• Peut-on Echapper à la solitude?

    5 à 7 Philo du dimanche 30 octobre 2016 : 21 participants

     Peut-on échapper à la solitude ?

     Introduction  par Anne

    Analyse des termes du sujet : Voici plusieurs définitions trouvées dans différents dictionnaires.

    Solitude :

    CNRTL : Nom féminin. Situation de quelqu'un qui se trouve sans compagnie, séparé, momentanément ou durablement, de ses semblables.

    Situation de personnes qui sont ensemble, sans témoin ou en dehors de la présence d'autres personnes, volontairement ou non.

    LAROUSSE :   État de quelqu'un qui est seul momentanément ou habituellement : Profiter d'un instant de solitude pour réfléchir. Aimer la solitude.

     État de quelqu'un qui est psychologiquement seul : Solitude morale.

    ENCYCLOPEDIE de l’AGORA : La solitude est l'éclipse des liens avec autrui; l'isolement en est la privation.

    Synonymes : isolement, retraite Antonymes : cohue, collaboration, compagnie, société.

    Hannah Arendt définit précisément le terme de solitude et en a tiré 3 notions proches : Solitude/esseulement/isolement, nous en parlerons certainement au cours du débat.

    Echapper:

    LAROUSSE : Quitter par la ruse, la force, quelqu'un qui tenait, retenait, gardait : Le prisonnier a échappé à ses gardiens.

    Ne pas être atteint par quelqu'un, quelque chose, se soustraire à eux ; éviter : Échapper aux recherches de la police.

    CNRTL : Emploi intransitif : Ne pas être concerné. « Nous le savons, les intérêts ne se réglementent point; ils échappent à la loi »

    Synonymes: fuir, se dérober, se détacher de. Antonymes : obéir, suivre, supporter

    Présentation :

    « Peut-on échapper à la solitude ?»

    Bizarrement le mot qui m’a interpellée en premier est « échapper » il m’est venu l’image d’une course cycliste, soudain les reporters s’excitent. Un coureur vient de s’échapper, héros solitaire qui s’extrait du troupeau, du peloton. Il sort du lot indifférencié des coureurs pour affirmer, en solitaire, son talent particulier.

    S’échapper de la solitude, comme si elle était une prison. Mais, à l’opposé, le peloton n’est-il pas lui aussi une prison ? Le peloton, la foule, les groupes, peuvent être autant de prisons mentales si on y perd son libre arbitre. La solitude peut aussi être dans les « réseaux » qui, sous prétexte de nous tenir constamment « connectés », contribuent, si l’on n’y prend pas garde, à isoler – et peut-être de nous-mêmes ?

    Et puis je me suis dit que si nous nous posons cette question, « Peut-on échapper à la solitude ? », la solitude vue comme une prison, quelque chose de douloureux, c’est peut-être à cause de cette solitude première qu’éprouve le nouveau-né propulsé hors de la matrice maternelle.

    Débat

    Mireille PL.: Tu as parlé de Hannah Arendt, j’ai trouvé très intéressant la distinction qu’elle fait des trois états de la solitude qui correspondent à trois mots qui sont : la solitude, c'est-à-dire que j’éprouve le besoin d’être seul pour être face à moi-même ; l’isolement  qui peut être physique ou psychique  qui n’est pas un état voulu, là je ne suis pas avec les autres mais je ne suis pas coupée ni de moi-même ni du monde, je suis seule mais ne me sens pas seule ; et l’état le plus douloureux est l’esseulement parce que je suis à la fois coupée de moi-même et coupée du reste du monde, je me sens seule et abandonnée. Mon père me disait «  celui qui seul, se sens seul c’est qu’il est avec un imbécile » c'est-à-dire qu’il s’est coupé du monde et de lui-même. Il n’arrive pas à trouver le dialogue ni avec les autres, ni avec lui-même. Pour certain la solitude est signe de sérénité par exemple pour les moines,  et pour d’autres c’est une catastrophe.

    Arielle : Je pense qu’il y a la solitude choisie et la solitude subie. Dans la question il est dit « peut-on échapper à », quand on échappe à quelque chose, ce à quoi on échappe est généralement négatif comme : «  j’ai échappé à l’orage », « je l’ai échappé belle » ; par contre quand on dit «  je m’échappe de », « je me suis échappé de la foule » il y a cette notion de choix, de volonté. Je trouve qu’il y a une différence de sens entre « échapper à » et « s’échapper de ».

    Philippe C. : Je voudrais préciser l’origine du mot « solitude » : « solutido » veut dire lieu désert. Je trouve que c’est important parce que ça peut expliquer que la solitude est en général porteuse d’angoisse, non pas d’anxiété mais d’angoisse. C'est-à-dire de quelque chose qui n’a pas de cause précise, l’angoisse est due à un ensemble de choses. Je pense que la solitude est douloureuse et difficile à vivre parce qu’elle nous renvoie à nous-mêmes et on s’aperçoit que ce nous-mêmes, quand on est dans la solitude, il n’est plus rien ; c’est le non-être, le chaos ; c’est l’impossibilité de se reconnaitre tel que l’on croit être.

    Philippe B. : La question est « Peut-on échapper à la solitude ? » c'est-à-dire a-t-on la possibilité d’y échapper, c’est la possibilité mais pas l’obligation. On est bien dans l’idée de s’échapper : on est dans une situation qui ne nous convient pas, ce n’est pas forcément un choix, ça peut être une question de survie. On s’échappe parce que c’est ça ou la mort. Mais lorsqu’il y a des personnes qui choisissent la solitude, ce n’est pas forcément quelque chose de subi, c’est un choix. Et puis on parlait des moines sont-ils vraiment seuls ? Ils vivent en communauté. Et même les ermites, le fait d’être avec Dieu : sont-ils vraiment seul ? La solitude est-ce un état social ou personnel ?

    Mireille  PL. : Je pense que c’est surtout personnel. Tu as parlé, Anne, de la solitude de la naissance, Bouddha dit « On naît seul, on vit seul, on meurt seul ». La solitude fait partie intégrante de nous. Là où je te suis moins Philippe C, c’est que peut-être, pour la majorité des gens, je n’en sais rien, tu as écouté beaucoup de gens de part ta profession, donc tu le sais sans doute mieux que moi, mais la solitude  n’est pas forcément source d’angoisse.

    Janie : Vous venez de dire « On naît seul, on vit seul, et on meurt seul »Je suis étonnée de ce que vous dites parce que je trouve qu’on passe son temps à essayer de vivre en société on est un être social et avec d’autres.

    Mireille PL : Il faut le comprendre dans le sens où personne ne peut vivre ma vie à ma place.

    Janie : C’est une prise de conscience déjà à un certain niveau.

    Mireille PL : C’est Bouddha qui le dit ce n’est pas moi, mais quand on y réfléchit c’est assez vrai.

    Janie : C’est déjà un état poussé de réflexion sur soi-même. Je pense que l’homme cherche toujours à se distraire, à rencontrer les autres, et moi la première, pour échapper justement à cette solitude, ou avec ce face à face avec soi-même. La distraction… Et même les adolescents ont besoin de se sentir appartenir à un groupe.

    Pierre : Je dirais que justement on passe son temps à s’échapper de la solitude. Je crois que, pour tout un chacun, à part quelques uns (on parlait des ermites), ce sujet est fondamental et occupe toute notre existence. On va donc chercher, tant bien que mal, des solutions qui passent par un certain nombre de croyances. La croyance religieuse est un exemple de réponse, mais il y en a bien d’autres. Je serais assez tenté de partir de ce que dit Mireille (PL), à savoir que je suis fondamentalement seul.

    Thierry : Vous pouvez développer quand vous parlez de croyance, religieuse par exemple ?

    Pierre : Dans la croyance religieuse, c’est être accueilli dans une communauté de pensée,  de gens qui vont penser la même chose, qui vont dire «  Oui, Dieu existe » : et à ce moment là on rétablit non seulement la notion de communauté où, apparemment, on cesse d’être seul, mais en même temps, je dirais que c’est un lien plus fort puisqu’il va au-delà de l’existence humaine. Je dirais que c’est une recherche d’un ordre supérieur. C’est dire combien on a besoin de s’accrocher à quelque chose.

    Janie : Je pense qu’il faut faire la différence entre la solitude physique, tout au long de notre vie il arrive des moments où, pour différentes raisons, on se retrouve seul, et le sentiment de la solitude. Échapper au sentiment de solitude il me semble que, pour la plupart des gens, c’est plus difficile que d’échapper à la solitude physique, parce que la solitude physique, bon, on se retrouve ici, où dans un contexte de communauté quel qu’il soit. On peut se retrouver avec plein de monde et malgré tout se sentir très seul.

    Anne : J’ai été un petit peu étonnée, parce que la réaction première tout à l’heure, quand la solitude a été évoquée, a été celle des moines ou des ermites. Je n’aime pas généraliser alors je vais parler de moi, l’expérience de la solitude est quelque chose que je trouve extrêmement enrichissante et extrêmement porteur avec la possibilité de réflexion, et d’affiner sa sensibilité, ce qui ne veut pas dire que c’est un isolement perpétuel. J’ai fait une petite recherche, je ne les ai pas tous trouvés loin de là, mais j’ai mis d’un côté les philosophes sociaux, c'est-à-dire ceux qui font l’apologie de la vie en communauté, de la vie sociale ; et puis de l’autre ceux qui font l’apologie de la solitude qui eux sont très largement plus nombreux. Mais ni les uns ni les autres ne disent qu’il ne faut que vivre en communauté, où en société. Ceux qui font l’apologie ou qui exaltent la solitude, à part quelques personnalités particulières, disent qu’il ne faut pas vivre que dans l’isolement.

    Thierry : Je ne suis pas sûr que tout à l’heure on ait parlé tout de suite de la solitude du moine où de l’ermite. Madame a parlé de Bouddha, j’aimerais que vous développiez ; monsieur a parlé de la croyance religieuse. Bouddha, pour moi représente quelque chose, j’aimerais savoir ce qu’il représente pour vous.

    Mireille PL : Je n’en sais rien, j’ai rencontré cette phrase assez tôt dans ma vie et je l’ai trouvée très juste parce que personne ne peut naître à ma place. Quand on regarde un bébé naître on voit bien qu’il est étranger, le premier sourire où il reconnait l’autre ne vient que vers deux mois. Les évènements que je vis, qu’ils soient heureux ou malheureux je peux les vivre à côté de quelqu’un, mais ce que je ressens n’est pas ce que ressent la personne qui les vit avec moi. Et au moment de la mort, même si on est accompagné jusqu’au bout, on est seul. J’ai accompagné ma mère et j’ai senti qu’à un moment elle était seule face à sa mort et que je ne pouvais rien faire devant cette solitude. C’est dans ce sens là que j’ai compris cette phrase.

    Thierry : Donc quand vous parliez de Bouddha c’était…

    Mireille PL : C’était simplement parce que c’est une phrase de lui, ç’aurait pu être quelqu’un d’autre qui la dise.

    Thierry : Moi quand je pense à Bouddha je pense à la sagesse, à quelqu’un qui est capable de réfléchir en lui-même, d’être dans un certain recueillement, une certaine méditation, donc dans une certaine solitude. Comme disait madame la solitude peut être quelque chose d’intéressant parce que ça aide à se retrouver. Je me dis des fois « là il faut que je me pose car tout va trop vite ». D’après ce que je comprends de beaucoup de gens que je connais qui sont bouddhistes, la sagesse leur apporte quelque chose. Mais je suis persuadé que tout être humain, même Bouddha, n’est pas à l’abri de se dire dans son cerveau «  alors là, il faut que je réfléchisse ». Quand on est en société, avec d’autres personnes, il y a des choses qui se passent, des tentions, qui font qu’à un moment donné on se dit « j’ai besoin d’être seul, il faut que je me pose ».

    Arielle : Je voudrais revenir sur ce qu’a dit Janie, que malgré une proximité physique, malgré le fait qu’on puisse être dans un groupe, il peut y avoir une notion de solitude psychologique ; la solitude peut être psychologique ou physique. Je pense aussi que la solitude est bénéfique, indispensable pour l’individu, pour pouvoir se retrouver, pour créer ; la solitude physique et psychologique se retrouvent là, de façon conjuguée, pour du positif.

    Anne : Je voudrais en profiter pour lire un petit extrait de Montaigne qui a consacré un chapitre sur la solitude de l’âme : «  C’est pourquoi il faut la ramener et la replier sur elle-même : c’est là la vraie solitude, dont on peut jouir au milieu des villes et des cours royales ; mais on en jouit plus commodément quand on est à part…..Débarrassons-nous de tous les liens qui nous attachent aux autres ; gagnons sur nous de pouvoir vraiment vivre seuls et vivre de cette façon à notre aise. »

    Et plus loin : « « Il faut avoir des femmes, des enfants, des biens et surtout la santé, si l’on peut ; mais il ne faut pas s’y attacher de manière telle que notre bonheur en dépende. Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute libre, dans laquelle nous établissons notre vraie liberté et notre principale retraite dans la solitude. C’est là qu’il faut tenir notre habituel entretien avec nous-mêmes – un entretien si particulier qu’aucune relation ou communication extérieure n’y trouve place - ,parler et rire comme si nous étions sans femme, sans enfants, sans biens, sans suite et sans valets, afin que, lorsqu’il nous arrivera de les perdre, ce ne sera pas une situation nouvelle que de nous en passer. Nous avons une âme capable de se replier en elle-même ; elle peut se tenir compagnie ; elle a les moyens d’attaquer et de défendre, de recevoir et de donner : ne craignons pas que, dans cette solitude, nous allions croupir d’oisiveté ennuyeuse. »

    Mireille : Je pense que c’est facile de parler de solitude quand on est entouré et de dire qu’on aime la solitude, parce que Montaigne, à mon avis, devait être assez entouré, assez rarement seul. La personne qui souffre de solitude, c’est difficile pour elle parce qu’elle n’est pas entourée. Ce que je veux dire c’est que lorsqu’on a du monde autour de soi c’est facile de parler de solitude car en fait on n’est pas seul.

    Anne : Ce qui me gêne c’est l’idée de généraliser ; il y a des gens qui sont bien dans la solitude. Ça ne doit pas devenir un excès mais on peut aimer ça.

    Arielle : Il y a être seul et se sentir seul, avoir le sentiment de solitude.

    Agnès : Moi je suis sûre qu’on peut être très heureux dans la solitude, mais plein de gens se dispersent et ont très peur de la solitude ; donc ils se trouvent des prétextes, des occupations en tous genres, du monde tout le temps. Combien de couples restent ensemble uniquement parce qu’ils ont peur de se retrouver seuls, et pourtant ils sont très seuls de toutes façons. Même entouré d’une famille nombreuse on peut se sentir très seul. Mais on peut aussi aimer être seul, ne pas en avoir peur et apprécier tout ce que ça donne : la place à l’imagination, à la création ; on ne peut pas créer si on est toujours avec du monde, il faut se retrouver seul. Je suis persuadée qu’on peut avoir beaucoup de choix dans la solitude.

    Mireille PL : Agnès a dit un mot très important qui est le mot « peur ». En fait, les angoisses dont Philippe  parlait tout à l’heure sont dues à la peur, la peur du vide, la peur de la mort.

    Nadine : Je pense qu’il y a autant de solitudes que de personnes. Pour quitter les domaines hautement philosophiques, moi je vais parler de la solitude des personnes âgées. Nous sommes dans un monde de communications, mais au-delà d’un certain âge, par exemple les personnes malades, les familles aujourd’hui sont très occupées à gagner de l’argent, à faire ceci, faire cela, elles ont moins de temps à consacrer aux personnes âgées ; ce n’est pas parce qu’ils sont moins aimants, mais ils ont moins de temps à leur consacrer.  Et ça je pense que c’est vraiment la solitude la plus triste.

    Philippe C. : Tu as parlé Mireille de l’angoisse de la mort, je pense que ça n’a pas de rapport avec l’angoisse dont je parlais tout à l’heure qui est le fait, quand on est dans la solitude, et qu’on va au bout de la conscience de la solitude. On s’aperçoit qu’il n’y a que notre identité propre et on voit que le « moi » est totalement inconsistant et qu’il n’a plus rien pour se construire et que tout s’effrite devant la recherche qu’il fait de sa propre identité, de sa propre existence. On s’aperçoit qu’il n’y a rien et c’est ce vide qui est source d’angoisse.

    Anne : Je voudrais te répondre parce que : d’abord c’est vrai qu’on se construit grâce aux autres ; mais cependant, je ne suis pas d’accord avec toi. Il y a les gens qui font l’expérience de ce qu’on appelle la méditation et qui font l’expérience de quelque chose ; alors que ça ait une connotation religieuse ou pas ça n’a rien à voir,  mais ils font l’expérience de quelque chose d’autre ; enfin « d’autre » parce qu’il n’y a pas de mot, « le poète est coupable ». Celui qui a voulu mettre un mot là-dessus a semé la zizanie. Il y a quelque chose, il n’y a pas rien, et ça, ça ne peut se ressentir que dans la solitude, la solitude méditative. Sinon, je crois que cette peur de la solitude que l’on peut avoir, c’est la peur de se retrouver face à soi-même. Ça peut être effectivement un vide abyssal mais ça peut être aussi l’occasion de trouver quelque chose qui existe de façon impalpable.

    Philippe C. : Oui, mais là on a trouvé quelque chose, la solitude c’est quand il n’y a plus rien, qu’il n’y a plus de désir.

    Brouhaha :

    Nathalie : Ce qu’il dit ça fait une semaine que je l’entends, j’ai des gens qui ne sont pas venus ce soir parce que, eux, ils ont honte de leur solitude. Et quand on me dit « moi, je ne vais pas exhiber ma honte », c’est bien de l’angoisse ça. Et ce n’est pas qu’une personne qui a réagi ainsi, et dans le tas il y a une personne qui fait de la méditation et malgré ça elle a honte de sa solitude parce qu’elle a le sentiment d’être incomprise, de ne plus comprendre les autres, de n’avoir plus rien à partager. Je trouve que si on peut associer le mot « honte » à la solitude c’est vraiment angoissant. On a plus le droit dans notre société de vivre dans la solitude, on est suspect aux yeux des autres.

    Philippe B : On aborde là, il me semble, le côté pathologique de ce sentiment de solitude. On parle d’angoisse dans la solitude mais il y a l’inverse, il y des personnes qui sont rassurées par la solitude, j’en connais : c’est échapper à la foule, au monde, aux autres qui sont source de danger, alors la solitude est le refuge où on ne risque rien.

    Nadine : Il y a aussi une façon très simple d’échapper à la solitude c’est d’aller vers les autres, s’occuper des autres. Quand on s’occupe des autres on s’oublie, on est plus dans la solitude. C’est une façon très enrichissante d’échapper à la solitude.

    Pierre : J’ai du mal à faire la synthèse de ce qui se dit. Comme tu dis Philippe, dans la solitude l’état dans lequel on est à un moment donné est tellement désertique qu’il ne reste que soi, que l’identité. Mais pour moi, je ne peux parler que de moi, la quête de soi, savoir qui on est, c’est sûr que ça se fait dans une forme de solitude, ou je dirais de recueillement, c'est-à-dire d’absence des autres mais nourri par les autres. Mais, pour moi du moins, ça n’évite pas l’écueil de se sentir isolé, parce que je pense que nous sommes malgré tout des étrangers les uns aux autres. J’ai toujours cherché, je me dis : comment sortir de cela, de cet univers, bien que  telle personne repliée sur  elle-même peut être heureuse. Ça c’est le sommet d’être suffisamment nourri pour l’être. On est toujours à la recherche des autres, des communautés de pensée, mais je ne vois que l’état aimant pour sortir de cet isolement premier.

    Anne : Je vais glisser une petite citation de Khalil Gibran : « La solitude est une tempête de silence qui arrache toutes nos branches mortes. Pourtant, elle implante nos racines dans les profondeurs du cœur vivant de la terre vivante. »

    Mireille PL : Je voudrais reprendre ce qu’a dit Nadine qui me semble important aussi : c’est qu’il y a autant de solitudes que d’êtres humains, ça montre que la solitude est un état psychique. Je me suis amusée à comparer la façon dont deux chanteurs en parlent, tous les deux à la suite d’un chagrin d’amour.

    Il y donc Barbara qui ne dit le mot solitude qu’à la fin de sa chanson ; quand on lit son texte on peut penser qu’elle parle de la mort :

     « Avec sa gueule de carême
    Avec ses larges yeux cernés,
    Elle nous fait le cœur à la traîne,
    Elle nous fait le cœur à pleurer,
    Elle nous fait des matins blêmes
    Et de longues nuits désolées.
    La garce ! Elle nous ferait même
    L'hiver au plein cœur de l'été. »

    Et puis il y a un chanteur qu’on nommait « Monsieur 100 000volts », c’est Gibert Bécaud qui, lui, commence par nommer la solitude :

    « La solitude ça n'existe pas 
    Chez moi il n'y a plus que moi
    Et pourtant ça ne me fait pas peur
    La radio, la télé sont là
    Pour me donner le temps et l'heure
    J'ai ma chaise au Café du Nord
    J'ai mes compagnons de flipper
    Et quand il fait trop froid dehors
    Je vais chez les petites s
    œurs des cœurs…

    Tu te trompes, petite fille
    Si tu me crois désespéré
    Ma nature a horreur du vide
    L'univers t'a remplacée
    Si je veux, je peux m'en aller »

    Quand on connait ces deux personnages leur propos sur la solitude correspond vraiment à leur tempérament. L’une est une profonde mélancolique et l’autre est un pur sanguin. J’ai trouvé que ça démontrait vraiment bien que la solitude est avant tout un état psychique.

    Thierry : Je voudrais revenir sur ce qu’a dit quelqu’un qui a parlé de la communication. Je pense qu’on n’a jamais été devant les écrans, que ce soit télévision, ordinateur, Smartphone etc., surtout les jeunes générations. Les jeunes pensent qu’ils ne sont pas seuls quand ils sont devant leur écran et pourtant, même si on vit une période des autoroutes de la communication par ce biais là, ces jeunes souvent se sentent assez seuls. J’entends des parents dire « mon fils je ne le vois pas de la journée il est tout le temps seul devant son écran ».

    Arielle : L’écran est aussi un écran au sens figuré vis-à-vis des autres. Nous sommes dans une société de l’écran comme tu le dis, et ça entraine l’être humain à s’isoler physiquement. La communication n’est que virtuelle.

    Anne : Pour une pas être partiale je vais citer deux philosophes qui sont du côté de ceux promeuvent les rapports sociaux.

    Il y a d’abord Socrate : « J’aime à apprendre ; or la campagne et les arbres ne souhaitent rien m’apprendre tandis que les hommes de la ville le font, eux » (Phèdre)

    Et puis il y a Hannah Arendt qui « ne pense pas, comme Aristote, que l’homme trouve sa plus haute dignité dans la contemplation. La liberté est un concept qui se manifeste à travers l’action et implique toujours plusieurs personnes. Un des caractères fondamentaux de la condition humaine est la pluralité. »

    J’ai remarqué que ceux qui défendent cette position sont souvent des philosophes qui sont dans l’action et pour qui le fait d’avoir des relations humaines prime.

    Janie : Vous en avez d’autres ?

    Anne : Oui (et cite plusieurs noms, Thierry lui demande de lire la citation d’Albert Einstein)

     « Mon sens passionné de la justice et de la responsabilité sociale ont toujours fortement contrasté avec mon absence prononcée du besoin de contacts humain. Je suis réellement un voyageur solitaire et n'ai jamais appartenu de tout mon cœur à ma patrie, mon logis, mes amis ou même ma famille proche ; confronté à tous ces liens, je n'ai jamais oublié la notion de distance et de solitude… »

    Mais, c’est son témoignage, c’est un individu particulier.

    Mireille PL : Il y a une chose importante dans ce qu’il dit c’est la notion de liberté. C’est vrai que dans la solitude on est beaucoup plus libre, parce que, quand on est en communauté, on doit faire attention à l’autre et faire des concessions.

    Mireille : La solitude ce n’est pas forcément la liberté, ça peut être subi.

    Arielle : Oui, mais là il est question de la solitude choisie.

    Anne : Comment ce fait-il qu’il y ait des individus qui supportent la solitude et qui même en sont heureux, d’autres qui ne la supportent pas et en souffrent ?

    Catherine : On a vu qu’il y avait toutes sortes de solitudes, mais finalement dans la formulation de la question « Peut-on échapper à la solitude ? », c’est une manière de dire qu’à un moment ou un autre vous serez face à vous-même, vous serez amené dans certaines circonstances de la vie à faire des choix par vous-mêmes, seuls, et vous ne rendrez des comptes qu’à vous-mêmes. C’est une espèce d’invitation, de dictat pour dire « trouvez-vous vous-même »

    Thierry : On n’a pas parlé de la prison qui est la détresse psychologique pour l’individu, la prison qui est avec des murs physiques, et la prison qui peut être la détresse psychologique ; c’est aussi une solitude.

    Agnès : Il y a des prisonniers qui ont oublié leur prison en écrivant des tas de choses, donc ça dépend de l’état psychique de l’individu.

    Marie Claude : Quand on parle de la solitude, on citait celle de l’ermite au début, Pierre disait on se regroupe avec les autres, on a besoin d’une communauté, mais je trouve que déjà d’être en communication avec les dieux ou avec je ne sais pas qui on n’est plus seul, ce n’est pas de la vraie solitude. La solitude c’est la réflexion sur soi ce n’est pas devant quelqu’un.

    Mireille PL : Ce que tu appelles la vraie solitude c’est l’esseulement dont on parlait au début. Tu es coupée de toi-même et tu es coupée des autres.

    Philippe C. : La Fontaine disait « La raison d’ordinaire n’habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire. Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés. » Je l’aime bien en tant que philosophe.

    Thierry : Je reviens sur l’individu qui est en prison et qui écrit. Je parlais de la détresse de l’individu en prison, c’est social, c’est en même temps la peur de la prison mais, effectivement le prisonnier qui décide d’écrire ou de gravir certaines barrières sociales par des études, c’est à mon avis une seconde phase de sa solitude. La première phase psychologique de l’individu qui va être enfermé c’est la détresse, le néant, c’est presque une petite mort.

    Agnès : Ça dépend comment on a appris à cohabiter avec soi-même.

    Anne : Quelqu’un me demandait tout à l’heure si j’avais une citation de Nietzsche, je ne sais pas si j’ai bien choisi, il dit : « L’homme grégaire européen se plait à se considérer aujourd’hui comme le seul type humain légitime et à glorifier les qualités qui font de lui un être docile, supportable et utile au troupeau comme les vertus humaines par excellence : esprit communautaire, bienveillance, déférence, diligence, sens de la mesure, modestie, indulgence, compassion » Plus loin : « Choisissez la bonne solitude, la solitude libre, capricieuse et légère, celle qui vous accorde aussi le droit de rester bons en quelques manière. » c’est dans « Par-delà le bien et le mal »

    Arielle : Pour lui il y a une certaine hauteur dans la solitude. Mais est-ce que vouloir la solitude n’est pas de l’égoïsme ? Se mettre en retrait, c’est une question.

    Janie : Se mettre en retrait c’est aussi une façon de se protéger.

    Perle (11ans) : Ça tourne à la paranoïa, parce que si on se protège des autres et qu’on s’enferme, au bout d’un moment ça devient de la paranoïa, on pense que tout le monde est mauvais et nous veut du mal.

    Mireille PL : J’ai noté différentes formes de solitude,  il y a effectivement la solitude refuge,  en lisant la conférence universitaire « La solitude de l’homme moderne » du docteur   Iuliana Patin j’ai noté « Dans certaines circonstances, la solitude peut donc être un refuge. Elle reste pourtant un malheur. » A propos du sentiment d’abandon qu’on peut éprouver dans la solitude  j’ai noté dans un article de la journaliste Françoise Chauvin «Solitude: La pire des solitudes c'est d'être encore là pour les autres quand on n'y est plus pour soi-même.» et, toujours dans la conférence du docteur Patin « La solitude n'est pas simplement le fait de vivre seul, mais plutôt le sentiment de ne pas être reconnu, de ne compter pour personne, d'être rejeté ou méprisé par les autres. Le plus souvent, ce n'est pas par choix qu'on se retrouve seul, mais parce qu'on n'est pas parvenu à nouer des relations de confiance et d'amitié avec autrui. » C’est dans sa conférence « La solitude de l’homme moderne ». Je pense que la génération de mes grand’ parents ne vivait pas la solitude de la même manière que nous.

    Nadine : Effectivement, comme je l’ai dit, les jeunes couples sont très occupés, en plus on vit de plus en plus vieux. Par exemple, ma mère est morte à 97 ans moi j’en avais déjà 75, je n’étais pas en mesure de pouvoir la prendre en charge, il y a aussi ce problème. Et puis, comme vous dites Mireille, avant les gens vivaient moins vieux et ils vivaient tous regroupés, les personnes âgées s’occupaient des enfants, ils travaillaient pratiquement jusqu’à leur mort. Ils vivaient tous ensembles, ça ne fonctionnait pas toujours parfaitement, mais il n’y avait pas ce sentiment de solitude que je vois autour de moi. Je vois des gens qui sont vraiment abandonnés.

    Perle : On parle de solitude par rejet ou par choix, mais il y a aussi la solitude qu’on n’a pas choisie, où on n’est pas rejeté non plus, c’est la solitude quand on est atteint de maladie. Par exemple, on est sourd ou mal entendant, muet, ce genre de truc, les personnes veulent nous accueillir mais on ne les comprend pas.

    Thierry : Perle, ce que tu dis sur la paranoïa,  tu as raison, je le vois. On parlait du bébé qui naît, il va se construire à travers l’environnement, la famille etc. La paranoïa vient de ce qu’on est dans une norme. On est dans la société et si tu n’es pas comme les autres, il y a un rejet social. Si à un moment donné tu es malade, si à un moment donné tu vas aller en prison, parce que tu es sorti des lois, parce qu’à un moment donné tu vas être en difficulté etc. La construction c’est aussi la personne qui va se construire à travers un métier, quelqu’un qui va passer un CAP, un BEP, quelqu’un qui va faire des études Bac + 2, 3 ou 5. Ces gens là se construisent et vont vivre la norme sociale de façon très différente. Moi, j’ai eu la chance d’être aidé, d’avoir des parents qui m’ont offert des études et je ne m’ennuie pas quand je suis tout seul, j’ai des tas de choses à faire, à lire ; mais si j’aime bien être seul c’est aussi parce que j’aime bien être avec d’autres personnes. J’ai vécu quelque chose de très grave au niveau santé et je me suis senti rejeté, je m’en suis sorti et je vois la vie autrement maintenant.

    Perle : Aujourd’hui quand  il y a des personnes très âgées ou des personnes qui s’enferment sur elles-mêmes, ou des personnes qui sont enfermées en prison, il y a une nouvelle thérapie qui s’appelle la zoothérapie : où ce sont les animaux qui rentrent en contact avec les personnes. J’ai l’exemple d’une personne qui était en prison on a mit un merle avec elle et en quelques jours elle l’avait apprivoisé et ils communiquaient entre eux.

    Thierry : La Fontaine disait «  Je me sers des animaux pour instruire les hommes »

    Janie : Je suis entrain de me faire une réflexion par rapport à cette solitude et le partage. La solitude peut être mal vécue quand tu ne peux pas partager après avec d’autres ce que tu as vécu dans ta solitude.

    Thierry : Je pensais à ce que disait madame, que dans la vieillesse, avec l’âge on se sent seul parfois. Je connais une maison de retraite où, à une époque, il y a une directrice qui a voulu mélanger les gens d’un certain âge avec les jeunes. Et ça a eu des résultats extrêmement enrichissants et pour les personnes âgées et pour les enfants. Les personnes d’un certains âge ont une expérience, ont vécu la vie d’une façon qui était la leur, mais elles peuvent apporter énormément aux autres à travers ce qu’elles ont vécu et elles ne méritent pas d’être isolées.

    Nadine : Ça ce fait ici à La Coralie.

    Pierre : Comment fait-on pour entrer en adhésion, pour entrer en compagnonnage, ce dont tu parlais avec les animaux ? La question de l’adhésion à quelque chose, ce n’est pas que l’adhésion à une croyance, ça peut être l’adhésion à un animal, à une personne, fait que l’on peut se retrouver effectivement dans un état que je dirais presque second par rapport à la solitude décrite de manière intrinsèque. Ce que j’entends beaucoup c’est ça : les tentatives d’adhérer à quelque chose, de rejoindre. Cet exemple des animaux est très parlant parce qu’on parle d’apprivoisement. Comment s’apprivoise-t-on l’un l’autre ? Et je pense que, d’une certaine manière, l’apprivoisement est une façon  d’échapper à une forme de solitude qui est sans fond.

    Perle : Il y a une autre forme de solitude : on essaye d’échapper au fait d’être aimé pour ce qu’on n’est pas. Je prends l’exemple de Mickael Jackson, il avait des millions de fans qui l’aimaient pour ce qu’il n’était pas réellement, il se sentait seul.

    Anne : Je voudrais citer Charles Juliet qui est un écrivain qui a écrit en particulier des « journaux » dans lesquels il parle de sa vie et de différentes réflexions, et il exprime bien il me semble ce que je voulais dire tout à l’heure :

    « Quand le silence et la paix s’établissent en moi, que je me trouve au plus loin de ma solitude, je sens que je suis centré et comme ancré dans l’essence de la vie. En de tels instants, le meilleur m’est donné, et au plus intime, je ne suis plus que jouissance, ravissement. » (Apaisement – journal VII)

     Et puis il y a aussi ces propos de Christian Bobin (qui est écrivain mais aussi professeur de philosophie) recueillis par Marie de Solemne pour Psychologies Magazine en septembre 1998 

    « D’abord, j’en parlerais plutôt dans sa matérialité. Avant même d’être un état mental ou affectif, la solitude est une matière. Par exemple, c’est exactement la matière que j’ai sous les yeux en ce moment. Il est 22 heures, c’est l’obscurité. Le ciel n’est pas encore tout à fait noir, il y a du silence – c’est très matériel aussi le silence –, un petit appartement dans lequel je vis depuis une quinzaine d’années, des cigarettes – que je ne peux pas m’empêcher de fumer –, des livres – que je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir. Au fond, de manière curieuse, c’est très vite peuplé la solitude. La solitude c’est d’abord ça : un état matériel. C’est que personne ne vienne. Que personne ne vienne là où vous êtes. Et peut-être même pas soi […] la solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. […] Il y a deux solitudes. […] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

    Je ne sais pas si la solitude est un refuge… Mais je suis frappé d’une parole qui peut souvent s’entendre sur la solitude comme qualifiée éthiquement d’égoïsme ou de protection, de refuge! Il est vrai que je passe un temps considérable de ma vie dans une forme de protection, de préservation. Préservation de soi… ou peut-être de plus que soi… Et je serais effectivement malhonnête si je parlais de solitude en faisant l’impasse sur ce besoin animal de se retirer, d’éviter la rencontre. De préserver quelque chose. »                                                                                                                                             

    Thierry : Il me semble qu’on a parlé tout à l’heure de la richesse de la vie et en même temps de la richesse que peut apporter la solitude. Je voudrais simplement citer Molière qui disait que « la vie n’est qu’une pièce de théâtre aux cent actes divers »

    Mireille PL. : Parmi les citations sur la solitude que j’ai trouvées, la plus ancienne est d’Epictète c’est donc une question qui s’est posée tout au long des siècles. Parmi elles il y en a une qui m’a fait sourire elle est du médecin consultant du roi, Chauvot de Beauchêne en 1819, qui écrit : « Voulez-vous avoir une idée juste du mérite de la solitude, sachez qu'elle fait le désespoir des sots, le supplice des médians et le bonheur des sages. »

    Anne : Il y a aussi le cas de Jean Jacques Rousseau  qui a écrit « Les rêveries d’un promeneur solitaire ». En fait, il n’a pas choisi la solitude, il y est contraint par la société, et il en découvre les bienfaits : « Et quand ensuite les hommes m’ont réduit à vivre seul, j’ai trouvé qu’en me séquestrant pour me rendre misérable, ils avoient plus fait pour mon bonheur que je n’avais su faire moi-même… »

    Perle : Il n’y a pas longtemps j’ai eu un proviseur qui, quand il était plus jeune, était berger dans les Pyrénées, il passait toutes ses journées avec son chien dans les prairies ; il nous disait tout le temps qu’il était seul mais qu’en fait il était entouré de tout le monde, parce que il était avec ses animaux mais aussi avec lui-même.

    Arielle : Avec ces exemples, l’importance donnée à l’animal à deux reprises par Perle, on peut se demander s’il est plus facile d’apprivoiser un animal qu’un être humain.

    Frédéric : Il y a plusieurs types de solitude mais par rapport à la thématique « échapper à la solitude », on parle de la solitude des personnes âgées, la solitude moderne, la solitude subie qui a un côté négatif et la solitude assumée ou voulue.  Est-ce qu’il n’y a pas dans le terme de solitude quelque chose de spécifique à la société occidentale qui est en construction depuis Descartes avec « Je pense donc je suis » et la construction de l’individu libre mais l’individu électron libre dans une société avec toute la modernité, toute la construction des structures sociales qui vise à fragmenter la structure familiale, la structure communautaire ? On va de plus en plus dans cette situation-là : on vit en ville, on travaille, même la forme du travail, du  capitalisme, fait qu’on est un électron libre dans une société où on ne se sens pas libre. Arriver à gérer le lien aux autres devient de plus en plus dur. Tout à l’heure vous avez parlé du numérique, le numérique peut déstructurer, mais c’est aussi une recherche de recréer du lien dans une société où le lien physique a disparu. On a jeté toutes les structures archaïques, je ne dis pas qu’il faut revenir aux structures anciennes, mais Internet permet de recréer une communauté là où on ne sait plus le faire de manière physique. Donc, comment reconstruire une manière de vivre où on est en coopération ? On voit émerger l’économie coopérative, surtout en ville,  les jardins partagés, les maisons collaboratives, toutes ces tendances-là. N’est-ce pas une tentative de réponse à une société faite d’électrons libres où finalement on se croit libre mais où on est prisonniers de soi-même ? On parlait de la solitude des personnes âgées, dans le tiers monde on crée ses enfants pour sa retraite, en France il y a un rapport totalement inverse. En France on élève ses enfants pour leur permettre d’être autonomes et de s’envoler. Dans le monde arabe d’où je viens c’est le contraire tant que les parents sont en vie, les enfants sont là pour les servir et seront ensuite servis par leurs propres enfants, et ainsi de suite. En occident progressivement on a inversé le sens, alors comment revenir en arrière sans reprendre les structures familiales d’antan ? Comment recréer du lien physique entre gens sans prendre les anciennes structures du patriarcat, dont on peut-être eu raison de se débarrasser ? Comment trouver un équilibre entre le communautaire et l’individu ?

    Janie : Excuses-moi, mais j’en reviens au thème du début « Peut-on échapper à la solitude ? », parce que tu peux avoir ce groupe familial, ça n’empêche que parfois on se sent seul, même au sein d’une famille très regroupée. J’ai un exemple, dans une famille du Nord, ils vivaient tous ensemble, les enfants, les parents, les grand’ parents dans une grande ferme, et un jour on a retrouvé le grand père pendu. On a jamais compris, mais je pense que cet homme, bien que très entouré, s’est senti seul.

    Fréderic : Bien sûr la vie familiale regroupée ne règle pas tout,  et savoir faire le lien à l’autre reste parfois problématique, mais dans les sociétés où le taux de personnes seules s’accroit en occident, où il y a plus de personnes âgées isolées, je pense que ça reste un problème structurel de la société dans laquelle on vit.

    Philippe B. : Je rebondis parce que ce qui est évoqué là est une ultra moderne solitude bien particulière à notre monde actuel. Il y a aussi un impact particulier qui est l’impact de la technologie du monde dans lequel on vit. Et là je renvoie à un autre philosophe,  Jacques Ellul, qui disait qu’effectivement ce n’est plus le système politique qui dirige, ce n’est même plus le système économique, c’est la technologie dans un monde de plus en plus individualiste, pasteurisé. Je pense que la solitude n’aurait pas été traitée de la même manière si on avait eu cette discussion il y a 30 ou 50 ans. Hormis le contexte théorique philosophique, j’ai l’impression que lorsqu’on parle de solitude c’est quelque chose de nos jours qui n’était pas la même chose autrefois et qui est vraiment subie, paradoxalement, malgré ces moyens qui permettent d’avoir plus de liens. Mais on n’a plus de solidarité, plus de communauté, cet état d’esprit a disparu.

    Nadine : Pour répondre à monsieur, on est dans un monde déshumanisé.

    Fatima : Effectivement le projet collectif, enfin ce qui, me semble-t-il, faisait du bien à une certaine époque de l’histoire de la France, disparait. Quand on voit, sans aller jusqu’au communisme, la période où était important ce qui était collectif, « construire un avenir meilleur », ça a fédéré des gens alors qu’il n’y a pas tant de choses qui fédèrent. Aujourd’hui il y a des communautés numériques qui fédèrent, le religieux remplace énormément ça en ce moment, on voit bien la montée des religions dans notre société. Ça remplace le collectif qui était basé sur d’autres valeurs à une époque donnée. A mon sens, entrer dans une communauté, c’est aussi une réponse au sentiment de solitude que peuvent avoir certaines personnes. Après, par rapport à ce que vous disiez, ce sont des situations individuelles ; il peut y avoir un mal-être, qu’on soit entouré ou pas. J’ai une amie qui s’est suicidée, on ne l’a pas vu arriver. Chaque être humain est extrêmement complexe, un mal-être peut être plus lié à une pathologie, à une dépression. Il y aussi des écoles qui disent qu’on peut se suicider simplement par ne plus avoir envie de vivre. On ne peut pas être dans le cerveau de l’autre. Je ne sais pas si vous connaissez « Les petits Frères des Pauvres » et les campagnes qu’ils font pour que les personnes âgées ne soit plus seules, parce que c’est juste dramatique cet isolement surtout dans les villes.

    Arielle : Personne ne les empêche d’aller voir les voisins du dessus. Ce qui est catastrophique c’est que les gens ne font pas un pas vers l’autre.

    Michel : J’ai l’impression quand je vous entends parler de la solitude d’être dans un aquarium et divers autour entrain de parler de la solitude ; on ne parle pas de la solitude de l’intérieur c'est-à-dire de ceux qui sont solitaires. Donc, est-ce qu’il est important de se ménager des moments de solitude quand on vit en couple, en famille ou en société ? Bien oui, car il est toujours important de garder le contact avec soi-même. Quand on vit en couple ou en société on finit trop souvent par croire qu’on n’existe plus l’un sans les autres. Il est donc important de cultiver son jardin secret, de prendre du temps pour soi sans culpabiliser, ce n’est pas un acte égoïste de se ménager un petit territoire bien à soi dans l’espace géographique de la société ou de la famille.

    Perle : La solitude on peut la voir comme un long couloir avec des portes et chez certaines personnes il y a plus de portes que chez d’autres pour en sortir de ce couloir. Il y a des personnes qui ont beaucoup de portes qui s’ouvrent toutes seules, chez d’autres elles restent fermées et elles doivent les ouvrir pour sortir de chez elles, elles doivent faire un effort pour les ouvrir.

    Philippe B. : En corolaire de ce qui était dit tout à l’heure, par rapport à l’influence de la technologie, compte tenu du peuple industrialisé, civilisé  que nous sommes devenus, nous sommes déconnectés de notre environnement, de la nature, ce qui fait que presque par définition nous sommes déjà dans la solitude. Ce qui explique aussi le succès de certaines initiatives du genre partir faire des retraites dans le désert, ou bien dans une abbaye, pour équilibrer ce qu’on a perdu. Au contact des rares peuples primitifs qui existent encore, on voit très nettement la différence d’approche, je ne sais même pas si ils se posent la question de la solitude.

    Max : Pour faire un petit peu d’humour, je pense à la solitude des petits commerçants qui n’ont pas beaucoup de clients.

    Anne : Pour revenir à ce qu’à dit Philippe, je voudrais citer l’américain Henry D Thoreau qui est parti vivre seul dans les bois : « Bien souvent je m’entends dire : J’aurais pensé que vous vous sentiriez seul là-bas, et seriez pris du besoin de vous rapprocher des gens, surtout les jours et nuits de pluie et de neige. Je suis tenté de répondre à cela : Cette terre tout entière que nous habitons n’est qu’un point dans l’espace. A quelle distance l’un de l’autre, selon vous, demeurent les deux plus distants habitants de l’étoile là-haut… ? Pourquoi me sentirais-je seul ?....Quelle sorte d’espace est celui qui sépare un homme de ses semblables et le rend solitaire ?...Près de quoi désirons nous le plus habiter ? Sûrement pas auprès de la gare,…du cabaret…de l’école…, lieux ordinaires d’assemblée, mais près de la source éternelle de notre vie,…comme le saule s’élève près de l’eau et projette ses racines dans cette direction…. »  Tiré de « Walden ou la vie dans les bois »

    Perle : Dans les anciennes communautés en Chine, il y avait des temples très haut dans la montagne, il y a un prêtre qui a passé 20 ans de sa vie dans une grotte là-haut à se poser la question « Qui suis-je et quel rapport ai-je avec moi-même et avec les autres ? »

    Thierry : Tu parlais tout à l’heure des liens entre les gens à certaines époques, et tu parlais du communisme et ce qu’il a pu apporter dans les années 1930, ce qui est sûr c’est qu’on a un rapport à la mort et à la solitude qui peut être quelque fois en rapport avec la psycho généalogie. C'est-à-dire que quelqu’un qui va mourir, bien qu’on ait l’impression qu’il est dans une famille soudée : les petits enfants, les enfants, les parents etc., il peut y avoir des facteurs des générations précédentes qui ont fait, parce qu’il y a eu des non-dits, des interdits, des secrets de famille, la personne peut inconsciemment reproduire. Ce qui est intéressant maintenant c’est que l’évolution de la société fait qu’on découvre de nouvelles sciences. Avant en psychologie, par exemple, il y avait un seul courant, aujourd’hui il y a plein de courants psychologiques, psychologie clinique,  psychologie petite enfance, psychologie du travail, psycho- généalogie etc. J’ai lu un bouquin sur la psycho-généalogie, il est de Chantal Rialland, qui dit « cette famille qui est en nous », elle dit aussi qu’on peut se secréter, à 40,50 etc. des maladies pour x raisons qui ont aussi un rapport avec ce qu’ont vécu certains de nos ancêtres, certaines générations précédentes. Aussi, pour le rapport avec la mort il y a un très joli film « jeux interdits » où une petite fille joue dans un cimetière, c’est pour dire que le rapport avec la mort peut être différents selon les époques, dans les campagnes les enterrements sont parfois des belles fêtes parce que la famille est regroupée.

    Anne : Ce n’est pas le sujet ici, mais par rapport à la fin de vie je pense qu’il peut y avoir dans certains cas le souhait de la personne qui va mourir de se retrouver seule, et la personne qui l’accompagne ne peut pas supporter de la laisser seule. Je pense qu’il y a des gens qui ont envie de trouver la solitude dans leur dernier moment de vie. Ça doit exister ?

    Mireille PL. : Ce que tu dis est vrai : ma maman l’a exprimé en nous disant « laissez- moi tranquille, vous ne voyez pas que je suis entrain de mourir » quelques jours plus tard elle est tombée dans le coma et nous a quittés. Ça fait mal en tant qu’enfant d’entendre ça mais elle avait besoin d’être physiquement seule face à sa mort.  

    Fermeture du débat par Anne

    Que nous disent finalement les philosophes ? Que la meilleure façon d’échapper à la solitude, quand elle nous pèse, c’est peut-être de l’accepter, de l’accueillir, d’en profiter pour mieux se connaître, savoir se faire plaisir. Qu’elle nous permette de nous libérer – pas de devenir une prison : rencontrer les autres, avoir des relations humaines, sociales, car cela aussi nous construit, nous instruit, nous enrichit. Le mal est dans l’excès de solitude, plus que dans la solitude en elle-même.

    Je terminerai par une fable de La Fontaine :

    Le Rat qui s’est retiré du monde

    « Mes amis, dit le Solitaire,

    Les Levantins en leur légende

    Disent qu’un certain Rat las des soins d’ici-bas,

    Dans un fromage de Hollande

    Se retira loin du tracas.

    La solitude était profonde,

    S’étendant partout à la ronde.

    Notre ermite nouveau subsistait là-dedans.

    Il fit tant de pieds et de dents

    Qu’en peu de jours il eut au fond de l’ermitage

    Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ?

    Il devint gros et gras ; Dieu prodigue ses biens

    A ceux qui font vœu d’être siens.

    Un jour, au dévot personnage

    Des députés du peuple rat

    S’en vinrent demander quelque aumône légère :

    Ils allaient en terre étrangère

    Chercher quelque secours contre le peuple chat ;

    Ratopolis était bloquée :

    On les avait contraints de partir sans argent,

    Attendu l’état indigent

    De la république attaquée.

    Ils demandaient fort peu, certains que le secours

    Serait prêt dans quatre ou cinq jours.

    Les choses d’ici-bas ne me regardent plus :

    En quoi peut un pauvre reclus

    Vous assister ? Que peut-il faire,

    Que de prier le Ciel qu’il vous aide en ceci ?

    J’espère qu’il aura de vous quelque souci. »

    Ayant parlé de cette sorte

    Le nouveau saint ferma sa porte.

    Qui désignai-je, à votre avis,

    Par ce Rat si peu secourable ?

    Un moine ? Non, mais un dervis :

    Je suppose qu’un moine est toujours charitable.

     

    Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous.  Vous pouvez être avertis des commentaires faits en vous inscrivant à la Newsletter. Merci pour votre participation et rendez vous Dimanche 27 novembre 2016 (même heure, même lieu). La question choisie à mains levées, sera: « Doit-on cultiver le respect ? ».Le thème choisi pour  novembre : « La normalité ». Préparez vos questions.

     

    Mireille PL

     

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 15 Novembre 2016 à 17:56

    En quoi consiste l'acuité de la solitude ? Il est banal de dire que nous n'existons jamais au singulier. Nous sommes entourés d'êtres et de choses avec lesquels nous entretenons des relations. Par la vue, par le toucher, par la sympathie, par le travail en commun, nous sommes avec les autres. Toutes ces relations sont transitives : je touche un objet, je vois l'autre. Mais je ne suis pas l'autre. Je suis tout seul. C'est donc l'être en moi, le fait que j'existe, mon exister qui constitue l'élément absolument intransitif, quelque chose sans intentionnalité, sans rapport. " Emmanuel Lévinas dans "Le temps et l'autre" 

    2
    Mardi 15 Novembre 2016 à 18:03

     « La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps, mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire. » Marquis de Vauvenargues

    3
    Mardi 15 Novembre 2016 à 18:07

    J'ajoute deux citations, l'une de Descartes:

    "Le commencement de l'hiver m'arrêta en un quartier où, ne trouvant aucune conversation qui me divertît et n'ayant d'ailleurs, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avais tout à loisir de m'entretenir de mes pensées." (Le poêle en question étant sans doute la petite chambre qu'il occupait à ce moment)

    L'autre de Dave Driscoll dans "Philia, l'économie et l'esprit du don":

    "En Grèce, des tessons d'argile (ostrakon) sur lesquels on écrivait le nom d'une personne trop riche ou trop puissante devinrent un moyen d'isoler un individu. Privée de son réseau social, la personne ostracisée était coupée des bases sociales de la richesse. Là se trouve le fondement historique de ce qui est maintenant un obiter dictum dans le mouvement d'intégration communautaire: le véritable handicap, c'est l'isolement. Cet exemple peut aussi servir d'appui aux études de l'institutionnalisation, en confirmant que la vulnérabilité d'une personne vient de l'absence de relations sociales."

    Anne

     

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    4
    Mercredi 16 Novembre 2016 à 11:42

    Très intéressant. Pardon si je n'ai pas tout bien retenu, la solitude a été appréhendée en long, en large et en travers, bravo ! Je reviens juste sur l'intervention d'Arielle, qui fait la différence en "échapper" à la solitude et "s'échapper" de la solitude. Et cela nous fait revenir à la recherche de la discussion : "peut-on ?" Y a-t-on répondu ? Sûrement, et si j'étais en forme, je m'essaierai à un résumé en reprenant les réponses glanées. Je crois qu'on n'y échappe pas, mais on peut s'en échapper, ou l'apprivoiser. Anecdote personnelle : j'ai une voisine âgée qui a perdu son mari il y a quatre ans, elle faisait TOUT avec lui, elle ne s'en remet pas, elle ne comprend pas qu'on puisse aimer se retrouver seul, elle n'arrête pas de m'interroger, elle "n'imprime" malheureusement pas mes réponses, elle continue à me reposer la question : vous ne vous ennuyez jamais ? Sa famille nombreuse l'entoure pourtant de son mieux, moi je me rends dispo chaque fois que je peux, sa fille lui a suggéré d'aller voir un psy, rien n'y fait. Je me maîtrise pour ne pas lui souligner qu'elle est un vrai crampon et que si je lui cédais, elle serait en permanence fourrée chez moi ! Elle a pourtant des activités extérieures certains jours, j'en conclus qu'elle s'est rendue prisonnière elle-même, dans sa tête.

    Et j'ai repensé par ailleurs aux vieux inuits qui, sentant la mort approcher, s'isolaient de la communauté pour ne pas être un poids et se laissaient mourir, complètement seuls. La solitude face à l'arrivée de la mort, ah non, aucun d'entre nous n'y échappe, il faut être fort pour ne pas angoisser. On n'échappe pas non plus à la solitude individuelle, chacun est tout seul dans sa tête et jamais sûr d'être bien compris par les autres. Pourtant, les liens créés avec les "autres" tiennent en respect cette solitude naturelle, qu'ils soient virtuels ou réels, je le ressens ainsi.

    5
    Jeudi 17 Novembre 2016 à 08:22

    Je transmets ces commentaires, reçus sur mon propre blog, où j'annonce la parution de l'article.

     

    Elle est comme l'ombre de Peter Shlemilh, on croit pouvoir s'en passer, mais elle est inséparable de notre existence. On la fuit comme le soleil de la mort, mais elle est notre vie même. Je suis, donc je suis seul(e)
     
    Jamadrou:
    Je pense qu'il ne faut pas vouloir lui échapper mais peut être essayer (durant notre vie très active) de l'apprivoiser pour en faire une douce compagne, une amie. Quand arrivera le jour où nous n'aurons plus qu'elle, nous saurons encore l'apprécier.

    (PS: j'avais un jour écrit ce billet avec l'aide de Saint Exupéry yes un clic ici )

    Anne

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