• La nature peut-elle servir de modèle ?

    5 à 7 Philo du dimanche 26 janvier 2020 : 12 participants

    La nature peut-elle servir de modèle ?

    Animé par Mireille et Nathalie

    Introduction (par Mireille)

    Analyse de la question 

    « La nature… » Du latin natura (« le fait de la naissance, état naturel et constitutif des choses, caractère, cours des choses, ensemble des êtres et des choses »), venant lui-même de nascor (« naître, provenir »).

    Larousse

    ·       Le monde physique, l'univers, l'ensemble des choses et des êtres, la réalité : Les merveilles de la nature.

    ·       Ensemble de forces ou principe supérieur, considéré comme à l'origine des choses du monde, de son organisation : Rien ne se perd, rien ne se crée, c'est une loi de la nature.

    ·       Ensemble des principes, des forces, en particulier de la vie, par opposition à l'action de l'homme : Elle faisait plus confiance à la nature qu'aux médecins.

    ·       Ensemble de ce qui, dans le monde physique, n'apparaît pas comme (trop) transformé par l'homme (en particulier par opposition à la ville) : Partir en vacances en pleine nature.

    ·       Ensemble des caractères, des propriétés qui font la spécificité des êtres vivants : Étudier la nature animale.

    ·       Vie sexuelle, instinct, appétit sexuel : L'appel de la nature.

    ·       Ensemble des caractères, des tendances, des traits constitutifs de la personnalité profonde de quelqu'un : Ce n'est pas dans sa nature de se livrer à de tels actes.

    ·       Ensemble des caractères physiques de quelqu'un, en particulier du point de vue de sa santé, de sa résistance : Être de nature fragile.

    ·       Ensemble des caractères, des propriétés qui définissent quelque chose : La nature du terrain.

    La nature en philosophie 

    La nature est un terme polysémique en philosophie, et souvent équivoque. Dans l’Antiquité (d’Aristote aux Stoïciens), cette notion joue un rôle extrêmement important (par exemple, la sagesse stoïcienne consiste à se rapprocher le plus possible de la nature).

    Aristote : La nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement, par essence et non par nature (Physis)

    Diogène Laërce : Ils entendent par nature tantôt la force qui contient le monde, tantôt celle qui fait pousser les êtres vivants sur la terre. La nature est une force stable qui se meut d’elle-même” (Vie et opinions des philosophes)

    « …peut-elle servir… » (Larousse) Pouvoir : « Avoir la possibilité, Offrir telle possibilité ». Servir (à ou de): « Être utile à quelqu'un, quelque chose »

    « … de modèle?... » (Larousse) : « Ce qui est donné pour servir de référence, Ce qui est donné pour être reproduit, » Prendre modèle au sens de ce qu'on imite.

    Ouverture de l'échange

    La nature peut-elle servir de modèle ?

    « Servir de modèle » à qui ? A l’homme qui en tant qu’être vivant fait aussi partie de la nature. La Nature peut-elle être considérée comme un modèle pour nous ?

    Volontiers on imaginerait que la nature est un exemple d'harmonie pour les êtres humains. Cependant plusieurs questions se posent. Tout d'abord, la définition de la nature. La notion de nature peut être très complexe. Nous pourrions dans un premier temps voir la compréhension que chacun d’entre nous en a.

    La notion de modèle est, elle aussi, ambiguë : Le modèle peut être un exemple à suivre, ou à copier ou encore source d'inspiration.

    Si la nature peut être un modèle pour l'homme, encore convient-il de se demander dans quel domaine : Scientifique ? Artistique ? Technique ? Politique ? Moral ?

    Résumé des échanges (par Mireille)

    Nadine : La nature, il n’y a rien de mieux que la nature. Elle nous donne tout, mais à nous  de savoir nous en servir. Nous ne pourrions pas vivre sans la nature, c’est la base, c’est la naissance. C’est pour nous le départ de l’humanité pour pouvoir vivre. Et, bien entendu, l’homme veut toujours la transformer, la maîtriser. Par exemple, en ce moment il pleut beaucoup, peut-être un peu trop, la pluie est nécessaire pour la terre, elle rigole, devient ruisseaux, rivières et fleuves. Puis l’homme sur ces fleuves construit des barrages, plus ou moins utiles, et puis quelques fois les barrages cèdent. C’est-à-dire que la nature est plus forte que nous. On peut l’aménager, mais dans des limites raisonnables.

    Pierre M. : « La nature peut-elle servir de modèle ? » Comme vous l’avez dit dans votre introduction on comprend que c’est servir de modèle à l’homme. Mais le présenter ainsi ça implique une certaine distanciation entre la nature et l’homme. On trouve ça naturel, l’homme face à la nature qu’en fait-il ? Donc, l’homme ne serait pas un primate comme les autres, il n’est pas inclus dans cet ensemble, cette énergie qu’est la nature, il est un peu à part puisqu’il regarde la nature et peut s’en servir de modèle ou pas. Pourquoi la nature pourrait-elle servir de modèle ? Ce qui est fabuleux c’est que la nature nous en met plein la vue. Elle est puissante, plus forte que tout. C’est aussi une harmonie, quand on regarde autour de soi on est ébahi jusqu’à imaginer qu’il y ait un créateur qui soit à l’origine de cette nature. A juste titre la nature peut prétendre être un modèle. Elle a survécu à tout, la nature est toujours là malgré la mort des dinosaures, malgré toutes les catastrophes. La nature est forte, quand on voit sa capacité à retrouver son équilibre, son harmonie. Cette force, cette pérennité est une chose très attractive pour l’homme. En revanche il y a quelque chose qui bloque tout de suite, c’est que cette force, elle la doit à une loi primordiale, qui la régit, du moins dans la partie de la nature qui nous entoure, le règne végétal et animal que nous pouvons observer, c’est « la loi du plus fort ». L’homme est un être pensant, et son organisation à terme inclut une certaine  « morale » qui est une règle de vie plus ou moins acceptée par tous. Quand on parle de « civilisé »  c’est prendre à contrepied la loi du plus fort. Donc la nature est très attractive par sa magnificence, mais d’un autre côté, la loi du plus fort qui la régit ne peut pas être un modèle pour l’homme d’aujourd’hui.

    Pascale : Je suis d’accord avec ce que vous dites, mais je vois aussi dans la nature, comme principe fondamental, l’équilibre. C’est-à-dire que quoi qu’on face à un moment donné il y a un équilibre qui se crée. Le problème c’est que nous venons, nous les humains, d’une certaine manière bouleverser cet équilibre.

    Nathalie : La loi du plus fort existe parce que si le chat mange le mulot c’est que dans la nature il y a une certaine régulation des espèces pour que soit maintenu un certain équilibre. En ce moment il y a chez nous des ratons laveurs partout, le raton laveur va devenir un gros nuisible car il n’est pas ici dans son habitat naturel, ici il n’a pas de prédateur. Quand les civilisations ont commencé à se créer, l’homme c’est de lui-même éloigné de la nature créant des déséquilibres. Pour son bien-être l’homme a voulu dominer la nature, de cueilleur-chasseur il est devenu éleveur-cultivateur, son souci a été de produire toujours plus. On commence aujourd’hui à en mesurer les conséquences.

    Pascale : L’homme a cherché à dominer la nature mais au départ c’était surtout à s’en servir, à l’utiliser. Je vois surtout le grand basculement au moment où on a réussi à vaincre les maladies ce qui a entrainé la poussée démographique qu’on connait depuis des décennies. C’est ça qui a été à l’origine des grandes perturbations que l’on connait aujourd’hui. Parce qu’il a fallu nourrir tous ces êtres humains, il a fallu les loger etc. Et c’est là qu’on est parti dans un système qui s’emballe.

    Madeleine : On dit que « la nature fait l’homme et que l’homme fait la nature ». Il est évident que lorsqu’on vit en montagne pendant des décennies, des générations, on n’aura pas la même façon de voir les choses, de les appréhender que ceux qui vivent en milieu rural ou en bord de mer. Je pense comme vous que la coupure de l’homme avec la nature n’est pas si vieille que ça, c’est au moment où la nature est devenue un marché, où les choses sont devenues marchandise.

    Mireille : Pour aller dans ce sens-là je vais vous lire une phrase de Pierre Rabbi « À la différence de la prédation humaine, le lion dévore des antilopes car sa propre existence en dépend, mais il n’a ni banque ni stock d’antilopes pour en faire commerce et affamer ses congénères. Chaque prélèvement est en quelque sorte fondé sur la vie qui se donne à la vie, pour que tout puisse continuer à vivre. » 

    Gino : Si le lion ne fait pas comme l’homme c’est qu’il n’est pas équipé pour ça. S’il l’était, il stockerait les antilopes. 

    Philippe C : L’homme est le seul animal qui, à cause de son intelligence, est particulièrement en décalage avec le reste de la nature. 

    Pierre F. : Je ne pense pas que dans la nature ce soit la loi du plus fort qui règne, ce sont des interactions multiples qui ont pour finalité de permettre à chaque espèce de vivre. Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de biodiversité ? Si c’était la loi du plus fort la biodiversité serait mise à mal. Or aujourd’hui on compte par défaut : « il va disparaitre telle ou telle espèce et on connait la cause. Certes, c’est un système très complexe et en mouvement. C’est vrai que si je laisse ma haie sans la tailler, elle va s’élargir, s’élargir et je n’aurais plus de terrain ça sera un bois. La nature développe un mouvement dont on ignore jusqu’où il irait si on laissait tout faire. Ce qui est certain c’est qu’il y a dans la nature une sorte d’intelligence qui permet à chaque espèce de vivre en harmonie avec elle. La vraie question c’est l’homme qui a eu la désastreuse idée de se séparer d’elle, de se considérer comme une puissance supérieure, l’égal de Dieu. C’est assez complexe parce que d’un côté on dirait « l’homme est un être de nature, un animal », alors on voudrait l’inclure dans la nature, mais le problème c’est qu’il ne veut pas. Pour finir, je dirais « comment se fait-il que l’homme ait développé un cerveau aussi déraisonnable et fou ? » La nature a créé l’homme qui d’une certaine manière la met à mal. 

    Nathalie : J’ai trouvé chez beaucoup d’auteurs les mêmes termes : ils parlent d’instinct chez l’animal et de pulsion chez l’homme, ce sont ces pulsions qui arrachent l’homme de la nature. 

    Pierre M. : Nous sommes en train de soupeser ce que j’avais appelé « la loi du plus fort » et ce qu’on pense être plutôt un équilibre. Pourquoi ne pas imaginer que la loi du plus fort ait pour finalité ultime un équilibre. Pour reprendre l’exemple de Pierre Rabbi, pensez-vous que le lion au bout de sa douzième antilope se dise qu’il est en train de mettre à mal l’équilibre, je vais arrêter de manger des antilopes car si je continue je vais rompre l’équilibre et il n’y aura plus d’antilopes ? Donc, on constate qu’il y a, effectivement, dans la nature une sorte d’équilibre, bien qu’il y ait eu à certains moments de grands déséquilibres.  L’équilibre qu’on observe est peut-être le résultat d’un fonctionnement, et cette loi de fonctionnement vous ne pouvez pas le nier complètement, est que dans la nature c’est le plus fort qui l’emporte. C’est ça qui donne cette force à la nature. 

    Pierre F. : Je pense à ce que dit La Fontaine : « On a toujours besoin d’un plus petit que soi »   

    Pierre M. : Si Jean de la Fontaine prend soin de démontrer qu’ « On a toujours besoin d’un plus petit que soi »  c’est que l’instinct, ou l’attitude la plus observée est « la loi du plus fort » 

    Philippe C. : La question est « Qu’est-ce que c’est la loi du plus fort ? » 

    Nathalie : Kant parle de « sauvagerie naturelle » chez l’homme. Pour reprendre l’histoire du lion, quand il est rassasié, il va dormir, digérer tranquillement et quand il aura à nouveau faim il partira en chasse. Si sur le territoire il y a trop d’antilopes, elles vont dévaster les végétaux entrainant la disparition d’autres espèces. La nature est bien faite elle sait se réguler et créer un équilibre. 

    Pierre F. : On voit que dans les Charentes le loup est de retour. On sait qu’il peut faire des kilomètres pour trouver son territoire. 

    Nathalie : Ce qui est intéressant c’est de comprendre pourquoi il a disparu de nos régions, le dernier ayant été vu en 1850 car c’était déjà son territoire. La nature reprend-elle ses droits ? 

    Nadine : Je voudrais reprendre ce qu’a dit Pierre au sujet de La Fontaine : « On a toujours besoin d’un plus petit que soi ». Il voulait démontrer que tout le monde avait sa place dans la nature. 

    Philippe C. : C’est pour ça que je voudrais revenir sur ce que tu as dit dans l’introduction en parlant des grecs et de l’équilibre. C’est une notion fondamentale utilisée depuis des siècles et des siècles, cette notion d’équilibre, extrêmement importante, elle régit la nature. Si on parle de loi de la nature c’est une loi d’équilibre entre le plus et le moins pour aboutir à ce que les grecs s’appelaient « l’harmonie ». L’homme est la seule partie de la nature qui en permanence bouscule cette harmonie. 

    Mireille : Tu parles des grecs, Platon se réfère à l’organisation dans la Nature  pour  justifier la dépendance et la hiérarchie, ce qui suppose un plus fort et un plus faible.

    Philippe C. : Non ! Ce n’est pas une hiérarchie, c’est un équilibre entre les faibles et les forts. 

    Gino : Attribuer à la nature la notion du plus fort, je ne sais pas si c’est très juste. Je dirais que c’est plutôt le fait d’être mieux adapté. Si on parle de concurrence entre les groupes, d’accord c’est le plus fort qui domine, mais je ne crois pas qu’il y ait concurrence entre les espèces, mais que celles qui survivent sont les plus adaptées à leur environnement. L’équilibre qu’on évoque n’est en fait pas stable, il évolue tout le temps. Le danger quand on parle de ça c’est de magnifier un peu, car en fait c’est la loi de la jungle, il n’y a que nous, les hommes, qui voyons ça en étant un peu décalés. Je crois que c’est surtout une question d’adaptation. C’est vrai qu’aujourd’hui l’homme a sa part de responsabilité dans le déséquilibre de la nature, mais il y a eu des périodes de déséquilibre où l’homme n’avait rien à voir avec ce fait. 

    Pascale : On a parlé des bienfaits de la nature, mais il y a quand même tous les aspects d’une nature mauvaise, négative contre laquelle on s’est battus. Je pense à la maladie par exemple, aux virus. Grace à la médecine qui a été un progrès, on a pu les combattre, ils font aussi partie de la nature. Je crois qu’il faut penser que l’action humaine n’est pas toujours négative. 

    Philippe T. : C’est un point de vue humain, ce n’est positif qu’aux yeux de l’homme, car le virus il est aussi là pour réguler. Est-ce qu’en le supprimant on ne contrarie pas un besoin, une règle de la nature ? 

    Philippe C : L’animal parfaitement adapté c’est le virus, c’est la bactérie qui mute quand on cherche à l’éliminer. Ça fait des générations qu’ils sont là et il ne faut pas oublier qu’ils sont à l’origine de ce que nous sommes. 

    Nathalie : La nature c’est de la beauté mais aussi de la laideur. 

    Mireille : Comme le dit Philippe ceci ne sont que nos propres jugements. 

    Pierre M. : Je pense au virus qui sévit en Chine en ce moment : le coronavirus. Jusqu’à ces dernières années, le gouvernement chinois pour éviter la surpopulation du pays n’avait rien trouvé de mieux que d’interdire aux couples d’avoir plus d’un enfant. Et un petit virus de rien du tout règle tout ça sans contraintes particulières, naturellement. La nature est une force d’équilibre. Vue d’un certain angle on peut considérer ce virus comme néfaste. J’ai travaillé un petit peu en Afrique, avant les enfants qui dépassaient l’âge de 5 ans c’était à peu près 20% des naissances, à tel point que le père s’intéressait très peu aux nouveaux nés. Maintenant, il y a un sacré problème : avec les vaccinations, avec l’amélioration de l’hygiène, ils vont être en surpopulation et il va y avoir la question de nourrir tout le monde. Aujourd’hui les chinois achètent et s’approprient des terres dans tout le continent africain, eux n’ont pas assez et ils sont en train de priver les autres. C’est un peu cynique de dire que le virus aide à régler le problème de surpopulation. 

    Pascale : La grosse rupture s’est passée quand on a réussi à combattre beaucoup de maladies, à apporter un peu de mieux être et qu’il y a eu cette explosion démographique qui a créé beaucoup de déséquilibres. 

    Pierre F. : Quand on parle de modèle on parle quelque part d’une morale. J’ai l’impression que l’homme a créé un ordre moral, un altruisme, des choses comme ça, et que la nature dans son ensemble est parfaitement indifférente. Si les espèces se comportent correctement, c’est-à-dire qu’elles choisissent un territoire, n’abusent pas d’un équilibre tout va bien, s’il y a comme tu dis des mouvements, on s’efface, on s’en va. Je crois que la nature est fondamentalement indifférente et que c’est peut-être sa force. Son indifférence permet à chacun d’avoir une espérance de vie. La nature nous donne la vie à condition qu’on fasse attention, qu’on établisse un dialogue avec elle qu’on n’abuse pas de prendre la nourriture si elle est là raisonnablement en abondance, ce n’est pas la peine de se jeter sur elle, et tout piller. L’homme dans sa fantaisie a inventé des formes de survies, comme tu disais, la médecine, les médicaments, des ceci des cela. Mais qu’est-ce qu’on en sait exactement ? Peut-on dire que c’est un progrès ? L’homme veut sauver sa peau, mais si tu raisonnes d’une manière plus globale : si tu crèves un autre naitra. 

    Nadine : C’est vrai que la nature nous permet de vivre, mais il ne faut pas aller contre elle, il faut aller avec elle. Il ne faut pas la contrer, il ne faut pas la contraindre. Il ne faut pas comme on le voit à l’heure actuelle l’exploiter à outrance jusqu’à détériorer la planète. On a beau le prendre dans tous les sens, la nature est plus forte que nous et elle aura toujours le dernier mot. Un proverbe chinois le dit « L’homme assagit la nature mais la nature finit toujours par rendre l’homme fou » 

    Mireille : Qu’est-ce que tu entends par nature ? 

    Nadine : Le sol, la végétation, la nature sur le plan terrestre. 

    Mireille : Jusqu’à présent on a parlé de l’homme, des animaux, des végétaux, bref, du vivant. Mais nous n’avons pas parlé des éléments, le vent, les océans, etc. 

    Nadine : C’est pareil l’homme les exploite, il n’y a que le profit qui compte. 

    Madeleine : Je suis tout à fait d’accord avec vous, le fléau c’est le profit. Je pense que la nature pourrait être en équilibre. Notre origine, si j’ai bien compris sont les bactéries, ce n’est pas de l’année dernière. Dans l’histoire de l’humanité il y a eu quelques tremblements de terre, des éruptions volcaniques etc. Il y a des espèces qui ont disparu mais, quand même, la plupart ont su s’adapter. C’est vrai que la nature fait l’homme et que l’homme fait la nature. Il y a eu rupture entre eux progressivement mais c’est à peu près il y a 150 ans, avec l’époque industrielle que la notion de profit a précipité les choses. 

    Pierre M. : Je ressens le besoin de recentrer la discussion sur la question de départ « La nature peut-elle servir de modèle ? » Vous allez rendre visite à une amie que vous aimez bien, et, elle a sur sa table un magnifique gâteau qu’elle a fait. Ce gâteau est beau et très appétissant. Et, en le mangeant, vous trouvez que l’équilibre des saveurs est parfait. Si on veut utiliser ce gâteau comme modèle, et qu’on veut le reproduire, qu’est-ce qui est important,  son aspect, les saveurs qu’on y a trouvées et qui sont subtiles, difficiles à retrouver ? Est-ce l’équilibre qu’il présente quand on le voit qui est important ou la recette ? Comment s’y est-on pris pour arriver à ce magnifique résultat ? Pour revenir à la nature, je suis d’accord avec vous pour l’équilibre, mais l’équilibre c’est ce qu’on voit, mais qu’est-ce qui a permis d’arriver à cet équilibre ? Je ne démords pas de ma conviction que c’est la loi de fonctionnement de la nature et cette loi de fonctionnement est vraiment infaillible : c’est la loi du plus fort. 

    Philippe T. : Je ne suis pas d’accord car, pour moi, l’équilibre, si on reprend l’exemple du gâteau, ce n’est pas sa vue ce sont les proportions, la recette qui le donne. La vue ce n’est que l’esthétique, c’est l’équilibre de tous les ingrédients qui fait qu’il est bon. Ce qui se passe sur notre planète aujourd’hui est peut-être dû aux proportions, il y a trop d’humains. 

    Pierre F. : On peut se poser la question de la nature en tant que telle, en essayant de l’approcher, de la comprendre, c’est une chose quand même tout à fait délicate. Mais, il semblerait que les premières sociétés humaines composaient avec elle. Il y avait une tentative permanente de dialogue, et les forces qui faisaient vivre étaient honorées : que ce soit le soleil, l’air, l’eau etc. C’est en fait une sorte d’intelligence supérieure que de dire « composons ». Tu parlais d’harmonie, soyons en harmonie. Et en même temps il y avait un savoir être, un savoir vivre qui permettait de se nourrir en abondance car tout objet, toute chose, était la plus part du temps comestible, il suffisait de savoir : quand on avait besoin de se soigner, on trouvait la plante etc. A un moment donné, on a commencé à introduire un rapport de forces. Nous les hommes, on sait tout, on est les meilleurs, jusqu’à se poser la question « la nature peut-elle servir de modèle ? » 

    Pascale : Moi, je ne vois pas du tout la chose comme ça. Je ne pense pas que nous nous soyons dit tout d’un coup « on va être les plus forts » ; C’est venu très progressivement en fonction de besoins. Les connaissances, la science, et le progrès sont arrivés, c’est là que tout est parti en vrille. Il n’y a pas eu, au départ, une volonté déterminée des hommes d’être les plus forts.  On a domestiqué pour vivre mieux et c’est surtout quand est intervenue la notion d’argent, d’économie, que ça c’est très fortement grippé. L’argent n’est pas en soi quelque chose de négatif, c’est la façon de l’utiliser et l’emballement qui a suivi qui nous a éloignés de la nature.      

    Pierre F. : Il y avait un autre état d’esprit : dans un village tu avais besoin d’un bout de terre pour cultiver, celui-là était libre tu t’y installais mais il appartenait à la communauté, à un moment on a voulu s’approprier les choses. Qu’est-ce qui se passe en Afrique ? On pille. On en revient à la loi du plus fort dès qu’il y a appropriation. On s’est approprié quelque chose de la nature et on n’en avait pas le droit. 

    Pascale : On n’en avait pas le droit par rapport à la nature mais aussi par rapport aux autres hommes. 

    Gino : Cette attitude n’est-elle pas là parce qu’on a commencé à accumuler les connaissances qui ont fait tomber l’aspect magique des choses, l’aspect relationnel ? Ça serait un effet pervers induit car les murs tomberaient peu à peu au fur et à mesure que la connaissance s’accumule. Après l’écriture et la naissance du livre les connaissances continuèrent à s’accumuler. C’est peut-être dans notre nature d’accumuler les connaissances et de faire tomber tout ce qui est magique dans le sens d’un peu mystérieux, religieux. 

    Madeleine : La nature avec les petits oiseaux c’est un peu une vision idyllique. Dans la nature elle-même il y a des mésententes, les plantes, les arbres eux aussi ne s’entendent pas toujours entre eux et cherchent à s’approprier du terrain, il y a aussi là une histoire de rapport de forces. Regardez dans un jardin, on doit faire attention aux voisinages des plantes entre elles. 

    Mireille : Pour te suivre, quand j’ai abordé notre sujet, j’ai pensé à la violence qu’il y a actuellement dans nos sociétés. La Nature aussi peut être très violente et pas forcément en réponse à la bêtise humaine et pense au déchainement des éléments. Chez les animaux aussi on trouve cette violence qui n’est pas qu’un moyen de défense, il y a des comportements qui nous paraissent monstrueux. Par exemple, chez la punaise des bois, le mâle féconde la femelle en lui perforant l'abdomen, les larves qui éclosent se nourrissent du cadavre de leur mère. Les mœurs de la mante religieuse sont connues ! On trouve toutes les perversions possibles dans le monde animal. La beauté et la générosité de la nature, c’est la vision idyllique, romantique que nous en avons. Mais il y a aussi les épidémies, les cataclysmes etc. il y a dans la nature beaucoup de violence. On dit « Se méfier de l’eau qui dors », j’aime bien aller face à l’Océan, au « Petit Poucet » où on le surplombe ; combien de fois je l’ai vu mer d’huile, sans vague, juste un clapotis ; et combien de fois sous ce calme apparent j’ai ressenti la force de cette masse d’eau prête à bondir et emporter tout sur son passage. Je voulais aussi faire remarquer qu’on confond souvent nature et campagne. Le Larousse définit la campagne ainsi

    « Étendue de pays plat et découvert (par opposition à bois, montagne, etc.) ou assez plat et à l'intérieur des terres (par opposition à montagne, bord de mer, ville) : Passer ses vacances à la campagne. Les champs, par opposition à la ville ; les terres cultivées ; les gens qui y habitent : Les travaux de la campagne. ». La campagne est la nature recadrée par l’homme. Si on reprend la définition de la nature du Larousse citée en introduction, la nature est «  L’ensemble de ce qui, dans le monde physique, n'apparaît pas comme (trop) transformé par l'homme ». La vraie nature, on dit « la nature sauvage » disparait de plus en plus, elle est pratiquement inexistante dans notre pays. Donc, la nature comme modèle… ?

    Pierre F. : Comme modèle, qu’entends-t-on par-là ? Est-ce un modèle sur la manière de s’y prendre pour arriver aux mêmes finalités qu’elle ? S’inspirer de ses lois de fonctionnement pour ériger nos lois ? Quand vous dites servir de modèle, est-ce pour le résultat final de l’action de l’homme que l’on souhaite à l’image de la nature, c’est-à-dire l’harmonie, l’équilibre, ou la manière de s’y prendre pour agir ? Le modèle c’est quoi ?

    Mireille : Pour moi, prendre pour modèle ce n’est pas faire un copier-coller, c’est s’inspirer. Comme je vous l’ai dit dans mon introduction, nous devrions voir dans quel domaine la nature a été et peut être source d’inspiration pour nous. Si prends un domaine que je connais bien : l’art ; Les artistes prennent souvent la nature comme modèle, fruits, coquillages, fleurs, animaux, paysages … Nous en avons parlé la dernière fois, l'artiste ne copie pas, son regard transfigure ce qu'il voit. Il ne peint pas les choses mais sa vision des choses. Le modèle n'est pour lui qu'un support pour exprimer ce qu’il perçoit. En technique, l’observation de la nature a amené l’homme à de grandes découvertes, c’est  ce qu’on appelle le biomimétisme. La chauve-souris lui a inspiré le radar, le cœur de la baleine, le stimulateur cardiaque et le moustique, les vaccins indolores. D’autres exemples, pour le Concorde, on a effectué des centaines d'études aérodynamiques sur  les vols d'oiseaux, avant de trouver la courbe idéale. Pour la fabrication des sous-marins, on a étudié  la structure, à sept strates, de la peau des dauphins ; leurs mouvements sous l'eau ne produit pas de turbulences à la surface, ils ne sont pas repérables par les avions ; l’étude de  leur sonar très exceptionnel, qui permet l'envoi de messages sur de très longues distances et  résistant à tous les brouillages. Alors, est-on allés trop loin dans l’adaptation de ce qu’on observait dans la nature ? Dans tous les domaines la nature peut être source d’inspiration, sauf dans celui de l’éthique, de la morale. Les lois morales ont une origine humaine basées sur la notion de bien et de mal. La nature ne juge pas, elle est neutre.

    Nathalie : J’aime beaucoup cette phrase de Barjavel : « Celui qui copie la nature est impuissant, celui qui l'interprète est ridicule, celui qui l'ignore n'est rien du tout. »

    Pierre F. : Cette question « la nature peut-elle servir de modèle ? », on se la pose aujourd’hui parce qu’on est dans une impasse. C’est une question par défaut. On ne sait plus quoi faire alors on se dit « La nature dans mes bras ». On parle de la violence des arbres entre eux, des animaux entre eux, des végétaux entre eux. Oui, c’est la lutte permanente d’adaptation, mais nous ne les avons pas forcément plantés au bon endroit, on est d’une grand ignorance à propos de la nature. On parle d’écologie, cette nouvelle science quel âge a-t-elle ? Quelques dizaines d’année pas plus. C’est une question d’ignorance.

    Pascale : Il ne me semble pas que nous soyons ignorants de tout sur la nature, on en a appris beaucoup, même de nos erreurs. Là où l’on est ignorants c’est sur ce qu’il va falloir faire. C’est-à-dire comment vite adapter nos comportements pour que les choses aillent mieux. C’est plutôt là-dessus que je verrais la grande ignorance. Quel type de société, quel paradigme inventer, quel nouveau système pour se sortir de ça ? C’est là que le bât blesse. Beaucoup de gens se réunissent, constatent les dégâts et tirent la sonnette d’alarme. Mais l’ignorance elle est dans nos propres comportements. Que devons-nous changer, comment faire ? On ne peut pas retourner complètement en arrière.

    Nathalie : Il me semble que l’ignorance c’est qu’aujourd’hui on n’a pas vraiment compris qu’on était mortels et que face à l’univers on n’est rien du tout. Même si l’homme disparait la nature sera toujours là. L’univers s’en fout de l’homme.

    Madeleine : Je pense que si on a conscience des choses on a fait la moitié du chemin. Je pense que ce qui manque beaucoup c’est la conscientisation du rapport entre ce qu’on fait et le résultat. Individuellement et chacun à son niveau nous pouvons changer nos habitudes comme ne pas se déplacer en voiture quand on peut aller à pied, faire attention à diminuer nos déchets etc.

    Nadine : Pour reprendre ce que vous dites ; aujourd’hui on se rend compte qu’il faut protéger la nature, il aurait mieux valu le comprendre un peu plus tôt. Alors bien sûr, il y a de grands débats, tout le monde est d’accord sauf les financiers, ceux qui n’y croient pas. Ceux-là ne sont pas du tout d’accord et ils ont beaucoup plus de puissance que nous.

    Pascale : Juste pour rebondir là-dessus. En fait ce que vous dites : que les mentalités changent, que chacun peut agir à son niveau, ça c’est certain. Mais, au niveau des nations on raisonne encore comme avant. Il faudrait que les nations organisent un programme commun pour sauver la planète et s’y tienne. 

    Madeleine : Moi je pense qu’il faut raisonner local. C’est dans la vie de tous les jours qu’on peut agir.

    Pascale : Mais nous n’avons pas beaucoup d’impact.

    Madeleine : Seul c’est vrai, mais multiplier par X on peut avoir de l’impact. C’est le projet Colibris de Pierre Rabbi

    Nathalie : Ce qui est extraordinaire dans ce que vous dites, on est bien d’accord que nous sommes en train de tout dérégler et que l’on va vers notre perte, mais que de toutes façons ce qui restera c’est la nature, la nature aura le dessus.

    Arnaud : Je viens d’arriver et je ne comprends pas très bien. On parle bien de prendre exemple sur la nature ? On dit que chaque chose a sa nature, que chaque être humain a sa propre nature, c’est assez utopique de vouloir prendre exemple sur la nature ? Nature de quoi, de qui ?

    Nathalie : Tu n’étais pas là, mais on est parti de l’introduction que je te ferai lire. Il y a tout un tas de sens différents au mot « Nature »

    Pierre F. : Je sais qu’il ne faudrait pas trop s’engager sur ce chemin là, mais hier sur France2 on parlait des ports, le port du Havre malheureusement est bloqué par les grévistes etc. Les commentateurs disaient « c’est un drame, un port qui était à égalité avec celui d’Anvers il y a quelques années a été rétrogradé etc. » Quand vous voyez ces immenses porte-conteneurs, des immeubles entiers, vous vous dites « c’est ça le drame ? » Et c’est le discours dominant « ayons plus de conteneurs que le port d’Anvers. » Alors on peut se poser des questions sur l’avenir de l’homme… C’est un aparté parce que c’est tellement énorme.

    Pierre M : Je voudrais revenir sur un argument qui a été développé il y a un petit moment sur l’analyse de l’économie sur notre monde. Je crois qu’il ne faut pas oublier que l’on est dans un système dont on ne peut pas se dépêtrer. Le gros problème actuellement c’est qu’on juge un pays à son PIB. Il faut voir que le PIB c’est non seulement l’intégration de ce qui se passe en Charente Maritime,  mais aussi en France, en Europe en connexion avec le reste du monde. Donc, tout ce qu’on peut grappiller pour améliorer notre PIB et bon à prendre. On ne peut pas en sortir sans une révolution de fond. C’est vrai qu’on peut avoir des actions vertueuses à titre personnel qui vont dans le bon sens. Je rigole quand même en lisant « n’oubliez pas le tri sélectif » quand j’achète un bout de fromage, alors qu’il est emballé dans un bout de plastique. Ça fait bien, c’est au goût du jour. Je peux très bien prendre un vélo au lieu de ma voiture, sauf que ce n’est pas grand-chose par rapport au flux d’énergie nocif comme par exemple celui des avions, et de toutes les énergies qui sont dépensées pour répondre aux lois du système. Il y a effectivement ce formatage de tous les esprits que c’est le PIB, produit intérieur brut, qui compte. La finalité c’est quand même que les habitants soient heureux, le bonheur des administrés. C’est tellement fondamental, tellement ancré à tous les niveaux de la société. Pourtant il y a 30/40 ans, à l’époque des baba cool, on a essayé de remettre en cause ce besoin de croissance. On est tellement englués dans un tel système, dans de telles notions, qui font partie viscérale de notre fonctionnement qu’il est difficile de prendre des décisions de base pour réduire notre impact sur la nature.

    Mireille : Je reviens à la nature pouvant nous servir de modèle. Il fut un temps où lorsque les forêts devenaient trop vastes, trop denses le feu s’y mettait naturellement pour les nettoyer. Je pense que ça va être pareil pour nous, il ne faut pas se faire d’illusion, la population ne peut pas s’accroitre indéfiniment. Je pense à la légende de l’Arche de Noé, est-ce que ce n’était pas ça ? Les grandes catastrophes, éruptions volcaniques, tremblements de terre etc., n’ont-ils pas pour but un grand nettoyage de notre terre ? On arrive à un moment de l’évolution où tout va à nouveau péter, nous ne le verrons peut être pas, mais il va y avoir certainement de grands bouleversements qui vont aider la nature, l’humain inclus, à retrouver un certain équilibre. L’homme a précipité les choses mais je pense que c’est un phénomène plus global qui le dépasse. Si on considère le sens premier du mot nature « Le monde physique, l'univers, l'ensemble des choses et des êtres, la réalité », la Nature a déjà connu des périodes de grands bouleversements. Je ne pense pas que l’homme disparaitra, il réintègrera sans doute le reste de la Nature dont il n’aurait sans doute jamais dû se couper.

    Nathalie : On parlait d’instinct chez l’animal, de pulsions chez l’homme, nous sommes donc passés de l’instinct à la pulsion, de la pulsion on est passé au besoin, on s’est laissé berner pour passer à des envies, peut-être qu’a un moment il nous faudra retrouver l’instinct, et c’est la nature qui peut nous montrer le chemin. On nous parle sans cesse du PIB, on en oublie l’humain, on ne se préoccupe plus de son voisin, on fait n’importe quoi, on est devenu complètement individualiste, même au sein d’un pays c’est catastrophique. La planète est en train de brûler. Tous les peuples sont en train de se révolter contre ces systèmes.

    Nadine : C’est vrai qu’aujourd’hui l’être humain n’a de valeur que par ce qu’il rapporte et ce qu’il consomme, il n’existe plus.

    Mireille : C’est très pessimiste tout ce que vous dites. Vous ne parlez que de ce que les média colportent et de la vie professionnelle. Il y a d’autres choses qui existent et d’autres rapports humains, dans notre vie privée avec notre entourage.

    Madeleine : C’est vrai qu’il y a un certain côté pessimiste, mais ayons du recul, du raisonnement, sachons analyser. On n’est pas obligé de suivre tout ce qu’on entend.

    Pierre F. : Le constat est fait, nous sommes des esclaves. On croit penser, on croit réfléchir, mais de toute façon nous sommes des êtres dominés et la solution c’est le capitalisme qui va la trouver car ça rapportera de l’argent de dépolluer. Il y a 40 ans je faisais un stage au CEMEA et un intervenant avait pris une image un peu caricaturale « deux patrons de grande entreprise échangent, l’un dit « je pollue », le second répond « je dépollue et on partage » tout est dit. Pour revenir au rapport avec la nature, voilà comment, moi, j’appréhende mon rapport à la nature. Le fait marquant de nos existences par rapport à la nature c’est de planter des arbres, j’ai planté de nombreux arbres et lorsque nous avons récemment acquis une terre, je n’ai pas voulu la vendre afin de la préserver. On en revient à la notion d’harmonie, de sérénité, il y a quelque chose dans le rapport de l’homme avec la nature qui est de cet ordre-là. Chez nous, on a presque les pieds dans l’herbe, on accueille des groupes et les personnes nous disent « on s’y sent bien ». J’en reviens à ce que tu disais Madeleine, nous devons chacun  d’entre nous, personnellement, revenir à un rapport plus sain avec la nature. Je ne vois pas d’autre solution bien que ce soit un peu « le pot de terre contre le pot de fer ». Mais, c’est pour moi mon honneur d’essayer de tenter d’avoir un rapport harmonieux à la nature, aux animaux. Dans la nature, il y a une sorte de paix, de sérénité qui vient à nous, on peut individuellement établir avec elle un rapport qui nous comble.

    Philippe T. : Je pense que la sérénité dans la nature est un fait local qui nous est propre en Europe ; Ceux qui vivent en Australie avec les forêts qui brûlent, où ceux qui en Amérique du sud subissent les inondations, la sérénité de la nature ils la voient beaucoup moins que nous. Je pense que la nature va quelque part reprendre son équilibre de cette façon. Dans les 10/20 ans qui viennent, avec 300 millions de réfugiés climatiques on va arriver à s’autodétruire et à s’entre-tuer, la répétition des inondations, les tremblements de terre etc. qui détruisent tout, peut-être la nature est-elle plus forte qu’on ne le croit.

    Nathalie : « la nature peut-elle servir de modèle ? » On a vu qu’elle pouvait être beauté, violence, éveiller la peur, inspirer le respect, et que face à elle on devrait retrouver un petit peu un sentiment d’humilité, et que la seule finalité de notre quête sur terre, au niveau individuel, est l’ambition d’être heureux. Si on regarde la nature on peut y parvenir. Mais en l’oubliant, en rentrant dans la civilisation, avec le savoir, la mécanique etc. on s’est coupé d’elle. Je relisais des écrits sur les anciennes civilisations, quand un indien avec sa flèche tuait un animal il allait près de lui pour le regarder dans les yeux parce qu’il voulait que l’animal, avant de mourir, voit un visage reconnaissant pour la nourriture qu’il lui offrait.

    Mireille : Anne m’a envoyé cette réflexion : Qu’est-ce que la nature ? Quand nous abordons le concept «nature », il faut savoir que nous nous situons alors selon une vision occidentale du monde qui oppose la nature aux hommes et aux œuvres humaines, autrement dit la nature à la culture. Dans d’autres sociétés, celles des peuples premiers, ce concept n’existe pas car plantes et animaux sont inclus dans la sphère globale dont eux-mêmes font partie. Philippe Descola le souligne : « Le concept de nature est une invention de l’Occident. » 

    Fermeture des échanges (par Mireille)

    La question « La nature peut-elle servir de modèle ? » me laisse encore avec de nombreuses
    interrogations. On peut argumenter le oui, démontrer le non, ou encore se réfugier dans le peut-être. A question ambigüe, réponse ambigüe. Je fermerai donc notre échange par des citations qui résument joliment des pensées que nous avons émises.

    L’homme se veut maitre de la nature

    Pascal : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui ; l'univers n'en sait rien. »

     Pierre Rabbi : « Nous sommes passés d’une humanité primitive qui considérait qu’elle appartenait à la vie, à une humanité dite «évoluée» qui considère que la vie lui appartient. Nous nous sommes érigés comme les propriétaires de la création. C’est la raison pour laquelle nous n’avons plus aucun respect pour rien. » 

    L’homme s’inspire de la nature 

    Schopenhauer : « L'homme est un être issu de la nature et il semble difficile d'affirmer que l'évolution de l'homme et des techniques par exemple est due à la simple intelligence humaine. On admet de façon générale que l'homme a découvert le feu par la foudre et qu'il a ensuite essayé de reproduire ce qu'il avait vu. »

    La nature est-elle bonne ou mauvaise ? 

    Gérard Gouesbet : « Oui ! La magnificence des soleils qui se lèvent, gaillards, ou qui se couchent, reposés. Mais la furie des tempêtes qui abattent les arbres, coulent les vaisseaux, et décornent les cocus ! Oui ! Les beautés juvéniles, « le vert paradis des amours enfantines, l’innocent paradis plein de plaisirs furtifs ». Mais les laideurs grabataires ! Oui ! Le regard lumineux de l’enfant, un des rares souvenirs qui nous restent du Paradis perdu, ainsi que l’a si bien dit, me semble-t-il, Dante. Mais celui, sombre et délavé, et déjà égaré, absent, lointain, d’outre-tombe et d’outre-infini, de l’agonisant! »

    La nature est ce qu'elle est, comme le dit Spinoza, tout à fait neutre. La nature n'est ni bonne ni mauvaise en soi (Ethique, I, Appendice). En fait la nature n'est pas le modèle que l'homme devrait imiter pour se créer mais la matière dans laquelle il se façonne, comme un objet d'art. (Aide en philo.com)

    Poésie  (proposées par Anne)

    De Jean-Pierre Luminet, astrophysicien et poète

    Nous tissons les objets réels à partir du fil de l’étoffe dont sont faits les rêves mathématiques

    L’univers est câblé d’arithmétique

    Tracez un cercle pi surgit

    Entrez dans un nouveau système solaire les formules de Kepler vous attendent tapies sous la cape de velours noir de l’espace-temps

    Les étais et autres expédient sont dérisoires

     

    Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous.  Vous pouvez être avertis des commentaires faits en vous inscrivant à la Newsletter (en bas de la page à gauche). Merci pour votre participation

    Le samedi 1 février la compagnie Ilot-Théâtre a présenté au Gua la pièce « Les deux aveugles », conte théâtral d’après « La source des saints » de Johns Millington Synge,). Cette fable drôle et émouvante ouvre aux questions du regard que nous portons sur nous-mêmes, le monde et les autres. Le comédien Pierre Dumousseau nous propose de venir à notre rencontre du 23 février pour échanger sur la question «  Peut-on regarder ‘’autrement’’ »  (à 17h à L’Océane)

    Le dimanche 29 mars : La question choisie à mains levées, est « Le langage trahit-il la pensée ? » 

    Le thème choisi pour le 26 avril est  « La perception ». Préparez vos questions.

    Mireille PL 

     

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 18 Février à 12:52

    Je ne sais de quelle nature il est ici question. On peut donner tant de sens à ce mot. Et servir de modèle pour quoi faire, il y a tant de possibilités.

    En tout cas, je ne lui imagine nulle intention, nulle finalité, je n’en fais nulle divinité. Depuis que l’homo est sapiens (au moins), il agit sur elle. De plus en plus, jusqu’à ce jour où, apprenti sorcier dépassé par ses œuvres, il ne sait plus quoi faire. La nature s’en remettra de quelque façon, à sa manière. Elle est un équilibre dynamique, sans cesse en transformation.  Et l’homme ? Survivra-t-il ? Et qui ? Les happy few les plus fortunés qui trouveront comment sauver leur peau ? Le petit nombre d’hommes vivant isolés et quasiment oubliés – pas encore exterminés, et sachant comment vivre de rien ? Je crains qu’il n’y ait beaucoup de dégâts…

    Dame Nature s’en remettra : un modèle pour l’homme : s’en remettra-t-il ?

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