• Faut-il opposer tradition et liberté ?

       5 à 7 Philo du dimanche 29 septembre 2019 : 13 participants

    Faut-il opposer tradition et liberté ?

    Introduction (par Mireille)

    Analyse de la question 

    «  Faut-il opposer… »

    Placer deux choses face à face, mettre vis-à-vis. (Deux portes)

    Mettre en contraste. (Deux couleurs).

    Mettre en balance deux choses, deux personnes différentes.

    Mettre en parallèle de manière à faire valoir les différences ou ressemblances

    Mettre en concurrence.

    Présenter comme totalement différent.

    « … la tradition… »

    (Dictionnaire de la langue française). Le mot « tradition » (en latin traditio, « acte de transmettre ») vient du verbe tradere, « faire passer à un autre, livrer, remettre ». Littré en a distingué quatre sens principaux : « Action par laquelle on livre quelque chose à quelqu'un » ; « transmission de faits historiques, de doctrines religieuses, de légendes, d'âge en âge par voie orale et sans preuve authentique et écrite » ; « tout ce que l'on sait ou pratique par tradition, c'est-à-dire par une transmission de génération en génération à l'aide de la parole ou de l'exemple »

    Dans le langage courant, le mot tradition est parfois employé pour désigner un usage, voire une habitude, une coutume consacrée par une pratique prolongée au sein d'un groupe social même restreint (par exemple une tradition familiale).

    La tradition fait partie de la culture d’un groupe social.

    Les deux termes culture et tradition sont des concepts interdépendants propres à différents groupes sociaux. Cependant, ces deux mots ne peuvent pas être utilisés comme synonymes. Edward Tylor, le fondateur de l'anthropologie culturelle, définit la culture comme «un ensemble complexe qui comprend le savoir, les croyances, l'art, la morale, le droit, les coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquises par l'homme en tant que membre de la société».

    La principale différence entre la culture et la tradition est que la culture est constituée des idées, des coutumes et du comportement social d'un groupe social particulier. Tandis que La tradition est la transmission des coutumes et des croyances d'une génération à l'autre.

    « … et la liberté »

    Dictionnaire philosophique  d’André Lalande :

    Liberté : (Général) « État de l’être qui ne subit pas de contrainte, qui agit conformément à sa volonté, sa nature » Pouvoir d’agir sans contraintes étrangères ou extérieures.

    (Métaphysique) Pouvoir propre à l’homme d’être cause première de ses actes et de choisir entre bien et mal.

    Pouvoir d’être cause première d’un acte, d’initier une chaîne causale.

    Ouverture de l'échange

    La tradition est comme sacrée par un grand nombre de communautés, religieuses ou non. Lorsque nous suivons la tradition, nous sommes comme sur un chemin déjà tout tracé, chaque acte de la vie y étant fixé. Mais quelle liberté nous reste-t-il alors ? Qu’est ce qui oppose tradition et liberté ? Peut-on, à l’inverse, tenter de comprendre les deux termes de façon commune ? Les traditions sont elles une entrave à notre liberté, ou au contraire est ce que le fait d'être libre ne nous permet il pas de conserver ces traditions?

    Résumé des échanges (par Mireille)

    Pierre M. : Dans le préambule vous avez détaillé plusieurs facettes attachées à tradition, il y a un autre terme qui me parait très évocateur c’est le mot « usage ». L’usage est lié à une action. Une action est plus facilement opposée à la liberté. « Il est d’usage que… », cette expression sous entends une contrainte.

    Mireille : J’ai cherché les nuances qu’il y a entre tradition, coutume et rite :

    La tradition, pour l’historien Michel Meslin, est un « ensemble d’attitudes et de conduites qui se réfèrent à un passé pour guider une action présente, grâce à la prise de conscience d’un principe d’identité reliant les générations ».

    La coutume, façon d’agir établie par l’usage, est une notion proche de la tradition, mais elle est surtout utilisée par les juristes, pour qui elle est définie comme « un usage juridique oral, consacré par le temps et accepté par la population d’un territoire déterminé.

    La coutume est une pratique exercée naturellement parmi un groupe d'individus et qui par imitation et habitude s'est forgée en tradition en se transmettant de génération en génération sans que le pouvoir établi ne discute de la légitimité de cette coutume.

    La notion de rite est étroitement liée aux deux dernières, le rite étant un ensemble d’usages définis par la tradition et la coutume (et non par la loi). Les rites se caractérisent par des actes répétitifs, codifiés et souvent chargés de symboles.

    Le sociologue Émile Durkheim fait observer que le rituel profane suit des règles analogues à celles du rituel religieux (le défilé qui rappelle la procession, le discours qui rappelle le sermon, le mariage civil qui rappelle le mariage religieux, etc.) et qu’il a finalement la même fonction de célébration de sentiments collectifs ou d’intégration des individus dans la vie sociale.

    Monica : J’ai l’impression que la tradition, dans le sens sociétal, s’oppose complètement à la liberté. Par exemple la tradition, en cours dans beaucoup de pays, qui veut que les femmes soient excisées pour pouvoir se marier. Cette tradition est une entrave totale à la liberté de la femme, et il y en a d’autres qui touchent surtout la liberté des femmes. Il y a peut être des exceptions mais dans l’ensemble les traditions m’apparaissent comme des obstacles à la liberté de chacun. Si vous me faites voir que certaines traditions sont bonnes à suivre, je peux être moins catégorique.

    Pascale : Tant qu’on peut sortir librement d’une coutume, il n’y a pas d’opposition entre liberté et tradition. Sinon on n’est plus dans la tradition mais dans le traditionalisme comme on peut le constater avec tout ce qui se passe aujourd’hui. C’est un genre de prise de pouvoir par une partie de la population qui impose à l’autre des usages qui les asservissent totalement. Tant qu’on peut résister à une tradition, qu’on a le choix de la suivre ou de s’en détourner ; il n’y a pas d’opposition avec la liberté.

    Pierre M : Les traditions ne visent pas que le monde féminin. Dans les pays d’Afrique à fortes traditions, il apparait que tous les évènements de la vie sont « normalisés ». Moins un pays est civilisé, plus les traditions sont fortes et doivent être respectées à la lettre. La vie complète est totalement figée dans une façon commune de se comporter, et cela concerne autant les hommes que les femmes.

    Mireille : Ce que tu viens de décrire me semble être plus des coutumes, des usages que des traditions. Pour moi, la tradition est plus du domaine de l’esprit qui relie les générations dans le temps que de l’action qui le concrétise dans le présent. Je pense, par exemples aux fêtes qui rythment l’année. Par exemple Noël, le 25 décembre, avant l'apparition du christianisme, l'époque du solstice d'hiver était déjà une période charnière de l'année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité et la maternité. Elle donnait donc lieu à de nombreuses manifestations. Ces traditions antiques ont de nombreux points de similitude avec la fête chrétienne. Cette fête s'est fortement sécularisée aujourd’hui, mais  Noël, fête des enfants, elle garde cet esprit solaire du merveilleux de la naissance. On est plus dans le spirituel (sans connotation religieuse) alors ce dont tu nous parles, Pierre, sont des coutumes, ce sont des règles faites par l’homme et qui peuvent changer.

    Pierre M. : Qu’on peut changer ? Actuellement dans certains pays africains ce n’est pas possible.

    Nathalie : Bizarrement, dans tout ce qu’on a lu, il y a vraiment, deux continents qui se penchent sur  ce problème du frein que sont les traditions aux libertés, c’est l’Afrique et l’Amérique latine. En Europe nous avons vécu la modernisation, eux ont vécu la colonisation en restant spectateurs de cette modernité, ils en bénéficient aujourd’hui mais pour eux ça a été beaucoup moins rapide que pour nous. Aujourd’hui ces peuples commencent à se poser la question de leur propre identité. La tradition c’est « être ». Victor Hugo disait «A mesure que l'homme avance dans la vie, il arrive à une sorte de possession invétérée des idées et des objets, qui n'est autre chose qu'une profonde habitude de vivre. Il devient à lui-même sa propre tradition ». Par contre un grand sage africain disait : « En Afrique, quand un vieillard  meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Dans ces pays, qu’on disait autrefois « sous développés », les traditions sont toujours transmises oralement, elles ont le respect de la nature, de l’environnement et un regard tourné vers l’extérieur, choses que nous avons perdues avec la modernisation. Ils sont aujourd’hui les premiers à s’interroger sur le rôle que jouent les traditions. La tradition n’est vraiment pas figée elle évolue, on est aujourd’hui en train de faire les traditions de demain. Les traditions évoluent dans le temps, elles se perpétuent dans le temps, alors que les coutumes sont figées et disparaissent. Je prends l’exemple du baptême, il y a encore 50 ans pratiquement tout le monde était baptisé, aujourd’hui c’est une minorité.

    Pascale : Tu veux donc dire que ces pays sont en train de remettre en cause certaines traditions ?

    Nathalie : Non, pas vraiment, c’est plutôt faire le tri entre traditions et coutumes ? Quand Monica parle de l’excision il s’agit là d’une coutume.

    Mireille : Pascale, pour en savoir plus sur ce qui ce passe dans les pays dont on parle, tu tapes sur internet «tradition et modernité» et là tu trouveras une pléthore d’articles sérieux sur le sujet. Ce qui est intéressant c’est, qu’en Afrique, ils font ce travail sans se calquer sur l’Europe, sans vouloir devenir occidentaux, ils cherchent leur propre chemin entre leurs traditions et la modernité. Mais si on regarde chez nous la question de la libération de la femme, on voit le temps que ça prend pour changer les mentalités, c’est très lent.

    Nathalie : Les traditions sont vraiment un patrimoine culturel qui crée le lien dans une société et que nous avons perdu avec cette hyper industrialisation qui s’accélère depuis un siècle. On a remplacé le verbe « être » par le verbe « paraitre ». On sent dans tous ces pays là une résistance et une volonté de retrouver « l’être ».

    Monica : Vous parlez de traditions, de coutumes et d’usages, Vous avez bien montré la différence entre ces termes, mais il faut mettre à côté » la notion de liberté et quelle est leurs compatibilité.

    Pierre M. : Monica a raison, toutes ces notions doivent être en rapport avec la liberté. Dans nos civilisations, prétendues évoluées, il semble que la liberté est quasi-totale : chacun fait ce qu’il a envie de faire, par exemple boire du vin blanc avec le fromage ; on a perdu le lien avec les usages passés, les traditions se perdent parce que chacun se sent libre de faire comme il l’entend.

    Pascale : Peut être est-ce parce que dans la notion de tradition, qui est une transmission, il y a la notion de groupe, d’appartenance, d’unité, or dans nos sociétés nous sommes devenus terriblement individualistes.

    Michel : Je reviens sur la coutume du baptême, à l’époque où l’Eglise était très influente beaucoup d’enfants mouraient en bas âge et c’était pour eux une assurance de vie qui leur permettait d’aller au ciel et non pas dans les limbes. Il peut y avoir dans certaines traditions de la superstition.

    Mireille : La perte des traditions est un fait, de nombreuses traditions locales se perdent. C’est pourquoi, depuis 2001, afin de «sauver les traditions en voie de disparition », l’Unesco a créé une section, celle du « Patrimoine immatériel de l’humanité » Pour sa responsable Cécile Duvelle, l’enjeu est de taille : « C’est un patrimoine qui est très invisible, parce qu’il est tellement évident pour nous qu’on l’oublie. On se rend compte qu’il est très important quand il a disparu. Avec les générations du 20e siècle qui s’éteignent, il va y avoir une réelle perte de savoirs culturels dans le monde entier. » C’est en lisant cet article, que je vous ai résumé, que j’ai compris la différence entre tradition, coutume et usage. La coutume se situe dans la matière, on la vit dans notre corps, alors que la tradition est du domaine de l’esprit.

    Pierre M. : Peux-tu nous donner un exemple pour illustrer ton propos.

    Mireille : Par exemple les quatre fêtes cardinales qui marquent le cycle du soleil et de la nature, on les retrouve dans toutes les anciennes civilisations, dans toutes les Traditions, qu’elles soient religieuses ou païennes. Elles sont porteuses de messages de Sagesse que l’homme se transmet de génération en génération. Ces fêtes nous rappellent le lien entre l’Homme, le Ciel et la Terre. Avec le matérialisme, ces fêtes ont perdu cette communion avec la vie de la Terre. Elles sont devenues artificielles et consommatrices. L’esprit qui sous-tendait ces fêtes s’estompe, il n’en reste que la coutume qui les incarnait, l’usage, l’habitude.

    Pascale : Si j’ai bien compris la tradition est un message qui exprime un esprit auquel plusieurs personnes  adhèrent, par exemple une famille, et qui se traduit concrètement par des rites, des actes.

    Annie : Je vis la moitié du temps en Andalousie, c’est une région où les traditions sont restées très fortes. Les gens y sont très imprégnés par les traditions religieuses, à certains moments on a l’impression d’être revenus 50 ans en arrière. Par exemple, on voit jeunes et vieux, avec une grande ferveur, dans les processions porter des charges de 2 tonnes, c’est très fort et émouvant. Ce n’est pas prêt de s’éteindre, c’est impressionnant le nombre de jeunes qui sont là alors que c’est une jeunesse qui d’un autre côté est très exubérante dans la vie. Il y a ces deux mondes qui se juxtaposent, ce monde de traditions et la modernité.

    Vous parliez des rites de passage, on les retrouve partout, par exemple le bizutage dans les grandes écoles. Ce sont des coutumes qui marquent une appartenance à une collectivité, on en a besoin. Pour moi, il n’y a pas opposition entre tradition et coutume, ce sont des champs différents.

    Pierre F. : Je vois dans la tradition l’émergence d’un art de vivre, il y a effectivement quelque chose de tout à fait culturel. C’est un art de vivre, avec ses coutumes et usages, qui est opérant à un moment donné. Or, la question de la transmission oppose deux mondes : le conservatisme et le mouvement, la nouveauté. Ce que disait Victor Hugo c’est ça, tu es dans le mouvement et à un moment tu va t’arquer et te maintenir sur ce que tu as appris par toi-même. Cet art de vivre, se sont des règles, des manières d’être qui sont définies par l’expérience et qui seraient plutôt bénéfiques pour les personnes et pour les groupes qui les constituent. Je ne sais pas où placer le mot liberté, peut être dans le choix entre conservatisme et mouvement. Se pose la question de qui définit cet art de vivre ? Est-il établit en relation avec la liberté de chacun ou au contraire est-il imposé au nom de quelque chose qui serait supérieur, idyllique, et qui nous promettrait d’aller au paradis etc. ?

    Mireille : Ça me fait penser à une phrase de Chateaubriand qui dit : « La tradition, c’est une innovation qui a réussi. »

    Pascale : A l’ origine d’une tradition il y a un élément fondateur et une adhésion d’un groupe qui trouve que c’est un bien et donc, ils vont le transmettre jusqu’au moment où ça ré-évolue à nouveau. Notre liberté est d’y adhérer ou non.

    Françoise : Je vois plutôt les traditions qui empêchent la liberté, qui enferment. Je pense par exemple à la règle qu’il y avait autrefois : quand une jeune fille sortait avec un garçon elle devait se marier, elle ne devait pas avoir de rapports sexuels, s’était quand même une tradition très aliénante. D’où venait cette tradition qui a duré jusque dans les années 45, voire plus ? Est-ce que c’était politique ? Religieux ? Dû à un manque d’évolution ? Il faut se souvenir  ce qui a été, là il n’y avait aucune liberté.

    Pascale : Je pense que ça venait du fait qu’on ne maitrisait absolument pas les connaissances médicales, régulation des naissances etc. et qu’il y avait très certainement la volonté de conserver un patrimoine. Donc tout devait être cadré à l’intérieur du mariage. Depuis que les connaissances scientifiques progressent, toutes ces traditions se perdent parce qu’elles ne se justifient plus.

    Mireille : Dans les inconvénients de la tradition il y a l’emprise qui peut être très forte et dévier vers le traditionalisme, le sectarisme.

    Monica : Ça change dans notre pays mais il y a des pays où ça ne bouge pas.

    Mireille : Je ne suis pas convaincue que rien ne bouge, on ne vit pas dans ces pays là et on voit ça de chez nous. Une culture qui ne bouge pas meurt, c’est peut être imperceptible à nos yeux d’occidentaux, mais ça bouge.

    Nathalie : Dans certains pays des régimes ont été mis en place pour casser les traditions, je pense à la Chine, au Cambodge. Ma belle fille, qui est chinoise, me disait que les gens aujourd’hui recherchent leurs traditions ancestrales et le gouvernement de Pékin ne peut rien contre cet élan. Les traditions sont vraiment le lien, le ciment d’un groupe. On en a besoin, c’est notre identité. Après, libre à nous de les faire évoluer. Ça évolue dans le temps, aujourd’hui on accepte qu’on puisse fonder une famille  en dehors du mariage. Se prendre au jeu d’une tradition trop ancrée, omniprésente, ça conduit aux dérives, à la perte de liberté. Le traditionalisme conduit au sectarisme ; il est très dangereux pour la liberté.

    Mireille : L’emprise est une déviance de la tradition, une prise de pouvoir quelque fois basée sur des fausses traditions. D’après l’historien Hobsbawm, elles apparaissent souvent en réponses à des crises ou de nouvelles situations. Il s’agit de mettre en place des traditions en faisant croire qu’elles existaient dans le passé. Le but est d’unifier autour d’une pensée commune. C’est le principe des sectes.

    Nathalie : Nous parlions d’Halloween, ce n’est pas une tradition française, elle a été importée et divulguée par le business. Le Père Noel est apparu après guerre porté par Coca-Cola. Ces traditions commerciales se sont ancrées, c’est à nous de les accepter ou non, de les transformer pour nous rapprocher de leur origine.

    Marie : J’ai l’impression que nos traditions sont remplacées par des lois et que nous ne sommes pas si libres que ça.

    Nathalie : En famille, pour retrouver notre liberté et nos traditions, il faudrait peut-être éteindre les écrans et se retrouver autour d’une table pour échanger et transmettre l’esprit de la famille comme nos aïeuls le faisaient près du feu de la cheminée.

    Françoise : Il y a les bonnes et les mauvaises traditions. Il y a celles qui nous font plaisir et apportent de la joie je n’ai rien contre ; et puis il y a les traditions qui enferment et là il y la perte de liberté et il faut les changer. C’est vrai ce que tu disais Mireille, il faut beaucoup de temps. On parlait de l’enfermement des femmes, nous avons eu la chance en France d’avoir eu

    Simone Weil, avec les lois sur la pilule, l’avortement, mais elles étaient très en avance sur les mentalités, comme aujourd’hui celle sur le mariage des homosexuels. Ces lois ont permis d’avancer et de sortir des préjugées. Souvent dans la tradition il y a du préjugé, on rejoint le manque de liberté.

    Mireille : Si on n’applique pas sa liberté de réfléchir sur le bien fondé d’une tradition, de la remettre en question, si on se repose sur la sagesse incontestée du passé, si on s'épargne l'effort de la repenser, de la faire sienne, on a  un appauvrissement de la pensée. Ortega dit ; « Celui qui reçoit une idée tend à s'épargner l'effort de la repenser, de la recréer en lui-même. Il ne mettra donc pas les choses en question, en sorte que les générations héritières d'une culture s'habituent progressivement à ne pas prendre contact avec les problèmes fondamentaux et que l'homme y vit sans coïncider avec lui-même, séparé de lui-même par une culture qui lui est devenue étrangère. »

    A propos de tradition et liberté je vous conseille le livre « Jules Ferry. La liberté et la tradition » de Mona Ozouf  (historienne et philosophe française.)  Elle montre comment Jules Ferry veut faire vivre conjointement la nation comme héritage et la nation comme volonté - la tradition et la liberté. « Sa singularité est d’incarner tout à la fois l’autorité de l’état et l’autonomie de l’individu… Il veut faire vivre conjointement la nation comme héritage et la nation comme volonté… la tradition et la liberté » « La liberté, disait-il, est l’idée contradictoire de l’unité ». La difficulté est là : les mentalités sont-elles prêtes ? Cent vingt ans après la mort de cet ennemi déclaré de l'Empire et républicain convaincu, qu’en est-il aujourd’hui de ses combats ? Beaucoup de français (simples citoyens comme dirigeants élus) d’un côté veulent une république démocratique mais de l’autre agissent en étant férocement attachés au système pyramidal : le président a remplacé le roi. On est toujours tiraillé entre tradition et liberté. C’est plus facile de suivre un chemin tout tracé que de creuser le sien. Ce qui peut opposer la tradition à la liberté c’est la paresse mais aussi la peur du nouveau.

    Pascale : Je me demande si on ne parle pas de quelque chose qui va complètement disparaitre. Tu disais qu’il y avait un retour aux traditions dans certaines contrées, que les gens restent attachés aux coutumes du passé etc... Je pense qu’il y a dans tradition une communauté autour d’une manière d’agir et de penser. Je pense qu’il va y avoir un bouleversement total des liens sociaux au travers des réseaux sociaux, avec l’usage qu’on en fait, et l’impact que ça a déjà et que ça va avoir plus tard. Je suis un petit peu sceptique quand à l’avenir des traditions : ne parle –t- on pas d’une chose qui va disparaitre ? Tout va très vite, c’est celui qui a parlé le premier sur les réseaux sociaux qui prend le pas, qui a raison. Il y a une dynamique qui se crée, parfois de manière très concrète (il faut voir ce qu’on a vécu l’année dernière), mais, tout ça n’est pas maîtrisable. Ça prend le pas sur nos libertés.

    Mireille : Parallèlement à ce que tu dis on observe un besoin de retrouver ses racines à travers les traditions, je pense à la Bretagne ou à l’Occitanie qui reviennent aux principaux éléments qui les caractérisent : leur culture et leur langue. Mais plus individuellement on voit se développer un engouement pour la généalogie.

    Jacques : Il a tradition et tradition et il y les vecteurs de transmission des traditions,tels que : imposer par la violence, rencontres familiales, l’ego des influenceurs, la peur, les spectacles, l’ignorance, la géographie (par exemple la tradition des droits de passage entre voisins), l’écrit, l’oral, les médias, la répétition qui devient sur la durée une habitude (ex : le journal télévisé à 20h), le marketing etc. Il y rupture quand le vecteur disparaît ou quand un nouveau vecteur apparaît (internet, la future 5G). Ces nouveaux vecteurs peuvent être des outils dangereux.

    Annie : On est tous conscients de ça, je ne vois qu’une chose pour le contrecarrer; c’est d’éduquer la jeunesse qui arrive derrière nous, les aider à développer leur esprit critique, leur libre arbitre.

    Jacques : Antoine de Saint-Exupéry a dit : « Il me semble qu'ils confondent but et moyen ceux qui s'effraient par trop de nos progrès techniques. », parce que les écrans sont quand même des outils utiles, tout dépend comment on s’en sert. J’interviens auprès de jeunes à l’université et ils ne tombent pas dans le panneau. Je m’aperçois qu’ils sont plutôt plus vigilants que les générations qui les précèdent. Les jeunes que je vois ont plutôt un regard pertinent sur ce sujet.

    Annie : Vous parlez de jeunes universitaires d’une vingtaine d’années, ce n’est qu’une petite tranche de la jeunesse ? C’est vers les enfants plus jeunes, 8/10 ans qu’est le problème c’est là que l’éducation joue son rôle.

    Mireille : Quel que soit le sujet qu’on traite, on en revient toujours aux problèmes de l’informatique et de l’éducation. Ça me dérange beaucoup parce que dans la vie que j’ai eue ce n’est pas un problème du tout, j’ai des enfants, des petits enfants, j’ai éduqué des enfants en milieu scolaire qui ont maintenant 18/20 ans, je ne crois pas qu’il faille généraliser ce phénomène là. Quand on voit tous ces jeunes qui manifestent pour la Terre, ils ne sont pas tous issus d’un milieu culturel privilégié. Vous ne parlez que d’une partie de la société qui illustre vos peurs. Je la vois aussi, je suis d’accord avec vous, mais il y a aussi plein d’autres choses, beaucoup plus positives. J’ai énormément confiance dans la jeunesse qui va savoir se servir de ces outils que nous mettons à leur portée. Ne rejetez pas cet outil, amusez vous à aller sur des blogs de jeunes c’est très instructifs de la mentalité de la plus part d’entre eux. Leur questionnement est le même que le nôtre mais ils ont une conscience du monde actuel, une lucidité sur le devenir de l’humanité que nous n’avions pas à leur âge. Et même si on peut penser que ce n’est qu’une minorité des jeunes, nous savons très bien que ce sont les minorités qui font bouger les choses. Excusez-moi de sortir un peu de notre sujet.

    Nathalie : Je le vois tout les jours. Je prends comme exemple la carte de paiement sans contact ; combien d’entre vous ne l’utilise pas ? Quand on me demande de payer avec et que je réponds « je suis désolée les sdf n’en ont pas » peu d’adultes comprennent les jeunes si. Quand la monnaie liquide aura disparu, comme c’est déjà le cas dans certains pays du Nord, on ne pourra plus donner une pièce à notre petit fils ou à une main tendue dans la rue, un lien, une communication sera perdue. Je pense que la jeunesse est avide de retrouver ces petites traditions et essaye de puiser auprès des anciens pour retrouver cette unité. Le problème c’est qu’aujourd’hui on ne parle plus d’unité en tant que pays, on parle d’unité mondiale. Nous, nous avons été français puis européens, le message de la jeunesse est « nous sommes humains », ils parlent au nom de l’humanité.

    Mireille : J’ai lu un article du docteur Amal Chabach, première femme sexologue au Maroc. Elle dit : « Les traditions et les coutumes sont pour nous ce que sont les racines pour un arbre … Il faut éduquer nos enfants en leur inculquant ces traditions que nous avons reçues nous-mêmes en héritage. Ceci leur permettra d’avoir un point d’ancrage, qu’ils soient au Maroc ou ailleurs. Toutefois, il faut veiller à inculquer en même temps la tolérance et l’acceptation de l’autre. » Respecter les traditions de l’autre c’est respecter sa liberté.

    Nathalie : Oui, quand on est trop ancré dans nos propres traditions, le souci est de ne plus voir autour de soi et accepter la tradition de l’autre. Pour revenir à ce que je disais, j’ai trouvé une phrase qui l’illustre bien «  Le monde est en danger de progrès, retrouver l’harmonie, réunir ce qu’il y a de moderne dans nos traditions et ce qu’il y a humain dans la modernité ». Je pense que la jeunesse est dans cette voie là.

    Pierre M. : Quand Annie a parlé des traditions religieuses en Andalousie, ça me parle. Je suis allé à Séville et j’ai fait le même constat que vous : on se croirait en France mais d’il y a 50 ans. Ma compagne m’a fait remarqué que dans les vitrines il y a des vêtements pour enfants qu’on ne trouve plus du tout chez nous tellement c’est chic, c’est beau et si c’est en vitrine c’est qu’il y a une demande. Les fêtes, quel qu’elles soient religieuses ou civiles ne se conçoivent qu’en ayant un certain respect pour les autres participants en s’habillant proprement, comme on disait autrefois « en habit du dimanche ». Parallèlement j’ai été dernièrement invité à un baptême où le père de l’enfant, qui baptisait son enfant par convention familiale et non conviction, est venu en short et en claquette, ce manque de respect m’a choqué.

    Pascale : C’est presque de la provocation. Sa liberté aurait été de refuser de se plier aux coutumes familiales s’il ne se sentait pas capable de les assumer librement.

    Monica : J’ai dit que la tradition s’opposait à la liberté, mais on est quand même libre d’accepter ou refuser une tradition. Puisqu’on parle de baptême, je n’ai pas la foi religieuse mais j’ai accepté d’être une marraine, en sachant très bien ce que représentait le rôle d’une marraine. Dans nos pays on a la liberté d’accepter ou pas une tradition.

    [Suit un long débat informel sur la tradition du baptême, le poids de l’Eglise, et nos origines judéo-chrétiennes ; sur la transmission de valeurs de respect, de civilité etc.]

    Mireille : Hannah Arendt dans « La crise de la culture », affirme : « La tradition préservait le passé en transmettant d'une génération à la suivante le témoignage des ancêtres, qui, les premiers, avaient été les témoins et les créateurs de la fondation sacrée et l'avaient ensuite augmentée par leur autorité au fil des siècles ». Je comprends que la tradition est comme un fil d’Ariane, propre à notre famille, notre communauté notre pays. Les coutumes changent, celles du Moyen Age ne sont pas celles d’aujourd’hui, mais les traditions restent elles sont porteuses de valeurs.

    L’anthropologue  François Pouillon disait aussi: « Il ne s'agit pas de plaquer le présent sur le passé mais de trouver dans celui-ci l'esquisse de solutions que nous croyons justes aujourd'hui non parce qu'elles ont été pensées hier mais parce que nous les pensons maintenant ». La tradition ne transmettrait pas l'intégralité du passé ; il s'opérerait à travers elle un filtrage ; la tradition d’aujourd’hui serait le produit de ce tri. Ça rejoint la pensée de Paul Ricœur «Toute tradition vit par la grâce de l’interprétation ». C’est là que je situe la liberté dans le tri et l’interprétation.

    Pierre M. : Vous venez d’utiliser un mot qui me plait : « que nous croyons juste » ; ça évoque, chez moi en écho, la nécessité et les bienfaits du jugement. Le jugement c’est l’intervention personnelle sur un choix. Je voudrais associer ça à la notion de liberté. On a la liberté de se positionner par rapport à un évènement, par rapport à une situation, ce qui serait bien c’est que cette liberté s’exerce avec jugement. (L’exemple que Pierre donne est un peu long et difficile à retranscrire. Pour rappel aux personnes présentes c’est l’histoire sur un chantier africain des élèves ingénieurs et de la règle à calcul dont l’utilisation supposait qu’il y ait du jugement). J’aime bien cette idée de jugement, c'est-à-dire de positionnement pour personnaliser notre avis sur une chose ou une personne. Dans le cas d’usage de cette liberté c’est bien de l’associer à une prise de conscience. Le jugement est très important dans l’usage de la liberté et notamment vis-à-vis de la tradition.

    Jacques : Il y a un effet de contexte. C'est-à-dire toujours rapporter ce qu’on fait dans un contexte, culturel, technologique ou autre. Peut-être que, dans certains cas, les traditions nous aident à nous remettre dans un contexte précis.

    Mireille : Il n’y a pas de liberté sans jugement.

    Pierre M. : Ce n’est pas vrai ! Nathalie nous a déjà fait un long chapitre sur les écrans, sur tout ce qu’on ingurgitait par rapport aux publicités, le marketing etc. Donc aujourd’hui beaucoup de réactions se font par une espèce de réflexe conditionné par rapport à ce qu’on a vu à la télé.

    Mireille : C’est justement ce que je dis : il n’y a pas de liberté sans jugement

    Après un échange informel sur la liberté et les rythmes de vie d’aujourd’hui qui laissent peu de place à la transmission des traditions, Françoise demande « qu’est-ce que vous entendez par tradition, je ne sais pas ce que c’est ? ». Ne pouvant reprendre le débat à zéro nous en restons là.

    Mireille : Avant de conclure je voudrais vous donner un exemple où tradition et modernité sont en harmonie : Bollywood, contraction de Hollywood, est le reflet de la prégnance des traditions en Inde. C’est la transmission des traditions en utilisant la pointe de la technologie. C’est une vraie réussite.

    Fermeture des échanges (par Mireille) 

    La tradition est une entrave en tant qu'elle impose une voie à suivre. Cependant, rien dans la liberté ne nie le fait de choisir comme moyen de parvenir à ses fins un chemin déjà tout tracé. Mais dans le même temps, la tradition ne se présente pas comme un choix, mais comme un devoir, une obligation. On ne suit pas forcement la tradition par choix, mais par devoir, par l'apprentissage que l'on à pu avoir.

    La première liberté des peuples est de pouvoir conserver leurs traditions, comme étant leur mémoire collective, le rappel de leur volonté de se constituer en société. « La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu'elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition comme la tradition a surgi du progrès » disait Jean d'Ormesson. D'Ormesson nous permet de mieux comprendre ce qui doit se passer avec la tradition. La rejeter pour ses inconvénients serait une erreur, car cela serait faire défaut à ses indéniables avantages. Par contre, il faut savoir, à un moment donné, accepter que la tradition doive laisser place au progrès, en d'autres termes, qu'une nouvelle tradition puisse se mettre en place.

     

    Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous.  Vous pouvez être avertis des commentaires faits en vous inscrivant à la Newsletter (en bas de la page à gauche). Merci pour votre participation

    Exceptionnellement il n’y aura pas de rencontre en octobre on se retrouvera le Dimanche 24 novembre (même heure, même lieu)

    La question choisie à mains levées, est « Etudier le vivant, est-ce comprendre la vie ? »

    Le thème choisi pour le 26 janvier est  « La nature ». Préparez vos questions.

    Le 27 octobre Philippe Clauzet présentera « La macédoine grecque, un compte rendu de voyage pour mieux comprendre mythologie et histoire(s) »

    Mireille PL

     

     


  • Commentaires

    1
    Mireille PL
    Mardi 15 Octobre à 12:16

    J'ai recherché dans quel contexte avaient été prononcées les citations que nous avons évoquées

     « En Afrique, quand un vieillard  meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Cette phrase est attribuée à Amadou Hampâté Bâ . Il s’agit en réalité de la reformulation d’une partie de son discours prononcé en 1960 à l’UNESCO.

    En voulant faire comprendre à son auditoire que l’Afrique avait d’autres richesses et témoignages de son passé que des monuments de pierre, Bâ allait comparer la situation de sa région d’origine avec la conception de la préservation occidentale du savoir de l’époque, basée sur la conservation des livres. C’est de là qu’allait émerger cette comparaison entre le vieillard africain et la bibliothèque.

    « Je pense à cette humanité analphabète, il ne saurait être question de livres ni d’archives écrites à sauver des insectes, mais il s’agira d’un gigantesque monument oral à sauver de la destruction par la mort, la mort des traditionalistes qui en sont les seuls dépositaires. Ils sont hélas au déclin de leurs jours. Ils n’ont pas partout préparé une relève normale. En effet, notre sociologie, notre histoire, notre pharmacopée, notre science de la chasse, et de la pêche, notre agriculture, notre science météorologique, tout cela est conservé dans des mémoires d’hommes, d’hommes sujets à la mort et mourant chaque jour. Pour moi, je considère la mort de chacun de ces traditionalistes comme l’incendie d’un fond culturel non exploité. L’Unesco peut présentement, avec quelque argent, combler la lacune. Mais dans quelques décennies, tous les instituts et institutions du monde, avec tout l’or de la terre, ne pourront combler ce qui sera une faille culturelle éternelle imputable à notre inattention. C’est pourquoi, monsieur le Président, au nom de mon pays la république du Mali, et au nom de la science dont vous êtes un éminent représentant et un vaillant défenseur, je demande que la sauvegarde des traditions orales soit considérée comme une opération de nécessité urgente au même titre que la sauvegarde des monuments de Nubie. »

     Saint-Exupéry (Terre des Hommes) « Il me semble qu'ils confondent but et moyen ceux qui s'effraient par trop de nos progrès techniques. Quiconque lutte dans l'unique espoir de biens matériels, en effet, ne récolte rien qui vaille de vivre. Mais la machine n'est pas un but. L'avion n'est pas un but : c'est un outil, un outil comme la charrue.
    Si nous croyons que la machine abîme l'homme c'est que, peut-être, nous manquons un peu de recul pour juger les effets de transformations aussi rapides que celles que nous avons subies. Que sont les cent années de l'histoire de la machine en regard des deux cent mille années de l'histoire de l'homme? C'est à peine si nous nous installons dans ce paysage de mines et de centrales électriques. C'est à peine si nous commençons d'habiter cette maison nouvelle, que nous n'avons même pas achevé de bâtir. Tout a changé si vite autour de nous : rapports humains, conditions de travail, coutumes. Notre psychologie elle-même a été bousculée dans ses bases les plus intimes. Les notions de séparation, d'absence, de distance, de retour, si les mots sont demeurés les mêmes, ne contiennent plus les mêmes réalités. Pour saisir le monde aujourd'hui, nous usons d'un langage qui fut établi pour le monde d'hier. Et la vie du passé nous semble mieux répondre à notre nature, pour la seule raison qu'elle répond mieux à notre langage. »

    « La conservation de la tradition doit, elle-même, être conçue comme un acte de liberté » : Gadamer (philosophe allemand ) soutient que « [...] la tradition, ne cesse pas de porter en elle un élément qui relève de la liberté et de l’histoire même. La tradition, même la plus authentique et la mieux établie, ne se déploie pas grâce à la force d’inertie qui permet à ce qui est présent de persister ; elle a au contraire besoin que l’on y adhère, qu’on la saisisse et cultive. Elle est essentiellement conservation, au sens où celle-ci est également à l’œuvre en toute transformation historique. Or, la conservation est un acte de raison, un de ceux, il est vrai, qui passent inaperçus. C’est pourquoi l’innovation, le projet raisonné, sont tenus pour la manière d’agir et d’opérer de la raison seule. Or, ce n’est qu’une apparence. Même quand la vie qui change est soumise à de violents bouleversements, en période révolutionnaire, par exemple, se conserve, sous le prétendu changement de toutes choses, une part du passé beaucoup plus considérable que l’on ne pense et qui dès lors retrouve autorité en s’alliant à ce qui est nouveau »

     

     

     

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