mais aussi l’absence d’indemnisation. A titre individuel si les traumatismes du passé son trop forts il faut se faire aider par un psy pour aller mieux.

    Anne : Je pense à l’exemple de Montaigne qui montre qu’un événement douloureux peut amener du bien à la personne mais aussi aux générations futures. C’est la mort de son grand ami La Boétie qui l’a amené à écrire ses Essais.

    Madeleine : Je ne vois pas pourquoi il faudrait oublier notre histoire,  1515 a existé. Mais il faut passer à autre chose. Le présent, le passé et l’avenir sont les éléments d’une même entité qu’on ne peut dissocier.

    Marie Christine : Je rebondis sur « pardonner », bien sûr il faut pardonner. Mais les autres ont été témoins de notre passé, et les rancœurs peuvent ressortir, c’est le cas dans les réunions de famille et c’est pour ça que c’est difficile. S’il n’y a pas une lecture consciente et lucide du passé indispensable pour vivre le présent et aller vers l’avenir le pardon me semble improbable, on ne peut pas faire l’impasse de cette prise de conscience. Il ne faut ni oublier, ni nier les faits, ils ont existé, mais il faut un certain apaisement par rapport à eux.

    Mireille : Il y a plusieurs façons de vivre les choses. Il y a ceux qui vont regarder ce que le voisin lui a fait en maintenant son ressenti dans le présent. Mais on peut aussi regarder son passé sans qu’il nous affecte, le regarder comme si c’était quelqu’un d’autre qui l’avait vécu : le « moi » d’hier. Je pense que se détacher du ressenti est le fondement du pardon. C’est vrai autant à titre individuel qu’au niveau collectif. Je me suis surprise à penser, en voyant aux informations l’attitude de l’Allemagne face aux problèmes de la Grèce ou  des migrants «dans le fond ils ne sont pas si bien que ça les allemands ». Pourquoi parce que ma famille a un passif vis-à-vis d’eux ? Il faut stopper immédiatement les relents possibles des ressentis négatifs.

    Françoise : Tu parles de l’inconscient du passé et c’est bien par la conscience  qu’on peut être transporté dans le ressenti du passé qu’on peut agir et le dépasser.

    Pierre : Qu’est-ce que c’est qu’être neuf ?

    Anne : On a beaucoup jusqu’à présent évoqué l’oubli, mais que veut dire « se donner un avenir ? » est-ce là ta question ?

    Jacques : Etre neuf c’est ne plus avoir de rancunes.

    Claudie : Par rapport à la notion de pardon, encore faut-il pouvoir arriver à pardonner. Il y a des choses que je n’arrive pas à pardonner et j’en suis arrivée au point que j’ai décidé de ne plus culpabiliser là-dessus. Ce qui me parait fondamental c’est de le savoir. Au niveau des nations, ceux qui ont vécu des drames de guerre, je ne crois pas qu’ils puissent pardonner. Il faut essayer, trouver ce qu’on peut faire de ce passé.

    La phrase «  Oublier le passé pour se donner un avenir » m’a amenée à la notion de transmission. On n’est pas tout seul, on est là, dans le présent avec ceux qui étaient là avant nous et ceux qui seront là après. On doit essayer de transmettre des choses plus apaisées.

    Véronique : Par rapport à la question,  je constate que cela fait une heure qu’on échange et qu’on n’arrive pas à parler de l’avenir, de « se donner un avenir ». Pourquoi ?

    Anne : Tu as raison, on pourrait maintenant se pencher sur l’avenir. Pour faire la transition je vais vous lire un extrait du livre de Marc Augé  « Les formes de l'oubli » :

    «Se souvenir ou oublier, c'est faire un travail de jardinier, sélectionner, élaguer. Les souvenirs sont comme les plantes : il y en a qu'il faut éliminer très rapidement pour aider les autres à s'épanouir, à se transformer, à fleurir. Ces plantes qui accomplissent leur destin, ces plantes épanouies se sont en quelque sorte oubliées elles-mêmes pour se transformer : entre les graines ou les boutures qui leur ont donné naissance et ce qu'elles sont devenues, il n'y a plus guère de rapport apparent ; la fleur, en ce sens, c'est l'oubli de la graine (rappelons-nous le vers de Malherbe qui continue cette histoire : « Et les fruits ont passé la promesse des fleurs. »

    Jacques : C’est plus facile de parler du passé que de l’avenir. L’avenir personne ne sais trop de quoi il sera fait. La crise de 2008, personne ne l’avait prévue. L’arrivée soudaine de l’état islamique, personne ne l’avait prévue.

    Mireille : La notion d’avenir est très personnelle. Le futur c’est demain. Qu’on le veuille ou non il sera, l’avenir c’est ce que nous en ferons. C’est vrai autant pour les individus que pour les collectivités. Que ferons-nous demain de l’Europe par exemple ? Penser l’avenir nécessite de se projeter, d’imaginer. Autant il est facile de regarder notre vécu passé avec conscience, autant il est dur d’être conscient de notre avenir. Le mot créer serait plus juste que de se donner, car il s’agit d’inventer, d’aller vers du nouveau, d’agir au jour le jour car finalement l’avenir c’est tout à l’heure, dans cinq minutes.

    Marie Christine : C’est pour ça qu’il faut être apaisé sur le passé pour pouvoir ne pas bloquer un monde de possibles et pouvoir engager notre destin dans un destin collectif, et pouvoir inventer pour nous , pour nos enfants, pour les générations futures.

    Pierre : Justement, j’avais à l’esprit le champ des possibles. Il faut tenir compte de la part de l’autre. Se donner c’est un terme de banquier, on se donne quelque chose. Je me donnerai, dans l’instant que j’imagine pouvoir être un avenir, un champ de possibles. C'est-à-dire : je serai dans la capacité d’ouvrir, de me donner un horizon qui sera possible parce qu’il y aura aussi les autres. Chacun d’entre les autres peut donner quelque chose à ce possible nouveau.

    Philippe : Pourquoi a-t-on du mal à voir l’avenir et à se projeter dans l’avenir ? Tout simplement parce que l’avenir on le connaît. On sait qu’il va finir, on ne sait pas quand, mais pour certains d’entre nous il ne va pas tarder. On est obligés de faire vite parce qu’on sait qu’au bout il y a la mort. Parler de l’avenir, c’est très bien, mais quel avenir ? C’est un avenir qui peut être réduit ou très lointain.

    Anne : C’est une préoccupation de nos âges que beaucoup de jeunes gens n’ont pas. Il me semble que la question qui est posée est plutôt ce qu’on prévoit de faire dans sa vie, dans sa carrière, dans sa vie privée. Alors, est-ce que ce sont des choses qu’on se propose de faire dans un avenir proche ou à long terme ?

    Jacques : Je trouve que le champ des possibles est un très beau terme. Ce champ des possibles pour un jeune de vingt ans est quand même plus vaste que celui d’un retraité.

    Mireille : Pour compléter ce qu’on est entrain de dire, nous parlons beaucoup du passé parce que nous en avons un, tous ici, qui commence à compter et un avenir qui semble de plus en plus court ; alors qu’en général, un jeune de vingt ans n’aura pas beaucoup de passé à oublier pour se projeter dans l’avenir.

    Marie Christine : Mais il peut être déjà lourd à porter.

    Pierre : Je voudrais revenir sur cette notion d’obligation. On peut effectivement comprendre qu’il y ait cette obligation de regarder tout ce qui c’est passé avant pour avoir le courage de regarder ce qui va venir.

    Jacques : C’est une obligation autant psychologique que morale.

    Véronique : Philippe tu dis qu’on appréhende à regarder l’avenir parce que, selon toi, sa durée est incertaine. Mais dans la question « se donner un avenir », le terme se donner n’est pas anodin ; il y a l’idée de don et je me demande s’il n’y a pas là la notion de l’envie. Ce qu’on aimerait qui soit. Cette difficulté à parler de l’avenir vient du fait que l’envie est très personnelle et non pas d’une question de durée. Alors que le passé porte des faits accomplis.

    Madeleine : L’avenir, on peut agir dessus par nos choix.

    Marie Christine : Je pense que  ce qu’on veut pour l’avenir c’est pouvoir vivre le mieux possible quelque soit le temps qui nous reste. Je pense que les jeunes ont les mêmes questions existentielles, mais étant tout le temps dans l’action ils sont moins coincés que nous par ces questions là. Le sentiment de vulnérabilité, d’éphémère est quelque chose qui pèse lourdement sur les choix.

    Philippe : Au lieu «d’envie » je dirai plutôt « désir ». L’avenir va se construire à travers des désirs soit personnels , soit collectifs. Et comme dit Pierre on va avoir besoin des autres pour construire cet avenir, parce que ça va être un mélange, ensemble de désirs.

    Jacques : Les jeunes sont pris par leurs activités : famille, travail. Ils nous reprochent, à nous adultes de leur avoir laissé le sida et le chômage. Ils doivent construire leur avenir à partir de là ; il ne s’agit pas d’oublier mais de faire avec.

    Claudie : Ce qui m’interpelle dans ce qui a été dit, c’est que dès le départ j’avais retourné la question : faut-il oublier le passé pour se donner un avenir, ou s’appuyer sur le passé pour se donner un avenir ? Après cette discussion je constate que j’ai beaucoup de mal à m’appuyer sur les choses du passé (les bonnes et les mauvaises), à tirer la leçon du passé, comme on dit, pour pouvoir enfin faire des choix à partir de mes désirs pour avoir, quelque soit sa durée, un avenir qui me convienne. A mon âge ce n’est pas plus facile qu’à vingt ans, c’est toujours aussi compliqué. Mais il y a des gens qui décident de faire ceci cela et qui vont pouvoir se donner les moyens d’y parvenir, moi je n’y arrive pas. Mais là on tombe dans le psychologique.

    Jacques : Il y a des désirs et des envies, mais il y a surtout la peur de l’avenir, surtout en face de l’actualité.

    Marie Christine : Elle est beaucoup moins dangereuse qu’au moyen âge.

    Anne : On sort un peu du sujet. Je voudrais juste évoquer un des points de vue philosophiques de l’Inde qui indique que l’on peut agir sur une séquence d’évolution. C'est-à-dire qu’on peut avoir une action sur un avenir relativement proche.

    Véronique : On en revient sur l’échange qu’on avait eu sur le choix, il y a un an et demi. Le choix engage l’avenir, mais la conscience des conséquences des choix qu’on fait est extrêmement faible à très long terme. Agir sur une petite séquence d’évolution est intéressant. Evidemment on ne maitrise pas tout, on ignore ce qui va se passer géopolitiquement, climatiquement, mais se donner un avenir,  c’est à notre niveau peut-être moins ambitieux,  moins généreux, moins général et moins exigeant que ça. C’est peut être planter une graine ou un plant qui, s’il n’y a pas de catastrophes, donnerons dans deux ans des jolies fleurs et des fruits. Oublier le passé c’est aussi comprendre qu’on ne maitrise pas tout mais que ça n’empêche pas de faire des projets dans les séquences d’évolution auxquelles on a accès.

    Madeleine : Même si l’avenir semble bouché il y a toujours des possibilités d’agir, de planter sa petite graine. Transmettre aux enfants des idées noires en leur disant « mes pauvres petits, vous êtes une génération sacrifiée », on ne les booste pas comme ça. Ils auront la terre que j’aurai essayé de leur laisser en faisant de mon mieux.

    Mireille : Avant de conclure, je vais vous lire un article sur les « Considérations inactuelles » de  Nietzsche : « Il suggère qu’une vache ne connaît ni l’ennui ni la douleur, elle est incapable de se souvenir. Cet exemple tend à montrer que l’oubli n’est pas une simple “perte” de souvenir, mais un acte actif, portant en lui une puissance de libération. Bien sûr, l’amnésie complète serait aussi néfaste qu’une hypermnésie : Nietzsche affirme que le rapport au passé doit être équilibré : véritable tri sélectif, l’oubli doit rationaliser notre relation au passé, laissant de côté tout ce qui peut troubler la paix du moment. »

    Clôture du débat par Mireille

    La conclusion que j’écrirai à la suite de nos échanges ne serait pas très différente de celle que j’ai écrite en préparant notre rencontre, la voici :

    Sans l’expérience du passé nous ne pouvons pas nous projeter dans l’avenir, ce que nous avons construit hier, que ce soit dans la joie ou la douleur nous donne les outils pour continuer à construire notre existence. Les personnes atteintes d’amnésie doivent, quelque soit leur âge, tout réapprendre, se recréer une existence. La conduite de nos vies est identique à celle de nos voitures, si l’on ne regarde que dans le rétroviseur on ne peut pas avancer en sécurité, mais si l’on n’a pas de rétroviseur on ne peut pas prévenir les dangers. La route et sa vie sont « Une », nos existences aussi. Je suis ici, présente, avec mon passé vécu et mon vivre à venir.

    Et pour terminer notre rencontre en poésie, une comptine de Robert Desnos que m’a fille avait apprise en maternelle :

    Le Myosotis, 
    Ayant perdu toute mémoire
    Un myosotis s’ennuyait.

    Voulait-il conter une histoire?

    Dès le début, il l'oubliait

    Pas de passé, pas d'avenir,

    Myosotis sans souvenir


     

     Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous. Merci pour votre participation et rendez vous Dimanche 25 Octobre 2015 (même heure, même lieu), le sujet choisi à mains levées, sera: « Me silence a-t-il un sens ? »

    Mireille PL

     


    2 commentaires
  • Les Racines du ciel par Fréséric Lenoir et Leili Anvar

     

    Que disent les grands courants spirituels de l’humanité sur la liberté, l’amour, la sagesse, les passions, le silence, les âges de la vie, le pardon, la violence, le mal, la compassion ?

    Qu’est-ce que la prière, la méditation, le jeûne ? Quels sont les grands symboles religieux, quel est le sens des rites ?

    Autour d’un grand thème qui servira de fil rouge à l’émission, Fréderic Lenoir reçoit chaque semaine un invité qui répond à ses questions pendant 45 minutes. Leili Anvar (professeure aux Langues O et spécialiste de la spiritualité) lit et commente des textes en rapport avec le thème.

    L’émission se clôture sur un petit tour d’horizon de l’actualité culturelle et littéraire sur ces questions.

    http://www.franceculture.fr/podcast/4900100

     

    Lire la suite...


  •   L’esprit de l’athéisme. André Comte-Sponville (Albin Michel)

    Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Les athées    sont-ils condamnés à vivre sans spiritualité ? Autant de questions décisives en plein « choc des civilisations » et « retour du religieux ». André Comte-Sponville y répond avec la clarté et l'allégresse d'un grand philosophe mais aussi d'un « honnête homme », loin des ressentiments et des haines cristallisés par certains. Pour lui, la spiritualité est trop fondamentale pour qu'on l'abandonne aux intégristes de tous bords. De même que la laïcité est trop précieuse pour être confisquée par les antireligieux les plus frénétiques. Aussi est-il urgent de retrouver une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Église, qui nous prémunisse autant du fanatisme que du nihilisme. André Comte-Sponville pense que le XXIe siècle sera spirituel et laïque ou ne sera pas. Il nous explique comment. Passionnant.

     

     

     

      Quand la beauté nous sauve. Charles Pépin (Robert Laffont)

    Un paysage naturel vous offre l'apaisement, une mélodie vous     redonne soudain foi en        vous-même, un tableau vous emporte dans quelque chose de plus grand que vous, un visage contemplé vous invite à voir le monde autrement... Chaque fois que la beauté nous touche, elle nous réapprend à nous faire confiance, à nous écouter, à ne pas nous laisser enfermer dans notre quotidien, à nous ouvrir à la promesse d'un Absolu. Dans le plaisir esthétique, nous réussissons même à nous confronter à ce qui d'habitude nous effraie : le mystère des choses, notre propre obscurité... C'est le pouvoir de la beauté : elle nous donne la force d'aimer ce qui est, en même temps que celle d'espérer ce qui pourrait être. Croisant la pensée des grands philosophes, l'oeuvre des artistes d'hier et d'aujourd'hui, puisant aussi dans son expérience personnelle, Charles Pépin éclaire l'énigme de la beauté et montre en quoi sa fréquentation peut nous aider à vivre.

    Malicorne. Hubert Reeves ( Seuil – Poche)

    « Malicorne est un petit village de Puisaye, le pays de Colette, situé au nord de la Bourgogne. Dans cette campagne grasse, verdoyante, légèrement vallonnée, on peut enlever sa montre et s'insérer dans le rythme de la nature. Ce livre est né de mes promenades dans cette campagne. Il s'est fait un peu tout seul. J'en ai été plus le spectateur que l'auteur. Je le dois aux traînées de lumière dorée sur le tapis luisant des pervenches dans la pénombre du sous-bois. Là, une grande paix m'envahit. Attentif aux sons et aux odeurs, je m'éveille à la présence tranquille du monde végétal. Je me sens vivant, à la surface de la planète Terre, à l'instant présent de l'évolution de l'univers. »

    Hubert Reeves s'interroge ici sur les rapports entre science et culture, « entre ce qu'on sait et ce qu'on fait » : en quoi les nouvelles connaissances scientifiques modifient-elles le regard que nous portons sur notre activité d'humains ? Des réflexions qui prennent valeur de témoignage et d'inspiration.

     

    Cinq méditations sur la beauté/Cinq méditations sur la mort. François Cheng (Albin Michel)

    Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter. Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.

    Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ». Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine, et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort. Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.

     

    Cosmos. Michel Onfray (Flammarion)

    Cosmos est le premier volume d'une trilogie intitulée "Brève encyclopédie du monde". Il présente une philosophie de la nature. Il sera suivi de "Décadence", qui traitera de l'histoire, puis de "Sagesse", consacré à la question de l'éthique et du bonheur. "Trop de livres se proposent de faire l'économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l'oubli de l'être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu'eux. Une immense bibliothèque s'est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel". Tel est le point de départ de ce livre, dans lequel Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu'elle nous livre. Tel est l'ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l'idéal grec et païen d'une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

    Petite philosophie à l’usage des non philosophes.

    Albert Jacquard (livre de poche)

    Jamais, sans doute, les incertitudes de chacun devant la société et l'avenir personnel ou collectif n'ont été aussi fortes, les systèmes religieux ou idéologiques aussi fragilisés.Généticien de renom, mais aussi homme d'engagement et de culture, Albert Jacquard s'intéresse ici aux principales questions de la vie. D'Autrui à Sagesse, d'Éthique ou Démographie à Hitler ou Origine, il aborde, en conversation avec Huguette Planès, enseignante de philosophie, trente grands sujets éternels ou actuels. S'appuyant sur les travaux des scientifiques ou sur les doctrines philosophiques de référence, il nous donne des clefs, des questions, des réponses, et, qu'on le lise de A à Z ou au gré de sa curiosité, il incite à poursuivre la réflexion librement, par soi-même, à travers d'autres lectures.

     

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    5 à 7 Philo du dimanche 31 mai 2015 : 13 participants

    L’homme a-t-il besoin de spiritualité ?

    Las! Absorbées que nous étions par la difficulté du sujet et les difficultés mécaniques, nous ne nous sommes pas rendues compte que l'Enregistreur n'avait pas démarré. Vous n'aurez donc pas le compte-rendu habituel sur "L'homme a-t-il besoin de spiritualité". Merci de nous en excuser.

    Vous trouverez ci-dessous l’introduction faite par Anne, les citations lues ainsi qu’un résumé des pensées abordées.

    Introduction  par Anne

    Définitions

     L’homme : L’être humain en général, ou bien chacun de nous, (l’homme étant une femme comme les autres…)

     La spiritualité

    Grand Larousse Universel :

    1.     Littéraire. Qualité de ce qui est esprit, de ce qui est dégagé de toute matérialité : La spiritualité de l'âme, de la poésie.

    2.    Ce qui concerne la doctrine ou la vie centrée sur Dieu et les choses spirituelles.

     Spirituel : du bas latin spiritualis, et du latin classique spiritus : esprit.

    1.     Se dit de ce qui est de la nature de l’esprit, considéré comme une réalité distincte de la matière : reconnaître la nature spirituelle de l’âme.

    2.   Se dit de ce qui relève du domaine de la pensée, de l’esprit : la parenté spirituelle de deux écrivains.

    3.    Se dit de ce qui appartient à un domaine moral, distinct des réalités du monde sensible et de la vie pratique : un chef spirituel (ex le pape)

    4.    Quelqu’un qui a de l’esprit, de la finesse, de la vivacité dans son maniement des idées.

    Synonymes : Dévotion, foi, mysticisme, piété

    Dictionnaire Reverso :  

    1.     Caractère de ce qui est de l'ordre de l'esprit     

    2.    (philosophie)   ensemble des croyances et des pratiques qui s'attachent aux valeurs spirituelles  

    Synonymes : mysticisme, immatérialité, spiritualisme, valeurs religieuses, valeurs spirituelles  
    Antonymes :    animalité, matérialité, positivisme

    André Comte-Sponville, dans « L’esprit de l’athéisme », nous dit que la spiritualité, c’est la vie de l’esprit. Mais qu’est-ce que l’esprit ? Descartes le présente comme: « Une chose qui pense, c’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent. »

      Donc, qu’est-ce que l’esprit ?

    Définition philosophique :

    Principe de pensée. Psychisme. Substance immatérielle qui sert de support à la pensée. Puissance surnaturelle. Caractère, façon d’agir habituelle. Sens profond, intention d’une œuvre, par opposition à sa littéralité.

     Besoin : ancien bas franq bisunnia, soin.

    Grand Larousse Universel :

    1.     Exigence née d’un sentiment de manque

    2.    Sentiment de privation qui porte à désirer ce dont on croit manquer.

    3.    Chose considérée comme nécessaire à l’existence.

    Présentation

    Tout d’abord, en faisant mes recherches, j’ai trouvé beaucoup de correspondances entre le sujet que nous allons aborder aujourd’hui et le questionnement du mois dernier, entre vivre et exister, comme si c’était la spiritualité qui venait se glisser entre les deux pour faire la différence.

    L’homme a-t-il besoin de la spiritualité ?

    Quel sens chacun de nous donne-t-il à ce mot, spiritualité ? Est-ce une construction intellectuelle basée sur les textes religieux, ou une expérience sensible vécue (par les mystiques, par la méditation, entre autres).

    La spiritualité : immanence ou transcendance ? Une  « chose » ressentie de l’intérieur, ou quelque chose qui vient d’ailleurs?

    Si nous en avons besoin, c’est l’expression d’un manque. Pour éliminer la sensation de manque, il faudrait donc se mettre en recherche. Qu’est-ce qui fait prendre conscience de ce manque ?

    Synthèse du débat

    Spiritualité et religion :

    L’échange à débuté sur la notion de spiritualité. En occident elle se rattache conventionnellement à la religion et à la foi en Dieu. Spiritualité et religion sont intimement liées, mais ne sont pas synonymes. La notion de spiritualité désigne le caractère des choses de l’esprit et la vie selon l’esprit. La religion est « tout un ensemble organisé de croyances et de rites portant sur des choses sacrées, surnaturelles ou transcendantes (c’est le sens large du mot), et spécialement sur un ou plusieurs dieux (c’est le sens restreint), croyances et rites qui unissent en une même communauté morale ou spirituelle ceux qui s’y reconnaissent ou les pratiquent » (André Comte-Sponville dans L’esprit de l’Athéisme).

    Philippe nous fait remarquer que depuis toujours l’homme a été religieux et a pratiqué des rituels sacrés. L’Homo faber enterrait ses morts suivant des rituels bien définis.

    Ce besoin de rituel n’est pas du fait de l’individuel mais du communautaire. La religion est une pratique collective, ce sont des rituels qui organisent une société à partir de croyances communes. La spiritualité c’est individuel, c’est un chemin, c’est une quête personnelle. C’est aller vers soi comme l’a dit Pierre, ou encore faire un travail sur soi, sur ses émotions comme l’a exposé Dominique en prenant l’exemple de la colère. La qualité spirituelle ne se situe pas au constat d’une émotion et de sa maîtrise, mais dans le cheminement fait vers sa compréhension et son effacement.

    Il y a une spiritualité religieuse qui s’enracine à l’intérieur d’une religion comme une démarche de relation avec le Dieu en qui on croit en s’appuyant sur la prière et les textes sacrés. Mais il y a aussi une spiritualité laïque qui est plus une recherche de sagesse, de connaissance de soi, dans l’idée de développer certaines vertus, certaines qualités d’éthiques, d’arriver à une certaine sérénité intérieure.

    Spiritualité laïque :

    Peut-on parler d’une spiritualité laïque ou d’une spiritualité sans Dieu ?

     Le terme « laïc » ou « laïque » vient du latin laicus, dont le sens était « qui n’appartient pas au clergé ». Il a été inventé pour distinguer l’homme ou la femme qui n’était pas engagé(e) dans un ordre religieux ou une voie spirituelle spécifique, quelqu’un de libre de toute appartenance religieuse.

    Le terme de « spiritualité laïque est apparu dans les années 50. Arnaud Desjardin (1920-2011) a écrit sur l’hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme d’Afghanistan. Il établit « une spiritualité laïque proposant une synthèse des religions traditionnelles et des découvertes de la psychologie moderne »

    En réponse à la question sur la spiritualité laïque, André Comte-Sponville dans « L’esprit de l’athéisme » écrit:

    « Elle est laïque en ceci qu'elle n'a pas besoin d'Église. Un vrai mystique n'a pas besoin de dogmes, ni de foi, ni d'espérance. C'est d'ailleurs pour cela que les mystiques, dans toutes les religions, ont eu si souvent maille à partir avec leurs Églises respectives… La sagesse serait plutôt un certain type de silence. »

    « On a donc fini par croire que les mots “religion” et “spiritualité” étaient synonymes. Il n'en est rien. Il suffit pour s'en rendre compte de prendre un peu de recul, aussi bien dans le temps, du côté des sagesses antiques, que dans l'espace, du côté des sagesses orientales, spécialement bouddhistes ou taoïstes. On découvre vite qu'il existe d'immenses spiritualités sans croyance en un Dieu ou en une transcendance. C'est ce que j'appelle des spiritualités de l'immanence. »

    « La spiritualité comprise comme recherche d’un sens existentiel peut ne pas être religieuse mais il n’y a pas d’authentique religion sans spiritualité. Nous n’avons pas besoin de religion à la manière d’autrefois. Nous avons un besoin de spiritualité non utilitaire » (article du Figaro)

    Spiritualité et croyance

    Peut-on vivre sans croyance ? demande Claudie. Nos choix ne sont-ils pas guidés par ce en quoi on croit ? Il ne s’agit pas là que de croyance en Dieu mais de croyance en ce qui nous semble juste et sage.

    On peut ne pas croire en Dieu, mais comment vivre sans croire à l’amour qui nous emplit d’allégresse : l’amour d’une mère pour son enfant, l’amour de la vie. L’amour n’est-il pas l’essence de notre existence ?

    Comme nous l’avons vu lors d’un précédent débat, nous ne pouvons pas vivre sans croyances. Ici nous parlons de spiritualité et de croyances religieuses qui sont toutes les deux très subjectives. Cependant, on pourrait dire que la spiritualité  est la vision que chacun d’entre nous a du monde, de l’existence. Cet imaginaire est vivant, cette vision évolue en fonction de notre vécu. Les religions nous apportent des images toutes faites inscrites dans les livres, ce sont des images figées, sans vie. C’est ce qui faisait dire à Jacques Lacan : «  Les religieux sont capables de donner un sens à vraiment n’importe quoi. Ils sont formés à ça. »

    Ce dogmatisme figé de nos Eglises occidentales amène aujourd’hui beaucoup d’entre nous à se tourner vers la pensée orientale.

     Au début du 20ème siècle, le philosophe Krisnamurti œuvra à  lutter contre les dogmes religieux qui, pour lui, n’appelaient qu’à « la foi du charbonnier » écartant toutes visions spirituelles individuelles. Dans son ouvrage « La première et la dernière liberté » il écrivait :

     « Vous croyez de différentes façons, mais vos croyances n’ont absolument aucune réalité. La réalité, c’est ce que vous êtes, ce que vous pensez ; et votre croyance en Dieu n’est qu’une évasion de votre vie monotone, stupide et cruelle. En outre, les croyances, invariablement, divisent les hommes. Il y a l’Hindou, le Bouddhiste, le Chrétien, le communiste, le socialiste, le capitaliste, etc. Les croyances, les idées divisent ; elles n’unissent jamais les hommes…

    Qu’est-ce que la réalité, qu’est-ce que Dieu ? Dieu n’est pas un mot, le mot n’est pas la chose. Pour connaître l’immesurable, l’intemporel, l’esprit doit être libéré du temps, ce qui veut dire qu’il doit être débarrassé de toute pensée, de toutes les idées sur Dieu ...Ce n’est que lorsque l’esprit est complètement silencieux, non seulement aux niveaux périphériques et superficiels mais jusqu’aux couches les plus profondes, que l’inconnu peut entrer en existence. »

    Opinion, conviction (foi, croyance) et savoir

    Ces mots souvent employés les uns pour les autres expriment des notions bien différentes.

    Kant la « Critique de la raison pure. » distingue trois degrés de créance ou d’assentiment :

    « L’opinion : qui a conscience d’être insuffisante aussi bien subjectivement qu’objectivement.

    La foi, la croyance, la conviction : qui n’est suffisante que subjectivement, non objectivement. 

    Le savoir : qui est suffisant aussi bien subjectivement qu’objectivement »

    La spiritualité et la science

    Toutes les religions issues des textes de la Bible dirigent notre regard sur le mystère de la mort. Les enseignements qui en découlent ont pour but d’amener l’homme à agir sur terre dans l’espoir de trouver, après sa mort, une place auprès de son Dieu. Dans notre culture judéo chrétienne le mystère de la mort reste la grande question qui fait peur et angoisse. Le mystère de la vie n’est-il pas aussi important que celui de la mort ? Ne sont-ils pas intimement liés ?

    Longtemps, la science a été opposée à la religion. Surtout en France, où l'héritage de Descartes est solidement enraciné dans les esprits. Aujourd'hui l'astrophysique devient une porte d'entrée pour réfléchir à notre humanité, à notre place dans l'univers.   Dernièrement, sur France Culture, Hubert Reeves disait : « Je me dis souvent qu’il y a deux grandes questions qui se posent et auxquelles il faut renoncer  si on veut commencer à faire de la science. La première est la question de Leibniz «  Pourquoi il y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » La deuxième question c’est : pourquoi cette matière est régie par des lois ? Ce sont là pour moi les deux piliers de notre ignorance. »

    Cela rejoint la position de Protagoras : (penseur présocratique et professeur du Vème  siècle av. J.-C.)

    « Sur les dieux, je ne peux rien dire, ni qu’ils soient, ni qu’ils ne soient pas, ni ce qu’ils sont. Trop de choses empêchent de le savoir : d’abord l’obscurité de la question, ensuite la brièveté de la vie humaine. »

    Certes la théorie du big bang nous donne une image de plus en plus précise ce qui pourrait être la naissance de l’univers et de son évolution, mais ne nous dit pas qui en est l’architecte.

    L’astrophysicien vietnamien Trinh Xuan Thuan pense que science et spiritualité sont complémentaires. Il croit que l’homme a un rôle à jouer en comprenant l’univers et en lui donnant un sens. Il dit se sentir « dans la lignée de Pascal, qui était un grand scientifique et un grand croyant… Je parie sur un seul Univers dont le principe créateur ne s’incarne pas, selon moi, dans l’image d’un Dieu barbu qui régit tout mais dans la manifestation des lois de la nature. »

    Comme le dit Comte-Sponville, «  La première expérience scientifique a été d’observer le ciel. L’espèce humaine est peut-être la sele qui se couche sur le dos, ce qui nous permet d’appréhender ce mystère qui nous contient et nous habite : c’est le début de la spiritualité » ( «  L’esprit de l’athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu »)

    Harmonie avec la nature

    Un sentiment de paix intérieure lors de la contemplation de l’océan… Et si c’était ça aussi, la spiritualité ? interroge Pierre. L’homme est bien orgueilleux de vouloir s’élever à tout prix, restons humbles.  

    De la contemplation des mystères de la nature, nait, en nous, une grande sérénité, un bien être du corps et de l’esprit. Ce qui peut sans doute différencier l’approche poétique de la contemplation de l’approche religieuse en général, c’est que la religion répond au mystère par la croyance, alors que contemplation révèle le mystère et la question ; question qui n’aura jamais de réponse absolue, mais qui donne vie à l’inspiration…St Bernard disait «  Crois en mon expérience, tu trouveras quelques chose de plus dans les bois que dans les livres. Les arbres et les rochers t’enseigneront ce que tu ne peux apprendre d’aucun maître ».

    La contemplation est une aventure intime, imprévisible qui nous sort du quotidien et nous éveille à l’univers et à l’essentiel en nous. La recherche d’harmonie avec la nature est-elle quête spirituelle ?

    La spiritualité et psychologie

    Trouver l’essentiel en nous, c’est là l’invitation que nous fait Annick Souzenelle  dans son dernier livre « Va vers toi ». C’est en se confrontant à ce qui semble être nos monstres intérieurs que l’on peut retrouver les dieux en nous. Est-ce là l’objet de la psychanalyse, dite aussi thérapie analytique, qui vise à une immersion dans la profondeur du psychisme, notamment l'inconscient ? La motivation est-elle d’ordre spirituel ?

    Pour Freud, « Toute aspiration religieuse est un fantasme, une création de l’esprit. La croyance en l’existence de Dieu est une sublimation, une activité psychique qui tire sa force de la pulsion sexuelle pour se déplacer vers l’élévation esthétique ou intellectuelle ». Alors que pour Jung « L’aspiration spirituelle est une fonction naturelle dynamisée en chacun de nous par l’inconscient collectif, la mémoire psychique de l’humanité qui s’exprime à travers les archétypes et les mythes. Il y a en chacun de nous une nécessité de s’élever, de vivre des expériences transcendantes »… « La spiritualité est un besoin de notre inconscient »

    Les différents chemins de la démarche spirituelle

    A ce niveau de nos échanges plusieurs voies vers la spiritualité se dessinent, qui ne s’excluent pas les unes les autres : 

    La spiritualité de l'amour dans l'union à un dieu personnel, ce sont les mystiques religieuses (remarquons à ce sujet que le christianisme n'en a pas l'exclusivité et qu'il existe en Inde un fort courant de mystique dévotionnelle)

    La spiritualité de la connaissance où le sujet connaissant dépasse la dualité sujet-objet ; c’est une démarche plus intellectuelle bien que n’évinçant pas l’expérience ; elle est plus scientifique et philosophique.  

    La spiritualité « poétique » où le sujet qui contemple s'absorbe dans la nature qu'il contemple. 

    La spiritualité et la beauté

    Nature, harmonie, poésie, beauté… ? Anne questionne sur le rôle que peut jouer la beauté. Le sentiment esthétique est-il un élément de la spiritualité ? Charles Pépin dans « Quand la beauté nous sauve » tente d’y répondre :

    De l’émotion esthétique : « Cette émotion ne durera pas, mais elle ressemble à l’éternité. »

    « Nous avons besoin de la beauté pour nous souvenir de ce que nous pouvons être. »

    … « il m’avait semblé qu’il y avait dans cette beauté quelque chose qui, sans être nécessairement plus fort que la mort, permettait de lui tenir tête un petit peu. »

    « La beauté ? Il faudrait plutôt dire : l’émotion esthétique. Ce plaisir étrange, ni simplement sensuel, ni vraiment intellectuel non plus, cette satisfaction gratuite, désintéressée, cette évidence qui soudain vous apaise lorsque vous dites : « c’est beau. ». N’est-ce pas une définition de la spiritualité ? »

    Le besoin de spiritualité

    A travers nos réflexions, on voit se dessiner ce besoin d’autre chose que notre nécessaire vital, matériel. Comme notre corps se nourrit pour grandir et vivre, notre esprit a besoin d’être alimenté,  pour se développer, permettre à notre conscience de s’élever.

    Ce besoin de spiritualité est plus ou moins grand suivant les personnes, et les motivations sont   différentes, la quête spirituelle répond à plusieurs besoins de l’homme :

    Le besoin social, besoin de se sentir relié au monde et aux autres pas seulement par des nécessités pratiques ou des liens formels. C’est les cas dans les églises, les fratries et autres groupes de recherche spirituelle.

    Le besoin intellectuel, celui de comprendre et de savoir. Il n’y a pas de croyances mais la recherche de la vérité.

    Le besoin de recherche d’une vie intérieure, le « connais-toi toi-même » afin de mieux vivre son existence.

    Le besoin existentiel, besoin non utilitaire, qui est le besoin de trouver un sens à la vie.

    La spiritualité comprise comme recherche d’un sens existentiel peut ne pas être religieuse mais il n’y a pas d’authentique religion sans spiritualité.

    Le mystère de la mort

    Chercher à  maintenir vivant le sentiment d'une essence spirituelle propre à l'homme, est certainement une des réponses à l'un de ses besoins les plus primitifs pour faire face à l'angoisse du présent, du futur et d'une après vie. La mort, un mot qui nous terrifie, une angoisse de l’inconnu, mais une réalité à laquelle nous devons tous faire face.

    Nous pourrions avoir une rencontre réservée à ce mystère de la mort. Nous en parlons aujourd’hui car c’est la principale cause de ce besoin de spiritualité dont on parle maintenant..

    La grande question est « Il y a-t-il quelque chose après la mort ? ».

    Selon une équipe de chercheurs, il existerait une forme de "vie après la mort". "Les preuves suggèrent que, dans les premières minutes après la mort, la conscience n'est pas annihilée", explique le docteur Sam Parnia, principal auteur de l'étude. (Article de La Dépêche du 9/10/2014)

    Bernard d’Espagnat, physicien dans Le monde des religions n° 51.Dossier « cerveau et spiritualité » écrit : « La physique quantique nous enseigne que cette réalité dans laquelle nous vivons, située dans le temps, l’espace, l’énergie et la matière, n’est pas la réalité ultime, et que la réalité ultime, si elle existe, ne peut être située dans le monde des phénomènes. Cela rend à priori non absurde l’idée d’une possible survie après la mort. »

    Qui a raison ? A défaut de certitude chacun d’imaginer la réponse. Mais, n’est-il pas plus essentiel de se poser la question du rôle que joue, dans nos vies, la conscience que nous avons de notre finitude ?

    Teilhard de Chardin cité par François Cheng dans « Cinq méditations sur la mort » nous livre des pistes de réflexions. Il écrit : « Incorporer la mort dans notre vision, c’est recevoir la vie comme une générosité sans prix […] la mort est chargée de pratiquer, jusqu’au fond de nous-mêmes, l’ouverture désirée  […]  fermer les yeux devant la mort en se barricadant contre elle, c’est au contraire rabaisser la vie à une chiche épargne dont on compterait les dépenses sou par sou, au jour le jour. »

    Du temps pour la spiritualité

    Même si le bouddhisme nous invite à reconnaître qu’il y a du sacré dans le moindre de nos gestes routiniers, pour la plupart d’entre nous, un moment de spiritualité est ce qui nous sort, par le haut, de notre quotidienneté. Encore faut-il en prendre le temps.

    Pour certains il a été difficile de prendre ce temps durant leur vie active où ils étaient plus dans le faire que dans l’être. D’autres évoquent le temps de l’adolescence où ils se sont posé ces questions sur les mystères de la vie, la mort, de l’univers, le sens de leur vie. N’est-ce pas là la raison d’être de la philosophie en Terminale ? Ces questions ont accompagnés certains tout au long de leur existence. D’autres, encore, profitent de leur retraite, forts de leurs expériences, pour réfléchir sur le sens de leur vie et pouvoir partir sans regrets.

    Clôture du débat par Anne 

    Je vais parler de ma propre réflexion, nourrie par un vécu récent, et revenir sur la mort dont il a été question à plusieurs reprises.

    La spiritualité ne nait-elle pas de ce questionnement suprême qui nous vient devant la mort ? Et pas seulement la peur de notre propre mort, dont on ne peut rien savoir, mais  cette sidération, cet effroi quand survient la mort d’un proche, quand un corps soudain n’est plus vivant, un corps vidé de son essence, qui devient chose. Nous sommes devant l’énigme de la vie. C’est incompréhensible. Et on cherche à comprendre.

    La spiritualité serait-elle ce qui nous réconforte ? Aurait-elle un rapport avec la mort ? Aurait-elle un rapport avec la beauté ? Aurait-elle un rapport avec la nature ? Serait-elle ce qui fait venir les larmes aux yeux, larmes d’émotion, de joie, de douleur ?

     

    Victor Hugo, cité par Charles Pépin :

    « La mort et la beauté sont deux choses profondes

    Qui contiennent tant d’ombres et d’azur qu’on dirait

    Deux sœurs également terribles et fécondes

    Ayant la même énigme et le même secret. »

     

    Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous. Merci pour votre participation et rendez vous Dimanche 27 septembre 2015 (même heure, même lieu), le sujet choisi à mains levées, sera: « Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir? »

    Mireille PL


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