• Le silence a-t-il un sens?

    5 à 7 Philo du dimanche 27 octobre 2015 : 10 participants

     Le silence a-t-il un sens ?

     

     Introduction  par Anne

     Analyse des termes du sujet

    En se référant aux définitions  données dans le Larousse,

    Le mot silence est :

    • L’absence de bruit dans un lieu calme : Travailler dans le silence. Faire silence.
    • Le fait de se taire, de ne rien dire : Cette déclaration a été accueillie par un silence glacial.
    • Le fait de cesser de donner de ses nouvelles, notamment par lettre : S'inquiéter du silence d'un ami.
    • L’absence de mention de quelque chose dans un écrit : Le silence de la loi sur ce délit.
    • En musique, interruption plus ou moins longue du son ; signe qui sert à indiquer cette interruption.

    Le mot sens est :

    • Ce que quelque chose signifie, ensemble d'idées que représente un signe, un symbole : Le sens d'une allégorie
    • Ce que représente un mot, objet ou état auquel il réfère : Chercher le sens d’un mot dans le dictionnaire.
    • La raison d’être, la valeur, la finalité de quelque chose, ce qui la justifie et l’explique : Donner un sens à son existence.

    On peut s’interroger sur notre capacité à percevoir, entendre, interpréter quelque chose qui n’émet aucun son.

    Le silence a-t-il un sens ?  

    Avant de chercher les définitions, je me suis d’abord demandé si le silence existait hors de nous, si on pouvait en faire l’expérience. A moins qu’on ne le recherche volontairement, on n’en prend souvent conscience que par contraste, lorsqu’un bruit s’interrompt brusquement. L’expérience a été tentée scientifiquement dans ce qui s’appelle une chambre anéchoïque, qui absorbe les sons extérieurs à 99,99%.

    Steven Orfield, créateur de cette chambre, a lancé un défi qui consiste à rester le plus longtemps possible dans cette pièce sans lumière. Le temps le plus long est de 45 minutes. Les sons corporels sont les seuls perceptibles. Le bruit le plus distinct et le plus dérangeant reste celui de la valve cardiaque qui palpite. Le silence est tel qu’après un certain temps d'accoutumance, tous nos sens deviennent plus sensibles. L'ouïe en particulier se développe suffisamment pour nous permettre d'entendre le son produit par nos organes. Il est alors possible d'entendre notre cœur, notre estomac et même nos oreilles. Peu à peu, cela devient insupportable et les hallucinations commencent. L'expérience est en effet si déroutante que les gens frôlent la folie. Les astronautes s’y entraînent. A nos oreilles humaines, l’univers est silencieux.  

    C’est peut-être pourquoi, souvent, le silence fait peur. Parce qu’il nous renvoie l’image de la mort ? Souvent, nous ne le supportons pas, et le fuyons. Pourquoi la société de consommation a-t-elle horreur du silence ? Nos vies quotidiennes en témoignent sans arrêt : depuis la radio allumée au réveil jusqu’aux musiques d’ascenseurs, il n’est pas un lieu qui ne soit habité et habillé de musique, de sons et de paroles jusqu’à l’injonction psychanalytique de parler. Au point que l’on s’extasie littéralement sur la qualité du silence à la campagne, la nuit, et que l’on tienne les lieux où le silence est de rigueur comme des sortes de sanctuaires.

    Il semble donc qu’il y ait le silence émis, celui qu’on produit quand on se tait, et le silence reçu. Il y a peut être là une affaire de communication.

    Je vais donc vous laisser la parole avec humour: Que l’on nous noie dans les bruits, ou que l’on nous enjoigne au silence, n’est-ce pas, à chaque fois, une façon de nous « couper le sifflet » ?

    Echanges

    Mireille : En faisant mes recherches sur l’étymologie du mot silence, j’ai trouvé un article fort intéressant de Marie-Karine Lhommé chercheuse au laboratoire HISOMA (Histoire et Sources des Mondes Antiques)  de Lyon. Je la cite : « Dans le cadre de la differentia entre deux verbes signifiant ‘se taire’, silere et tacere, le pseudo-Charisius donne une étymologie du verbe silere tirée de la signification même de la lettre S, qui est, d’après Festus, notation du silence. Cette lettre est considérée par des grammairiens latins comme malsonnante, plus un sifflement qu’une lettre, capable de disparaître du mètre au besoin. Combinée à T elle devient l’interjection onomatopéïque ST, souvent liée à tace, qui intime le silence en vers comme en prose… Dans la plupart des textes de differentiae conservés, les deux termes s’appliquent à la parole humaine.  Tous deux concernent des personnes qui soit s’interrompent (généralement silere), soit n’ont pas commencé à parler (généralement tacere) »

    Chez les latins on a donc le couple : silere qui arrête la parole et tacere qui la garde cachée, enfermée. Il existe du côté grec un couple semblable, mais ne lisant pas l’écriture du grec ancien je ne peux pas vous dire ces mots. Le silence est, dans son sens originel, l'état de la personne qui arrête de parler. Dans son sens actuellement le plus courant, c'est l'absence de bruit, c'est-à-dire de sons indésirables. Le silence absolu serait, s’il existe, l'absence de tout son audible. C’est intéressant de voir comment le sens de ces deux mots s’est interchangé et comment aujourd’hui encore ils restent intimement liés. Ça m’a rappelé le nombre de fois où, devant l’agitation de mes petits élèves, j’ai pu utiliser ce couple de mots en disant « Silence ! Taisez-vous ! »

    Je terminerai en posant la question : Comment dire le silence, comment l’écrire, sans le briser, sans le trahir ?

    Philippe C. : Il y a une phrase que j’aime bien, du maître chinois Confucius qui est : «Tais-toi ou dis quelque chose qui vaut mieux que le silence ». Là on est tout à fait dans la notion de la parole, et le silence est associé à la parole. «  La parole est d’argent et le silence est d’or ». Peut-on imaginer un être humain qui soit capable du silence le plus complet ? Même quand on ne parle pas, les mots sont là dans la pensée, la parole est permanente. Le silence est difficile à obtenir pour soi même, parce qu’on ne peut pas s’arrêter de penser.

    Anne : Certains s’y entrainent. Mais tout de même, la question est « Le silence a-t-il un sens ? »

    Philippe C. : Oui mais quel sens ?

    Mireille : Moi je comprends : le silence sert il à quelque chose ? Veut-il dire quelque chose ?

    Anne : J’avais noté ça : le silence comme absence de parole veut-il dire quelque chose ? Est-ce que, comme la parole, il renvoie à une signification ?

    Marie France : Dans certains cas, oui. Si volontairement on se livre au silence, c’est peut être pour ne pas dire quelque chose qui peut se retourner contre soi. A un moment donné le silence vaut mieux que s’exprimer.

    Nathalie : J’ai essayé d’entendre le silence mais le silence absolu n’existe pas, il y a toujours un craquement, un souffle, il y a toujours des petits bruits. A travers des expériences récentes, je me suis rendue compte que le grand silence  qui m’a marquée était un cri de détresse qu’on ne peut entendre que par un sens différent de l’ouïe. C’est le silence d’une personne qui ne donnait plus de ses nouvelles, qui restait dans un silence absolu. Ce silence là, ce silence de la parole est plus perceptible que celui qu’on peut percevoir par l’oreille.  Est-ce qu’on est capable, en tant qu’être humain, de toujours interpréter les silences de l’autre ?

    Anne : C’est pour ça que je parlais de communication tout à l’heure. Je pense qu’il y a l’émetteur, celui qui fait silence, le fait-il sciemment ou pas ? Ça peut être un choix ou quelque chose de plus ou moins inconscient. Et celui qui reçoit ce silence comment le reçoit-il ?

    Nathalie : J’ai plus l’impression  que c’est une question d’intuition.

    Pierre : Vous parlez de communication, je pense que par essence l’être humain est un être de communication. On est toujours deux, que ce soit dans la présence de l’autre ou dans la parole de l’autre. Faire silence me semble être un acte volontaire. On choisit de faire silence parce que nous ne sommes pas en état de communication.  C’est là ou le sens du silence vient : qu’est ce qui à un moment donné nous met dans le désir de faire silence ? En quelle circonstance sommes nous amenés à faire silence ou à demander de faire du silence ? C’est l’exemple de ta classe, tu réclames qu’on se taise, c’est un acte volontaire ?

    Brigitte : Si on ramène le sujet « le silence a-t-il un sens ? », on peut y trouver un double sens. En tant que négation de la parole le silence peut exprimer un consentement ou au contraire une réprobation de ce que l’autre exprime.

    Mireille : C’est intéressant de parler de consentement, on dit bien « qui ne dit mot consent ».

    Quand on prend tous les proverbes et expressions de notre langue, on voit les différents sens du silence. Dans ton introduction, Anne, tu disais que le silence pouvait renvoyer à la peur de la mort ; on a les expressions « un silence de mort » et « muet comme une tombe ». Tu posais la question « Pourquoi la société de consommation a-t-elle horreur du silence ? »

    Plus la société a conscience de sa finitude, de notre finitude, plus elle comble la peur qu’elle en a. Elle la fuit par de la musique à tout va, par du mouvement permanent. Dans la notion de silence il y a celle de calme, de non agitation.

    Brigitte : Il y a aussi la notion de communication dans le silence de la mort. On a envie de parler au proche qui est partit, mais on sait qu’il n’y a pas de réponse possible.

    Anne : Pour revenir à l’absence de pensée et à la mort, j’ai entendu une évocation des différents niveaux de méditation en Inde. Le niveau le plus extrême est l’absence de germe de toute pensée  (c’est un peu difficile à comprendre et à imaginer), un indien expliquait que c’était la mort. En effet dans la mort il n’y a plus de pensée ni de bruit interne, mais il ne faut pas oublier qu’eux croient à une vie après, à une réincarnation.

    Françoise : Quand on rentre dans la communication, interpréter le silence de celui qui ne parle pas est extrêmement difficile, on ne peut absolument pas savoir ce qu’il ressent, ce qu’il pense.  On peut être alors renvoyé à soi même, à quelque chose qui peut être de l’ordre de la mort. Quand une personne ne parle pas par peur des réactions de l’autre, sans s’en apercevoir, sans le vouloir elle peut mettre l’autre devant quelque chose qui peut le rendre très agressif, parce que tout d’un coup il n’y a plus rien,  plus personne n’existe.

    Claude : Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis, mais il n’y a pas que le silence des mots il y a aussi le silence de l’environnement. Je pense à cette amie qui habitait un logement de fonction ; elle était habituée aux bruits avoisinants, en période de vacances elle était seule dans l’immeuble,  elle ne supportait plus le silence, elle disait « il n’y a plus de vie ».

    Anne : J’avais noté que le silence pouvait renvoyer à l’image de la solitude, celle que l’on cherche et celle que l’on craint.

    Philippe : Dans ce que vous avez dit à propos des expressions, on dit « un accord tacite » (pour revenir à tacere), un accord qui n’a pas besoin d’être dit, c’est le silence.

    Françoise : Par rapport à ce que tu dis, le silence peut être aussi très riche. Quand on communique avec une personne et qu’on se comprend : on entend se que l’autre dit, on entend ce que soi-même on exprime, il se passe quelque chose. Là il peut y avoir le silence, mais celui là il est plein.

    Claude : Il y a aussi des silences que l’on fait parce qu’on sait qu’on ne sera pas entendu.

    Mireille : En fait on parle du silence mais il y a des silences. Dans les différent articles que j’ai lus, il y en a un qui parlait du silence du lâche, du déni de responsabilité de celui qui ne veut pas se mouiller. En parallèle l’auteur mettait le silence courageux de celui qui, sous la torture, gardait le silence et le silence altruiste de ceux qui on caché des juifs lors de l’occupation allemande. Il y a aussi le silence qui exprime le catastrophique : rester sans voix, avoir le souffle coupé, être hébété. La liste de tous ces silences est longue et chacun exprime toujours une émotion ou une pensée, il n’y a pas de silence vide.

    Anne : Et paradoxalement, le fait d’être silencieux est une manière de révéler sa personnalité.

    Brigitte : Quelqu’un qui ne peut pas s’exprimer et se tait, c’est aussi pour cacher ses sentiments, par pudeur, pour ne pas dévoiler sa personnalité.

    Mireille : Ça peut être aussi par ignorance.

    Brigitte : Quelque fois le regard peut être plus explicite que la parole.

    Pierre : En vous écoutant, je me suis rendu compte que ma première tentative de cerner le silence était suspecte dans le sens où je ne considérais pas l’empêchement, la sidération c’est à dire qu’il pouvait y avoir des causes intérieure ou extérieure qui pouvaient nous priver de parole. Donc, faire le silence n’est pas toujours un acte volontaire.

    Je pense aussi à cette capacité qu’on aurait de faire le silence en soi, à avoir le plaisir à écouter davantage, aussi bien soi même dans ses profondeurs que les autres.

    Le silence a-t-il un sens quand il s’agit d’un état involontaire ? Ça veut dire quoi ? Que dans les êtres il y a de la privation ?

    Anne : Dans une terminologie empruntée à Claude Lévi-Strauss, on peut dire que le silence est la nature pure, donc l'inabordable, la culture étant la rupture définitive du silence. Celui-ci ne saurait être objet de connaissance. Ça me parait difficile à comprendre.

    Mireille : Ça rejoint ce que tu disais dans ton introduction : l’idée du silence recueillement, c’est « la minute de silence ». On est en présence de quelque chose de si grand qu’on ne peut pas l’exprimer en parole.

    Anne : Pour aller dans le sens de ce que tu dis : « Toutes les voies ascétiques, celles de la méditation, passent par le silence, sans nécessairement passer par la case religion ». Tout cela nous confronte-t-il vraiment au silence ? Tous affirment cependant que le silence est plein d'une présence cachée. Le silence est-il le vide ?

    Mireille : Comme disait Françoise, il y a des silences qui sont pleins. Quand on rentre dans certaines églises on ressent la plénitude du silence chargé de toutes les prières recueillies  dans ce lieu depuis des années et des années.

    Françoise : C’est vrai qu’il y a différentes sortes de silences. On parlait tout à l’heure du silence qui, par rapport à nous et à l’autre, pouvait beaucoup nous apporter. C’est vrai que si on veut comprendre les choses, aller beaucoup plus loin que ce qui est réactionnel, on a besoin de silence. Ces silences peuvent être quelque fois assez douloureux, mais ils vont nous aider à régler beaucoup de choses parce qu’on va comprendre. Il y a aussi les silences sans pensées qui, tout simplement, nous permettent d’être. C’est un silence plein, plein de vide, mais plein.

    Anne : On a l’expression qui image ça, on dit «  Un silence assourdissant ». Tu parlais du silence dans une église, mais quelque fois devant une œuvre d’art on a besoin de silence pour s’en imprégner.

    Ce que tu disais, tout à l’heure, Nathalie, me fait penser à la toile de Munch « Le Cri », qui étant une toile est le silence par excellence, et pourtant on entend ce cri.

    Tous : Echanges sur cette œuvre

    Anne : Donc en fait,  on revient peut-être à ce que j’ai éludé au début, il est peut être question aussi des organes des sens, puisque ce silence qu’on ne peut pas entendre on le perçoit d’une autre façon.

    Pierre : Il y a le normal et le pathologique. J’ai fait l’expérience de la timidité, la privation de pouvoir parler ; c’est très douloureux. Il y a bien un domaine que je pourrais appeler pathologique.

    Autre chose, tout ce que vous disiez à propos de la méditation, la méditation est seulement une tentative de laisser la place aux autres sens que celui de la parole. On va essayer de mettre ses pensées en sommeil, pour être attentifs à tous les signes, tous les bruits , tous les signaux qui viennent de partout, et qu’on entend pas la plupart du temps parce que justement on est toujours constamment agités par des pensées. Cette tentative d’exclusion des pensées peut passer par les mantras.

    Anne : Je me suis posé une question, peut être un petit peu tordue, « qu’est-ce que les sourds-muets auraient à nous dire sur le silence » ?

    Nathalie : A ce sujet, j’ai expérience d’amis tous deux sourds-muets ayant des enfants qui ne le sont pas. Chaque fois que nous sommes ensemble ce sont des conversations endiablées. Ils pensent sans pouvoir s’exprimer par la parole, mais avec les gamins qui connaissent le langage des signes ils dialoguent sans cesse et ont des éclats de rire. Il n’y a pas de son mais ce n’est pas le silence. Nous, nous ne comprenons rien, ça gesticule dans tout les sens, c’est étonnant. Ce n’est pas du silence.

    Mireille : C’est ce que je disais, la notion de silence est liée à celle de calme, de non agitation que ce soit de la pensée ou du corps.

    Nathalie : Pour moi le silence absolu, ça n’existe pas

    Anne : Ça n’existe pas, mais le mot existe. On peut revenir sur le sens qui est donné en musique ou en poésie, ou encore les textes écrits qu’on lit à voix haute. Parce que là les silences ont un sens évident. Si on lit un texte sans en respecter la ponctuation, il ne veut plus rien dire, il devient incompréhensible. Et en musique quand le compositeur met un soupir, un silence, c’est bien pour signifier quelque chose.

    Mireille : Sans aller jusque là, le langage est fait de silences : les mots sont faits d’un groupe de sons séparés du groupe suivant par un espace, c’est ce qui les rend compréhensibles dans une phrase.

    A propos de la musique, Miles Davis  disait « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence »

    Anne : Je ne sais pas si vous connaissez cette pièce de musique «  4’33’’» écrite par un compositeur contemporain. Alors on vient dans la salle, l’orchestre et là avec ses musiciens et puis c’est 4 minutes 33 secondes de silence, les musiciens ne jouent pas. Evidemment, ça a fait beaucoup de remue-ménage comme le carré blanc sur fond blanc en peinture, mais, pour les gens qui étaient là, un petit peu curieux et qui aiment se poser des questions, ça a été l’occasion de s’interroger sur ce qu’ils pouvaient entendre d’autre que ce qui était attendu. Le compositeur voulait montrer que la musique inclus les silences de façon importante.

    Mireille : J’avais aussi noté le silence au service de la signification. C’est vrai à l’écrit avec la ponctuation, mais le conteur, lui, va en plus jouer avec le temps de ces silences pour mettre en valeur telle ou telle émotion et la faire passer au spectateur.

    Anne : J’ai une citation de Paul Claudel à propos de la peinture : « Je crois, dit-il, que nous comprendrions mieux les paysages hollandais, ces thèmes de contemplation, ces sources de silence, si nous apprenions à leur tendre l’oreille en même temps que les yeux. »

    Mireille : Je pense que ça s’enseigne et s’apprend. J’ai lu, à ce sujet, une recherche pédagogique, destinée aux enseignants, menée par Claude Stéphane Perrin. Il écrit « Chaque parole naît d'un silence avant de retourner vers de multiples formes complexes du silence : la qualité de quelque chose (sans bruit) ou de quelqu'un (qui se tait), ou bien en s'intercalant entre un projet et l'état de la mort, ou bien enfin en redevenant simplement le silence de la Nature qui créé éternellement des réalités nouvelles. » Ça rejoint peut être la phrase de que tu as dictée tout à l’heure Anne.

    Dans cette étude il insiste sur le fait qu’il est important d’enseigner aux enfants à faire le silence. Cette capacité n’est pas innée mais acquise.

    Françoise : Oui, C’est un grand problème pour les enfants aujourd’hui. Les parents veulent toujours leur faire faire des activités, il faut qu’ils pensent tout le temps. C’est terrible car on ne leur laisse pas cette marge de silence dont ils auraient besoin. Comment peuvent-ils déjà se retrouver, et puis développer leur imaginaire ? Ce n’est plus possible dans notre société qui va beaucoup trop vite, où il n’y a plus de silence. Un enfant qui s’ennuie c’est aussi un enfant qui, développe son imaginaire.

    Mireille : Un des principes de la pédagogie de Rudolf Steiner est, que ce soit pour la parole ou autre chose, nous absorbons le monde extérieur et devons le digérer. C'est-à-dire nous recevons la parole de l’autre, elle rentre en nous ; si nous ne nous laissons pas le temps de la digérer comme on le ferait avec la pomme qu’on mange, de l’assimiler et de le faire nôtre, on a des indigestions, des indigestions de la pensée, de l’entendement, de l’émotion. L’échange avec le monde extérieur, la communication avec l’autre devient impossible. Il faut aussi le temps du silence à l’autre pour qu’il puisse assimiler ce qu’on vient de lui dire.

    Marie France : Ce sujet sur le silence nous en impose. Notre rencontre est bien plus silencieuse que d’habitude. Nous avons de grands silences, c’est marquant.

    Mireille : On retrouve entre le son et le silence ce même balancement qu’on a entre l’ombre et la lumière, ce balancement de l’un à l’autre qui est nécessaire à la vie. Les clairs-obscurs sont pleins de silences et de paroles. Ça donne un sens, si le silence n’avait pas de sens la parole n’en aurait pas non plus.

    Anne : Et cependant, dès que le silence s’installe, entre nous, un petit peu longtemps, on ressent un petit malaise. Il a pourtant un sens. On pourrait poser la question à l’envers : existe-il des silences qui n’ont pas sens ?

    Rires

    Philippe : C’est une question de longueur d’onde. Un son se transmet par les ondes que nous recevons avec nos sens, mais si d’autres sons nous parviennent on ne les entend pas. Ils ne nous manquent pas puisqu’on ne les entend pas.

    Pierre : Ce que je commence à comprendre, c’est qu’il me semble que le silence est vertueux. C'est-à-dire il a une nécessité objective. On parlait de ponctuation, je crois que si on veut s’enrichir, être en capacité de recevoir l’autre comme il est dans sa parole il y a inévitablement le silence qui doit apparaitre en nous. Tu parlais de digestion, dans ce processus là de prendre la parole de l’autre, de s’en saisir,  il y a d’abords éviter de penser au moment où l’autre s’exprime. Pourquoi souvent il n’y a pas de communication ? Parce qu’au moment ou l’autre s’exprime je pense à ce que je vais dire. C’est le silence de l’écoute qui est vertueux.

    Anne : J’ai trouvé aussi cette pensée de Ludwig Wittgenstein à propos du silence. Il dit « il y a assurément de l’inexprimable. Celui-ci se montre, il est l’élément mystique. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Le silence indique donc les limites de notre compréhension, le moment où continuer à parler deviendrait ridicule. Il faut « taire » ce sur quoi nous ne pouvons plus que « bavarder ».

    Marie France : Il y en a qui n’ont pas peur du ridicule.

    Anne : Non, mais c’est peut être aussi faire preuve d’humilité. Je trouve que ça nous renvoie beaucoup à l’époque actuelle qui fuit le silence.

    Brigitte : C’est de la griserie

    Nathalie : En même temps on fuit ainsi beaucoup de choses dérangeantes. On est, dans notre silence, tous spectateurs. Il n’y a plus cette envie de se battre, de dire, on se tait et laisse faire.

    Brigitte : On a prononcé, tout à l’heure le mot de « lâcheté ». Se taire peut être une forme de lâcheté.

    Anne : Je n’ai pas noté toutes les expressions populaires avec le mot silence, il y en a beaucoup ; mais il y a quand même « Qui ne dit mot consent »

    Philippe : Pour moi, le silence a quelque chose à voir avec l’indicible. On est vraiment dans le silence quand on ne peut pas arriver à dire. C’est vraiment le rapport à la parole. C’est une des formes du silence.

    Anne : Krisnamurti dit « Le seul silence que nous connaissions est celui qui se produit lorsqu’un bruit s’arrête. Ce n’est pas cela, le silence. C’est, comme la beauté, comme l’amour, quelque chose de tout différent. Ce n’est pas le produit d’un esprit au repos… Ce n’est pas la conséquence d’un état d’attention où l’observateur est l’observé : là, il n’y a plus de frottements, mais ce n’est pas le silence.Vous attendez que je vous dise ce qu’est le silence…Il ne peut pas être décrit. Ce qui peut se décrire n’est jamais que du connu, et l’on ne peut se délivrer du connu qu’en mourant chaque jour à lui,… ; qu’en mourant chaque jour, afin que les cellules du cerveau redeviennent fraîches, jeunes, innocentes…Ce silence-là, […] n’est encore qu’un tout petit début, comme si l’on passait par un petit trou vers l’énorme, l’immense étendue de l’océan, vers un état immesurable, intemporel…Un esprit vivant est un esprit silencieux qui n’a pas de centre et, par conséquent, ni espace ni temps. Un tel esprit est sans limites, et c’est la seule vérité, la seule réalité. »

    Mireille : A propos de ce qu’on disait de ce tintamarre permanent qui nous entoure partout, C’est aussi lié au mouvement, à la vitesse. On vit une époque où tout s’accélère. Les choses doivent aller très vite, elles doivent être entendues. Il y a aussi cette accélération des modifications climatiques. L’humanité, la Terre qui vivent cette accélération sont bousculées.

    Dès qu’il y a mouvement il y a bruit. Dans la notion de silence il y a celles de calme, de sérénité voire d’immobilité. Quand on fait silence, on cesse de agiter, on se pose ; on arrête quelque chose, on arrête le mouvement. Alors que dans la parole, et notamment dans le bavardage, il y a un mouvement de fuite en avant, d’extraversion. On peut se poser la question « Qu’est ce qui se passe aujourd’hui pour qu’il y ait cette accélération de tout, dans tous les domaines, y compris dans la nature ?»

    Marie France : Et pourtant on a besoin de silence pour bien pouvoir ressentir, avec ses sens, le vrai.

    Pierre : Je pensais que, en fait, on nous fait consommer du tragique. Les média interviewent les gens qui  nous décrivent leurs malheurs, en ce moment cette course des migrants. Le silence est absent, parce que constamment on informe, on nous fait ingurgiter des évènements tragiques encore et encore, comme pour les oies, sans nous rendre vraiment malades. Et en même temps, ce qui est tragique aussi c’est le fait qu’on n’est jamais de recul. On ne nous laisse jamais le temps de se dire « Qu’est-ce qui se passe ? », de comprendre. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais je trouve qu’à la radio, sur France Culture ces derniers temps, les gens parlent très vite. Ils pensent à toute vitesse.

    Brouhaha : C’est vrai… ça pense pas… le temps c’est de l’argent…

    Françoise : Il manque ces silences, dont on parlait, nécessaire à l’écoute, on n’a pas le temps d’être touché.

    On n’a pas parlé de l’émotion. Dans le silence il y a aussi beaucoup d’émotion.

    Anne : Le poète Yves Bonnefoy dit « le silence est comme l’ébauche de mille  métamorphoses. »

    Marie France : Le silence nourrit autant que la parole les deux sont nécessaires.

    Mireille : Pour revenir au couple « silere, tacere » des latins. Ils utilisaient « silere » pour le silence des animaux et « tacere » pour celui de l’homme.

    Marie France : Quand on observe les animaux, leur silence est expressif.

    Mireille : Quand nous nous fixons du regard, mon chat et moi, au bout d’un moment il se met à miauler comme si ce silence entre nous, pourtant plein d’émotion, soudain lui devenait insupportable.

    Brigitte : J’ai l’impression que mon chien entends mes pensées, il sait quand je vais lui laver les oreilles et s’en va avant même que j’ai amené ce qu’il fallait pour ça.

    Anne : Je me suis demandé aussi si, dans « le sens du silence », on ne pouvait pas considérer le mot « sens » comme l’orientation dans le temps. Souvent, quand le silence est là, on a l’impression que le temps est suspendu.

    Mireille : C’est encore cette notion de mouvement, il y a comme un arrêt dans le mouvement du temps.

    Brigitte : Mais ça peut devenir vite pesant

    Mireille : Ça dépend des circonstances. Je pense à une amie avec qui je fais des grandes ballades dans les marais sans échanger un mot. Ce n’est pas de l’indifférence car ce silence est plein. Mais ce n’est pas possible avec tout le monde, c’est une question d’intimité.

    Anne : Sartre, dans « Qu’est-ce que la littérature », montre que la parole transcende toujours le silence, parce que s’il y a en effet des silences qui en disent long, c’est parce que « se taire, c’est refuser de parler, donc parler encore. »

    C’est peut être aussi une question d’expérience. Il y a des gens qui n’ont pas l’expérience du silence. C’est quelque chose qui peut s’expérimenter volontairement.

    Mireille : C’est dans ce sens que je disais que faire le silence s’apprend, s’enseigne. Non pas à coup de punitions comme autrefois mais, par l’éducation, amener l’enfant à saisir l’aspect vertueux du silence.

    Pierre : Je pense, en effet que le silence s’enseigne. C’est une sorte de mise en disponibilité. Et à ce moment là, quand il y a cet enseignement, ça rejoint l’idée de la direction. C’est comme s’il y avait un chemin à prendre, si ça nous indiquait un chemin à suivre. Un chemin vers soi. La méditation est aussi un enseignement.

    Françoise : Il y a d’autres moyens comme la relaxation.

    Mireille : La relaxation est liée au souffle et le souffle est l’élément indispensable de la parole. C’est une question respiration, d’expir et d’inspir, de balancement semblable à celui entre parler et se taire.

    Françoise : Ce n’est pas la même signification, parce que là on ne parle plus on est en rapport avec son corps. On n’a pas assez parlé du corps. On a vu qu’il y avait beaucoup d’expressions du silence, les émotions contenues dans ces silences sont aussi dans nos corps. Elles pouvaient, peut être, être exprimées dans le corps. Par ses réactions on peut se rendre compte dans quel silence nous sommes.

    Mireille : Tu dis qu’on n’a pas parlé du corps, mais j’ai parlé de mouvement, le mouvement c’est le corps. Le silence ne peut être que si on arrête de gigoter.

    Anne : Tu disais que la parole est lié au souffle, et alors le silence tu ne respire plus ?

    Rires

    Mireille : Une des méthodes pour expérimenter le silence est d’apprendre à maîtriser son souffle. En sophrologie on s’entraine même à le bloquer en bas de l’inspir et en haut de l’expir.

    Françoise : C’est une façon de stopper la pensée.

    Anne : Je ne suis pas sûre que la maitrise de la respiration soit vraiment l’expérience du silence. Un silence mental, peut être ?

    Françoise : Ça permet d’être là comme les animaux silencieux. Les animaux ils sont ici dans le présent.

    Anne : En Inde on dit que, lorsqu’on est en méditation, s’installe spontanément une façon de respirer particulière.

    Mireille : Je me suis posée la question du silence quand on dort. Même là, il n’y a pas le silence absolu car nos rêves sont pleins de bruits.

    Anne : Philippe tu saurais nous dire ce qui se passe dans les stades de sommeil. Il y en a deux le profond et le paradoxal. Il me semble que dans le sommeil profond la pensée est au repos.

    Philippe : Le rêve fait partie aussi du sommeil profond.

    Mireille : C’est le souvenir qu’on peut en avoir qui est dans le sommeil paradoxal parce que plus proche de l’état de conscience.

    Philippe : Il n’y a pas de silence dans le sommeil. Quand il y a le silence c’est fini, la ligne est plate.

    Clôture du débat par Anne

    Il y a le silence du non-dit, le caché, le silence imposé, le silence des opinions dans les dictatures, le silence de ceux qui sont sans voix, le silence du résistant, le silence pesant des secrets de famille, celui plus heureux de la complicité.Parfois, à la fin d’un concert, on reste un moment, plus ou moins long, silencieux. Un silence chargé d’émotion, presque de sidération, presque religieux, tant l’on a été transporté par l’œuvre jouée et l’interprétation des artistes. Le sens de ce silence, c’est un Merci, un hommage, et les interprètes disent en être plus touchés que par une salve d’applaudissements qui éclate sans transition à la dernière note.

    Je vais conclure avec Pascal : «  Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »   (Pensées, 206)

    A chacun de méditer sur cette pensée, et lui donner un, ou plusieurs, sens.

     

    Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous. Merci pour votre participation et rendez vous Dimanche 29 Novembre 2015 (même heure, même lieu), le sujet choisi à mains levées, sera: « La liberté est-elle une illusion? »

    Mireille PL

    Sites consultés :

    http://www.webphilo.com/

    http://cafes-philo.org/2011/02/peut-on-sexprimer-par-le-silencehttp://cafes-philo.org/2011/02/peut-on-sexprimer-par-le-silence

    http://dilemmes.com.over-blog.com/pages/LE_SILENCE_ATIL_UN_SENS-440494.html:http://dilemmes.com.over-blog.com/pages/LE_SILENCE_ATIL_UN_SENS-440494.html:

    http://cafephilobiarritz.overblog.com/pages/Agnes_Cugno_professeur_de_philosophie_La_haine_du_silence-6083709.htmlhttp://cafephilobiarritz.overblog.com/pages/Agnes_Cugno_professeur_de_philosophie_La_haine_du_silence-6083709.html

    http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=351&Itemid=37http://www.cafe-philo-des-phares.info/index.php?option=com_content&task=view&id=351&Itemid=37

    http://www.gentside.com/son/entendre-les-battements-de-son-coeur-rend-fou_art38699.htmlhttp://www.gentside.com/son/entendre-les-battements-de-son-coeur-rend-fou_art38699.html

    http://www.implications-philosophiques.org/langage-et-esthetique/implications-esthetiques/lepreuve-du-silencehttp://www.implications-philosophiques.org/langage-et-esthetique/implications-esthetiques/lepreuve-du-silence

     

     


  • Commentaires

    1
    Mireille PL
    Samedi 31 Octobre 2015 à 18:48

     A propos du concert 4'33"  dont nous a parlé Anne : Il a été présenté au Centre-Pompidou le 25 mars 2010 « Présentation du concert du 25 mars 2010, Centre-Pompidou. Voici l’article que j’ai trouvé !

    Information sur la création 

    29 août 1952, États-Unis, Woodstock, NY, Maverick Concert Hall, Woodstock Artists Association in Woodstock, par David Tudor : piano.

    Titres des parties 

    Trois parties de 33’’, 2’40’’ et 1’20’’.

    Note de programme 

    « En composant un morceau qui ne contiendrait aucun son, je craignais de donner l’impression de faire une blague, voyez vous. En fait, j’ai travaillé plus longtemps à mon morceau “silencieux” qu’à aucun autre. J’y ai travaillé quatre ans… »
    John Cage

    4’33’’ est une partition de musique avant-gardiste composée, souvent décrite comme « quatre minutes trente-trois secondes de silence », mais qui est en fait constituée des sons de l'environnement, que les auditeurs entendent lorsqu'elle est interprétée.

    Le morceau a été écrit en principe pour le piano et est structuré en trois mouvements principaux. Sur la partition, chacun est présenté au moyen de chiffres romains et est annoté tacet, qui est le terme utilisé dans la musique occidentale pour indiquer à un instrumentiste qu'il doit rester silencieux pendant toute la durée du mouvement. Vers la fin des années 1940, John Cage visita la chambre insonorisée de l'université Harvard. Il s’attendit à « entendre » le silence lorsqu’il entra dans la chambre, mais comme il l’écrivit plus tard : « J’entendis deux bruits, un aigu et un grave. Quand j’en ai discuté avec l'ingénieur en charge, il m’informa que le son aigu était celui de l’activité de mon système nerveux et que le grave était le sang qui circulait dans mon corps. » C’est à ce moment qu’il réalisa l’impossibilité de trouver le silence quel que soit l’endroit et qui le mena à composer 4'33".

    Cage écrivit dans Les confessions d'un compositeur (1948) que son désir le plus cher était de pouvoir composer un morceau de silence ininterrompu. Ce dernier durera 4 minutes et 33 secondes, qui est la longueur standard de la musique « en boîte » et que son titre sera « une prière silencieuse ». Cage commenta son œuvre : « Elle s'ouvrira avec une idée simple que j'essayerai de rendre aussi séduisante que la couleur, la forme et le parfum d'une fleur. La fin s'approchera de l'imperceptibilité. » Les autres influences de ce morceau proviennent des arts visuels : des amis de Cage, comme Robert Rauschenberg avaient produit une série de peintures « blanches ». Apparemment « vides », ces toiles changeaient de ton en fonction de la luminosité de la chambre dans laquelle elles étaient exposées ou en fonction de l’ombre des personnes les visualisant. Ces dernières ont beaucoup inspiré Cage sur la possibilité de créer une œuvre employant ce même vide, mais dans le domaine musical cette fois-ci.

    Lors de la création de l’œuvre par David Tudor, le public a vu s'asseoir l’interprète au piano, soulever le couvercle et laisser ses mains au-dessus des touches de l’instrument. Après un moment, il ferma le couvercle et se leva. Le morceau avait été joué et pourtant aucun son n’était sorti. Ce que voulait son auteur, c’est que quiconque qui aurait écouté attentivement aurait entendu du bruit involontaire. Ce sont ces bruits imprévisibles qui doivent être considérés comme étant la partition de musique dans ce morceau. Ce dernier demeure encore controversé à ce jour, et est vu en tant que provocation de la définition même de la musique.

    La longueur de 4'33" est en fait désignée par pur hasard. Et c'est ce temps qui donne son titre à l'œuvre. Cependant, bien qu’aucune preuve ne vienne avancer la théorie suivante, il semblerait que Cage ait choisi cette longueur de manière délibérée. En effet, quatre minutes et trente-trois secondes équivaut à 273, l'opposé de la valeur en degrés Celsius du zéro absolu (température négative) où aucun mouvement ne peut se faire. Signe de la volonté d’atteindre le point mort d’où aucun son ne peut provenir. Une autre théorie, provenant du philosophe et spécialiste de John Cage, Daniel Charles, indique que 4'33" pourrait être un ready-made à la Marcel Duchamp du fait que John Cage se trouvait en France lors de l'année de composition de l'œuvre et que sur les claviers de machines à écrire en AZERTY le « 4 » correspond au signe « ' » et le « 3 » au signe « " ». Ce morceau (qui en réalité est plus une expérimentation) se veut être une remise en question de la notion même de la musique. Cage considérait que « le silence est une vraie note », et il a eu l'ambition de dépasser ce qui est réalisable sur un morceau de papier en laissant la part totale à l'aléatoire.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    2
    Jeudi 12 Novembre 2015 à 07:30

    Le silence a été évoqué comme cessation du mouvement, immobilité. Qu’en est-il du silence du mime, d’une chorégraphie sans aucun support sonore ?  Leur silence nous convie à plus d’attention, de concentration: le sens, n'est pas donné de façon habituelle.

    Et si la méditation silencieuse est en général pratiquée en assise, elle peut aussi se faire en mouvement, en marchant, en dansant, en jardinant…et aussi en parlant, en chantant : la méditation peut ne pas être silencieuse…

    Anne.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :