• 5 à 7 Philo du dimanche 25 novembre 2016 : 31 participants

     Doit-on cultiver le respect ?

     Introduction  par Arielle

    Analyse des termes du sujet :

    Doit-on : Est-ce que c’est un devoir ?

    Cultiver : Dans Le Petit Larousse c’est : entretenir, développer, perfectionner une qualité, un don. C’est donc une chose qui s’apprend. Dans le verbe « cultiver » il y a cette notion d'apprentissage et de suivi

    Le Littré dit pour cultiver : le travailler, se livrer à, s’y adonner. Dans le mot « cultiver » il y a le mot « culture » qui vient du latin « cultura », dérivé de « cultum » participe passé de « colère »

    Respect : Le Littré donne comme définition : considération, égard, déférence que l'on a pour quelqu'un ou quelque chose.

    Respect vient du latin « respectus » qui signifie action de regarder derrière soi : le préfixe « re » indiquant le fait de repartir en sens contraire et « specere » signifiant regarder.

    Le Petit Larousse définit le respect comme un sentiment qui porte à traiter quelqu'un, quelque chose avec de grands égards

    Doit-on cultiver le respect ? Quel respect ? Le respect de la personne, le respect de la loi ? Ce sont des mots que l'on entend le plus souvent. Quand j'ai entendu cette question, j'ai pensé tout de suite au respect de la personne humaine, donc de l'irrespect qui peut exister envers tout être humain dans notre monde.

    Et je voudrais commencer par cette citation qui peut étoffer cette question posée aujourd'hui et qui rejoint la notion d'humanisme. C’est une citation de Claude Levi Strauss  

    « Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l'homme, le respect des autres êtres avant l'amour-propre »

    Le Respect, est-ce que ça change la vie ? La valeur du respect est-elle universelle ? Chaque être humain, quels que soient son origine, sa culture, sa religion, son milieu social et son rang hiérarchique, a des devoirs de respect envers l'autre, mais le respect n’est-ce pas une philosophie ?

    Le respect, ça change la vie. Mais surtout, le respect, ça change ma vie. Tout ce que l'on fait au quotidien, de bien ou de mal, n'est pas sans effets sur les autres. Si le respect est un droit fondamental de la personne humaine, il est aussi un devoir fondamental. Offrir du respect, c'est s'enrichir. Alors que tant de sujets nous séparent, le respect doit nous rassembler. C'est le respect qui doit être la norme et l'irrespect qui ne l'est pas et non le contraire. Ne rêve-t-on pas tous d'un monde où le respect serait la norme ?

    Le respect de l’autre est il un devoir ? Mais n'est il pas surtout un droit aussi ? 

    La question posée sous entend que le respect ne serait pas inné s’il doit se cultiver.

    Je voudrais vous lire cette note de Kant sur le respect, elle est intéressante: « Le premier [des devoirs envers les autres] est le respect du droit des autres hommes » ; et de continuer : « C’est un devoir pour nous que de respecter le droit des autres et de le considérer comme sacré. En fait, il n’y a rien de plus sacré en ce monde que le droit des autres hommes »

    Dans cette culture du respect il y a aussi le problème du respect entre les générations. De tout temps le conflit inter générationnel existe : dans l’antiquité, on relate la pensée de Socrate : « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l'autorité et n'ont aucun respect  pour l'âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans.”

    Débat

    Jacques L.: Le respect c’est la correction, l’égard que l’on doit avoir vis-à-vis de l’être humain qui est à côté de nous. Pour autant on peut avoir de temps en temps un peu d’impertinence, un peu de plaisanterie. Ce sont surtout les mots égard et considération que je retiendrais : l’égard pour l’être humain qui est à côté de nous, qui partage notre destinée, le respect pour les morts, le respect de la parole donnée, c’est la loyauté.

    Geneviève : Jacques dit que le respect est vis-à-vis de l’autre, mais je rajouterais que c’est le respect vis-à-vis de soi qui est particulièrement important. Si on veut être respectueux vis-à-vis de l’autre il faut d’abord l’être vis-à-vis de soi-même.

    Françoise : Je vois plusieurs niveaux de réflexions c'est-à-dire : le respect des lois parce que c’est fondamental pour la vie en société ; quand au respect de l’humain, je pose la question «peut-on respecter quelqu’un qui n’est pas respectable ? ». J’aimerai bien qu’on m’aide à réfléchir là-dessus.

    Mireille : Je me suis posé la même question et je me suis dit « qu’est-ce qui n’est pas respectable, la personne ou ses actes ? ». Dans un jugement je peux et j’ai le droit de juger l’acte d’une personne mais qui suis-je et de quel droit puis-je juger l’humanité de cette personne ?

    Françoise : Je ne sais pas mais est-ce qu’on peut respecter Hitler, est-ce qu’on peut respecter des grands tyrans ?

    Mireille : Même chez Hitler on peut respecter son humanité, la vie qui est en lui, après ses actes sont condamnables.

    Françoise : On peut peut-être différencier « respect » et « politesse »

    Thierry : On a parlé de droit et de lois, si mes souvenirs sont bons maitre Vergès a défendu un ex-nazi, il me semble que justement la loi a aidé les hommes à se respecter les uns vis-à-vis des autres. Ça remonte au fond même de la religion puisqu’on est sur une base judéo-chrétienne, les commandements «  tu ne tueras pas » etc. on été traduits au fil du temps par des lois qui sont une bonne béquille pour la société. Les lois n’aident-elle pas à définir la respectabilité ?

    Jacques L. : Pour répondre à la question de Françoise, je pense qu’effectivement comme l’a dit Mireille il faudrait toujours respecter la personne même si on ne l’estime pas, même si ce qu’elle a commis est très condamnable. Je pense que dans les tribunaux les juges et les avocats parlent de façon correcte à l’assassin même si dans leur fort intérieur ils trouvent que ce qu’à commis l’accusé est abominable.

    Anne : Par rapport à ce que disait Françoise, il me semble qu’ un individu peut avoir commis les pires forfaits, dans la mesure où on a la possibilité de le juger, est-ce qu’on va, sous prétexte qu’il a commis des atrocités, le torturer, le piétiner, le traiter comme un moins que rien ? Non je ne pense pas. Comme le disait Mireille il a une forme de respect d’humanité, c’est même une espèce de respect vis-à-vis de soi-même de se dire « cet individu là il est condamné pour ce qu’il a fait, on ne va pas le traiter de la même façon que ce qu’il a fait lui-même ».

    Jacques A. : Je crois que le respect a un effet inducteur, c’est-à dire qu’en fait ce n’est pas gratuit, si on respecte les autres on reçoit du respect en retour. D’une certaine façon c’est un acte de non violence, c’est donc un processus qui induit des choses, il y a un intérêt à être respectueux. Ça fait fonctionner notre cerveau sophistiqué et non pas notre cerveau reptilien.

    Arielle : C’est pédagogique.

    Philippe C. : Je pense que lorsqu’on prononce le mot « respect » on entre directement dans la notion de la morale. Or, la définition que tu as donnée et l’origine latine de ce mot « re specere » : regarder derrière soi, ça veut donc dire que quelque part la notion du respect nous vient du fait qu’on est pas seul au monde, il y a les autres. Ces autres, il faut que je porte un regard sur eux qui est aussi un regard sur moi. Je pense qu’il y a cette notion qui nous conduit vers l’autre. Paul Ricœur l’explique très bien en disant que dans la construction du « moi », cette construction ne passe que par le fait qu’il y a les autres autour. Donc, le respect que je vais porter à l’autre est en fait le respect que je dois me porter à moi-même. Je pense qu’il y a là une matière de réflexion importante pour chacun d’entre nous parce qu’effectivement il y a des moments où on a tendance à  agresser l’autre de manière souvent violente et irrespectueuse. Ce qu’on n’aimerait pas forcément qu’on nous fasse.

    Thierry : Par rapport à ça, j’ai eu la chance de suivre les débats de Robert Badinter sur la peine de mort et de Simone Veil sur l’avortement, et effectivement ils parlent beaucoup du respect à travers ce qu’ils ont voulu soulever dans la société française.

    Pierre : Je vais d’une certaine manière retrouver Philippe en disant qu’il va falloir qu’on fasse une distinction entre le fait d’être en vie, d’être une personne, de faire partie intégrante de l’humanité : si je considère que l’humanité je la porte en moi je séparerais l’être de la conduite, l’être de ses actes, de ses gestes, de ses comportements. A ce moment là le premier respect serait de se reconnaitre tous comme partie intégrante de l’humanité. Et dans le même temps se dire que, qui que l’on soit, on est utile aux autres parce que même dans le pire aspect des autres quelque part on peut se rejoindre. En revanche, après la question du respect devient tout à fait suspecte parce que si un individu m’agresse comment je vais lui porter du respect ? Enfin il y a ensuite plein de questions qui se posent. Je vois aussi une question dans la politesse, les convenances et puis aussi dans le conservatisme : est-ce qu’on doit respecter tout ce qui se conserve ? A ce moment là où sont les avancées, le changement, la créativité etc. ?

    Mireille : Ça fait deux fois qu’on introduit la notion de politesse, à ce propos Pascal cite Fontenelle qui dit : « Devant un grand seigneur je m’incline », ça c’est le devoir, la convenance, la suite est « mais mon esprit ne s’incline pas ». Il fait la différence entre le respect moral d’une société et le sentiment de respect que j’ai. Einstein lui souligne que «  Le respect irréfléchi de l'autorité est le plus grand ennemi de la vérité. » Il faut bien dissocier le respect social, la politesse, du sentiment de respect que j’éprouve pour une personne.

    Agnès : Ça pourrait aller loin dans le respect des ordres, combien se déculpabilisent en disant « j’ai respecté les ordres de ma hiérarchie »

    Max : Doit-on le respect à la loi ?

    Anne : C’est ce qui vient d’être évoqué : respecter la loi, oui, pour pouvoir vivre en société, dans une communauté, mais jusqu’où ? C’est le problème du procès d’Eichmann qui dit avoir appliqué la loi.

    Arielle : Dans la question du débat d’aujourd’hui il y a le verbe « cultiver » qui veut bien dire que le respect n’est pas inné, qu’il s’apprend au fur et à mesure qu’on grandit, qu’on devient un adulte. Quand on vit en société on se rend compte que le respect se cultive et qu’on se doit de respecter l’être humain mais qu’on a droit soi-même au respect.

    Jacques A. : La question « doit-on cultiver le respect ? » est un sujet à traiter de façon complète. On a surtout échangé sur la notion du respect. Je voudrais aussi dire que dans le respect il y a des codes, on peut interpréter une action comme étant irrespectueuse alors qu’en fait elle est respectueuse. Il y a les codes de générations par exemple. Voyez ma voisine prend des notes avec un papier moi je les prends sur le bloc-notes de mon portable ; on m’a déjà dit dans une réunion « au lieu de jouer avec ton téléphone tu ferais mieux d’écouter » mais non je ne joue pas je prends des notes mais comme ce code n’était pas connu des autres je paraissais irrespectueux. Aujourd’hui il y a des codes qui changent très vite et les conflits entre générations viennent de ce qu’on ne comprend pas le code, mais il n’y a pas irrespect. Aujourd’hui les codes sont complexes.

    Pierre : Je voudrais revenir au mot « cultiver ». Le sens que je lui donne est que le respect serait quelque chose de mouvant. L’appréciation qu’on pourrait donner du respect serait un travail permanent de telle manière qu’on puisse arriver au discernement. C'est-à-dire que ce qui peut paraitre respectueux à un moment donné ne l’est pas forcement, dès qu’un discernement pour nous même se fait. On fouille et on se dit « tiens je pensais qu’il s’agissait de respect mais finalement qu’est-ce que c’est ? ». C’est surtout l’aspect de l’appréciation que l’on a du respect qu’il faut travailler et encore la travailler au fur et à mesure qu’on avance en âge, de telle manière qu’on soit mieux placé pour dire « oui, là vraiment je suis au cœur du respect, par contre ici je me suis trompé ».

    Nadine : Il y a beaucoup de formes de respect. Et de toute façon ça fait partie de l’éducation. On apprend à un enfant à respecter, pas seulement les humains mais aussi le respect de la nature, le respect des animaux. C’est une philosophie en soi, mais ce n’est pas inné il faut l’apprendre.

    Mireille : Pour compléter ce que dit Nadine, j’ajouterai que le respect ne s’apprend pas par des leçons mais par l’exemple et comme disait Pierre  par l’exemple et l’expérience.

    Thierry : Dans ce que je viens d’entendre il y a deux trois choses qui me paraissent assez importantes. Je vois en face de moi un panneau « Je suis Charlie » et je pense à ce que disait Monsieur par rapport à la religion. A l’époque de Charlie il y a eu des caricatures qui ont été faites sur Mahomet, sur l’Islam, et on disait en France qu’on pouvait rire de ces choses là. Or, pour certains de la religion islamique c’était aller trop loin dans l’irrespect de leurs croyances et ça a eu les conséquences que l’on connait. Ceci pour dire que ce qui peut ne pas nous choquer au niveau du respect de certaines choses peut choquer et blesser d’autres personnes.

    Je voulais parler aussi de la sociologie qui est un métier moderne où on travaille sur la normalité, sur les normes. Et on sait que les normes évoluent tout le temps ; à travers ça la norme a fait qu’il y a des majorités qui sont dans la norme et il y a des minorités qui sont hors norme, ça se sont les sociologues qui le disent.

    Enfin, la troisième chose que je voulais dire c’est qu’on a cité Pascal, on a cité Einstein à propos de l’autorité ;  quand j’ai débuté dans le bénévolat il y a 30 ans, j’ai vu des gens imbus de leur personne qui avaient une autorité pas possible parce qu’ils étaient présidents de petites associations et qui pensaient qu’ils avaient le droit « de vie et de mort » sur des décisions, sur des gens ? C’était choquant, heureusement ça a changé, aujourd’hui on parle plus de compétences pour mettre des gens à des postes de responsabilité.

    Anne : Je vais juste faire un petit commentaire, car je pensais que peut être le problème serait abordé à propos des caricatures et le droit à l’irrespect. Je pensais au moins le dire à la fin : « cultiver le droit au respect, cultiver le droit à l’irrespect ». Il y a un livre très intéressant écrit par Caroline Fourest qui s’appelle « Éloge du Blasphème ». Le jour où l’on n’aura plus le droit de blasphémer nous serons en dictature.

    Mireille : Pour reprendre ce que dit Thierry c’est qu’en fait le respect et ses codes ce n’est qu’une question de culture. Les codes du respect ne sont pas universels.

    Arielle : Les différences de codes, comme on en a parlé tout à l’heure, existent entre générations. Les jeunes vont se sentir respectueux alors que les plus âgés vont les juger comme irrespectueux. Il y a des codes dans les générations, dans des groupes de sociétés qui font que cette notion de respect prend des sens différents.

    Jacques A. : Les normes n’ont pas été inventées pour embêter les gens mais pour induire d’une certaine manière le respect. Si on roule à droite sur la route c’est pour que les gens ne se rentrent pas dedans. Les codes sont là pour nous faciliter la vie. On dit que savoir le code de la route c’est savoir vivre.

    Jacques L. : Je vois bien deux notions qui sont abordées dans le sens du respect. Jusqu’où doit-on respecter ? Les événements de Nice ou de Charlie Hebdo ça peut quand même interpeller parce que ce qui c’est passé est tellement terrible, le droit au blasphème n’a-t-il pas des limites ? Après, on peut avoir de la haine pour ces assassins et dire qu’ils ne sont pas respectables. Mais… c’est compliqué tout ça c’est discutable. Le respect est une notion relative, donc chaque individu a sa petite idée.

    Mireille : Dans la mesure où le respect est un sentiment, cette notion va être très subjective.

    Anne : Effectivement ce sont des gens qui ne sont pas respectables et en même temps si, d’une certaine façon, je ne les respecte pas, c’est ne pas me respecter moi-même non plus. Je crois que dans cette notion de respect il y a plusieurs niveaux. Entre le respect du code de la route, le respect d’un certain nombre de lois, qui sont un peu au raz des pâquerettes, une forme de respect un peu basique, il y a quand même des formes de respect qui demandent une réflexion sur soi, une réflexion sur l’humanité, une réflexion qui est quelque chose de plus profond et qui peut-être en effet de l’ordre du sentiment. Et, je ne sais pas si le respect est nécessairement quelque chose d’acquis. Je me demande s’il n’y a pas des formes de respect qui peuvent être spontanées.

    Mireille : Pour reprendre ce que disait Nadine, on parle du respect de la personne, du respect des lois, mais il y a aussi le respect de l’environnement, des animaux, des autres règnes. Ma voisine a dit tout doucement une chose très vraie c’est que c’est en fait le respect de la vie. Alors quand on parle de l’être humain c’est le respect de la vie qu’il y a en lui et pas de ses actes. Il est important de dissocier les deux.

    Jacques L. : La loi du talion «œil pour œil, dent pour dent »  a été remise en cause. En France on ne condamne plus à mort mais ça se fait encore dans certains pays, ça veut dire que c’est encore une notion relative. Tout le monde n’est pas d’accord sur ce qui est le respect de la vie.

    Mireille : Par respect de l’autre j’ai pensé respect de la vie en lui mais aussi respect de la dignité de l’autre. Pour moi ces notions s’interpénètrent.

    Janie : Vous parliez de culture, je pense que le respect est très culturel puisque ça change d’un pays à l’autre cette notion n’a pas le même sens si on est en Afrique, en Asie où en Europe. Oui, on le cultive, il est très culturel.

    Anne : C’est très culturel, leur forme de respect n’est peut-être pas pareille que la notre, mais ils ont cette notion de respect.

    Marie France : On a droit à la différence.

    Max : L’irrespect le plus flagrant se trouve sur les réseaux sociaux où les insultes fusent bien plus que dans la vie.

    Arielle : Bien sûr parce que dans la vie on est en face de la personne alors que le réseau c’est virtuel et les gens se cachent derrière.

    Catherine : Être responsable c’est respecter.

    Mireille : Pour reprendre ce que dit Max, j’ai noté comme exemple d’irrespect le « casse-toi pauvre con » de Nicolas Sarkozy. Dans le cadre de l’éducation on apprend à un enfant à être respectueux par notre exemple. Quel exemple d’irrespect de la part d’un président de la république !

    Jacques L. : Je vais rebondir sur ce que tu disais Mireille à propos de l’exemple que les parents doivent donner. Je ne suis pas enseignant, mais je pense et j’espère quand même que le respect est encore enseigné dans l’éducation nationale.

    Arielle : L’éducation civique fait partie des matières oubliées.

    Anne : En maternelle on leur apprend le respect dans la pratique.

    Michel : Je travaillais à l’époque dans une association qui s’occupait de personnes âgées et nous avions une vétérane qui venait d’Afrique et qui ne tolérait au niveau du respect que des blanches, pas des noires. Et les jeunes noires nous disaient on ne veut pas travailler chez elle parce que ce n’est plus du respect mais de l’esclavage. Mon adjoint plus vieux que moi n’avait pas les cheveux blancs alors que moi je les avais, elle n’acceptait de ne parler qu’à moi parce qu’on devait le respect à la personne la plus âgée. Dans son pays c’est quelque chose de normal.

    Marie Christine : Je voulais revenir sur ce qu’à dit Philippe au début en parlant de Paul Ricœur. Dans « Un autre que soi-même » il y a deux réflexions qui m’ont interpellée. C’est qu’effectivement on voudrait être l’autre, on fait à l’autre ce qu’on voudrait pour soi-même. Et tu parlais Mireille de la dignité c’est exactement ce qu’on attend de l’autre c’est comme ça qu’on se construit. Quand à l’enseignement ce n’est pas écrire une phrase morale « Faut respecter… », L’enseignement c’est ce que tu vas être toi en tant que personne, ce que tu vas être par rapport à l’environnement, par rapport à la personne âgée, c’est la façon dont tu vas te positionner, c'est-à-dire ce que tu attends de l’autre.

    Il y a aussi autre chose je ne sais plus qui a dit ça « Quand je vois les abimes qu’il y a en moi, les autres me font peur ». C’est là-dessus qu’il y a un travail à faire : quelle distance on va pouvoir donner à l’autre et qu’on espère recevoir des autres, le respect il se joue là dedans.

    Thierry : J’ai écouté parler des réseaux sociaux et de l’éducation nationale, je ne suis pas là pour faire leur procès, simplement la question que j’ai envie de poser est sur leur réelle incidence ?  On a vu l’importance des réseaux sociaux par rapport à  l’élection de Trump,            

    Je ne sors pas du sujet parce que le respect au niveau des réseaux sociaux et de l’éducation nationale par rapport à l’individu pour moi c’est très important, ça rejoint aussi la notion de bien et de mal. Mais, j’ai connu des jeunes qui par l’école ont progressé de façon tout à fait positive pour la société et je connais aussi des jeunes qui n’ont pas été à l’école  et qui ont aussi progressé de façon positive dans la société.

    Anne : Pour donner un petit peu de renseignement sur ce qui se passe à l’école maternelle, ce n’est pas il faut faire ceci - il faut faire cela, mais c’est du vécu, on apprend aux enfants à se respecter les uns les autres, à vivre en groupe ; on leur apprend par le vécu et par l’attitude que peut avoir l’enseignant. Ça n’est pas un apprentissage théorique, dogmatique, c’est vraiment dans le vécu de tous les jours que le respect s’apprend.

    Jacques L. : Je remercie Anne de sa réponse, je suis content de savoir que les enseignants participent à l’apprentissage du respect. Ce que tu as mis en évidence c’est la question de savoir si, dès que l’enfant nait, enfin quelques mois plus tard, il a déjà un sens moral, si déjà par rapport aux autres il peut éprouver un sentiment de pitié, de compassion, s’il sait faire la part du bien et du mal, pour savoir ce qu’il convient de faire dans la vie alors que son éducation n’a pas commencé.

    Catherine : Pour avoir vécu ça avec mes deux petits enfants, ma fille ainée et moi nous avons eu énormément de mal quand ils ont été adolescents, face à nous ils avaient un manque total de respect. Pourtant l’éducation ils l’ont eu avant. Chez l’adolescent c’est vraiment la négation de l’autre pour exister.

    Arielle : C’est un autre sujet c’est la crise de l’âge ingrat que certains vivent fortement et que d’autres surmontent.

    Geneviève : Ce que vient de dire Catherine me ramène à quelque chose, en fait elle parle de l’irrespect, c’est vrai que nos ados nous malmènent, ils ont besoin de se frotter à nous pour se construire ; je pense que ça va nous ramener au sujet qui est posé aujourd’hui. Le manque de respect est pour moi lié à l’agressivité qui entraine chez la personne des actes de provocation que l’on peut tolérer, même si c’est avec difficulté, ils prennent racine dans la colère ; ça nous ramène au « regard derrière » de cultiver.

    Arielle : La personne qui est irrespectueuse, il faudrait se poser la question « pourquoi l’est-elle ? ». On apprend à cultiver le respect, si on se respecte soi-même on sait respecter les autres, donc les personnes qui ne respectent pas les autres c’est qu’elles ne se respectent pas elle-même ou bien qu’elles ont des problèmes, des souffrances.

    Pierre : Dans le rapport entre l’adolescent agressif et ses parents, je pense qu’il faut interroger le respect. Est-ce que c’est bien de respect dont il s’agit ? Ça questionne «  est-ce que c’est supportable pour moi ? ». Ce qui est vécu comme de l’irrespect c’est finalement l’incapacité de l’être à supporter, donc à dépasser quelque chose de lui-même. D’un autre côté quand on vit des expériences comme celles là, on fait ce qu’on peut.

    Je voudrais revenir sur cette question de l’utilité générale du respect comme faire en sorte que la vie ne soit pas mise en danger, maintenir l’intégrité de l’être. Pour moi, le fondement du respect touche à l’intégrité de l’être, à sa place dans la société, dans l’humanité, et c’est jusque là qu’il faut aller. Ensuite on fait avec. Je trouve que la notion de respect est vraiment une notion à la fois utile et suspecte. Je ne sais pas comment faire avec ça.

    Catherine : Je reviens au « casse-toi pauvre con » de Sarkozy, c’est dû à l’ignorance des autres, c’est l’effacement de l’autre.

    Max : Enfin, Sarkozy a répondu à l’agression de la personne.

    Thierry : Je voudrais seulement citer le psychosociologue  Serge Paugam qui disait que « ce n’est que dans le conflit qu’on peut avancer » et Marcel Rufo pédopsychiatre qui parle de l’intégrité de l’être autant physique que psychique. Ce sont, à mon avis deux personnes respectables. Bien sûr le respect est à considérer autant de façon, on va dire, « virtuelle » que de façon législative, bien sûr que c’est l’éducatif ; mais, j’ai connu des ados qui étaient complètement révoltés après le monde adulte mais qui étaient bien obligés de reconnaitre que le permis de conduire était utile et qu’il faut rouler à droite etc. Donc, d’un côté ils se révoltent, c’est le conflit générationnel, et d’un autre côté ils admettent qu’il y a des lois des codes sociaux à respecter.

     Anne : Pour revenir à Pierre, je me demande si ce que dit Jean Dutourd peut correspondre à ce que tu voulais dire: « L’intelligence de la vie, ce mélange si particulier de respect des convenances et de largeur d’esprit, cette faculté de comprendre avant de savoir »

    Mireille : On ne peut pas parler du respect sans faire allusion à la tolérance, tolérer l’autre c’est déjà commencer à le respecter. Goethe dans « Maximes et réflexions » écrit :

    « La tolérance ne devrait être qu'un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c'est offenser. » Quand on tolère il y a encore cette notion de jugement.

    Janie : Il y a quelque chose qui m’a toujours interpellée dans la notion de respect, c’est que bien souvent quand on a des jeunes en face de nous, on les tutoie, or s’ils nous répondent en nous tutoyant, on a le sentiment qu’ils nous manquent de respect. Pourtant ils ne sont pas irrespectueux, le respect c’est réciproque aussi.

    Arielle : Non, ils enlèvent des frontières pour se rapprocher par le dialogue. C’est là encore une conception d’éducation ?

    Jacques L. : En effet, il y a eu un débat pour savoir si les policiers quand ils arrêtaient des jeune devaient leur dire « tu » ou « vous ». C’est vrai que dire « vous » à un jeune de 8 ans c’est surprenant.

    Brouhaha :

    Jacques L. : Par rapport à ce qu’a dit Pierre je dirais que le respect ce n’est pas qu’une preuve d’intégrité physique c’est aussi le respect au niveau du langage, au niveau du psychisme.

    Françoise L. : Je voudrais revenir sur la notion de respect entre les êtres humains, bien sûr il s’apprend et se cultive, et puis, il est en même temps notre façon d’aller vers les autres et d’être avec les autres. S’il n’y a pas de respect, comment peut-on avoir une relation ? Cela me parait complètement impossible. C’est donc quelque chose qui va faire qu’on va pouvoir être ensemble, on va pouvoir discuter comme ce soir, on va pouvoir se créer des amis etc. ? C’est ça qui me semble important c’est que ça nous fait aller vers les autres. Alors, quelque fois, bien oui, on va manquer de respect parce qu’un jour on n’est pas bien, on est en colère. Mais on s’en aperçoit et on s’excuse. Il me semble que le respect c’est ce qui lie les êtres humains.

    J’ai beaucoup aimé aussi ce que tu as dit sur la tolérance, parce que ça fait aborder les différences. Alors est-ce que le respect peut s’arrêter au niveau du « appris par cœur » toujours avec cette envie d’aller vers les autres et que les autres viennent vers moi ? Je suis dans la situation où cette personne me renvoie quelque chose que je n’aime pas, sans doute quelque chose de moi mais je ne sais pas, et là on va être dans la tolérance. Je suis d’accord avec toi Mireille c’est quand même un premier pas qu’on peut franchir et qui nous permet de ne pas sortir du respect. Pour moi, le respect va avec les sentiments.

    Max : On peut être intolérant et avoir du respect.

    Brouhaha : … non… indifférence…

    Thierry : J’ai la chance d’entrainer des jeunes dans un sport je leur enseigne les codes du sport qu’ils pratiquent, c’est une école de la vie extraordinaire parce que on leur apprend le respect des règles, le respect de l’autre puisque c’est un sport collectif.

    Jacques L. : J’ai lu que le respect c’était un mélange d’humilité par rapport à l’autre, ajouté à la compassion et à un sentiment de justice.

    Anne : D’humilité, je ne sais pas. Si on regarde Fontenelle  cité par Pascal, il s’incline devant un noble parce que c’est la coutume mais dont l’esprit ne s’incline pas, ce n’est pas de l’humilité.

    Brouhaha :

    Max : Dans notre société le manque de respect est accentué par le capitalisme, je pense que dans les sociétés tribales et les sociétés de groupe ça existait beaucoup moins. Les codes étaient plus simples.

    Thierry : Par rapport à l’éducation nationale ; l’objectif de l’école de Jules Ferry était d’apprendre aux enfants à lire, écrire, compter, donc des choses très rationnelles. Est-ce qu’aujourd’hui l’école n’est pas en phase avec ce souci d’apprendre aux jeunes à respecter les fonctionnements parentaux,  les fonctionnements sociaux etc. ? J’ai le sentiment qu’ils en débattent pour trouver une solution à cette question du respect.

    Max : Je pense que les profs essayent déjà de se faire respecter.

    Brouhaha : (long hors sujet non philosophique sur les punitions physiques à l’école)

    Nathalie : Je voudrais revenir sur l’individualisme. Je pense que notre société aujourd’hui est en perte de respect parce que on est tellement replié sur soi-même qu’on va vers une espèce de pensée unique et que dès qu’une voix s’élève qui veut seulement porter l’attention sur une possibilité différente tout le monde trace sa route, évite d’écouter, évite de réfléchir, et là ça casse tout parce que la société nous fait nous replier sur nous-mêmes. Il y a des gens dans le monde ou à côté de chez nous qui meurent dans la misère et on les regarde avec indifférence. Pour moi, ça c’est de l’irrespect. Cet individualisme, ça c’est de l’irrespect.

    Brouhaha : (hors sujet)

    Geneviève : A propos du texte de Socrate sur les jeunes que tu as lu dans ton introduction, on ne dirai pas que c’est lui qui l’a dit on a l’impression que c’est un texte d’aujourd’hui. Donc ce conflit a toujours été. On pourrait revoir aussi quel ados nous avons été nous-mêmes.

    Arielle : Si on doit cultiver le respect, quand est-ce qu’on le perd ?

    Jacques L. : Nathalie a parlé de l’individualisme, n’est-ce pas cet égoïsme qui fait qu’on perd le respect ?

    Françoise L. : Je voudrais revenir sur l’éducation à l’école et les coups qui pouvaient y être donnés avant (en référence au hors sujet non retranscrit). Je pense que c’était de la violence mais à l’époque on appelait ça l’éducation du respect, à l’époque c’était accepté et les parents étaient très contents.

    Pierre : Je voudrais revenir sur la colère dont il a été question. J’ai du mal à mettre un rapport entre la colère et le respect. Mais ça m’a fait penser à un ouvrage que je suis entrain de lire qui s’appelle « Le garçon » où l’écrivain dit clairement que nous sommes depuis une éternité dans une société de maitres et d’esclaves et l’esclave aspire à être maitre. On est donc toujours dans une sorte de rapport inégalitaire et que dans ces conditions je me dis « dès lors, il n’y a pas de respect possible ». Selon lui, il faudra bien, à un moment donné, faire différemment. Et dans cette dialectique du maitre et de l’esclave, la seule ressource pour maintenir l’ordre c’est la violence. Et on donne une baffe au gamin en disant « respecte-moi »

    Marie Christine : On parle de l’école, mais la violence et le respect ça commence dans les familles.  C’est là que se construit le respect, bien avant la scolarisation. Je voulais aussi dire que les ados sont en transgression, qu’ils sont insupportables, mais qu’ils ne sont pas si irrespectueux que ça. L’adulte, la mère représente quelque chose d’important pour eux. Ils peuvent être irrespectueux dans la communication, parfois dans les actes mais au fond d’eux ils ont un vrai respect et même par rapport à l’institution. Aujourd’hui on met l’enfant en toute puissance, je trouve que c’est un irrespect vis à vis d’eux, c’est une maltraitance de mettre l’enfant au centre de tout.

    Brouhaha :

    Mireille : Dans ce que tu dis, en fait, l’adolescent rejette la forme mais pas le fond. Il a le sentiment de respect pour nous les parents, mais il rejette la forme, les codes. Je trouve inquiétant un adolescent qui ne remettrait pas en cause cette forme car ça lui permet de trouver le fond.

    Geneviève : Je pense que si on a une attitude respectueuse, non violente, je pense à Gandhi, On court-circuite l’hostilité.

    Marie Claude : Je ne sais pas si c’est dominant-dominé, ou respect-irrespect, mais au pays Dogon, les gens se réunissent dans une case qui a un plafond très bas, c’est la case à palabres. Tout le monde est assis parterre et les gens discutent et échangent bien : ils sont contraints à écouter l’autre parce que personne ne peut se mettre debout.

    Pierre : Geneviève, tu as parlé à un moment donné de Gandhi. On est vraiment au cœur du problème : que font Martin Luther King et Gandhi ? Ils tentent d’établir un nouveau rapport entre les uns et les autres, un rapport plutôt égalitaire. Or, qu’est-ce qui leur arrive : une balle dans la tête. Ça veut dire en clair que dès qu’on tente d’établir d’autres rapports que des rapports de domination, des classes s’empressent de liquider ces personnes qui sont immensément dérangeantes. On voit bien comment on tient en laisse les gens dès le moment où on institue la peur.

    Geneviève : Oui, ils sont morts de leurs convictions mais ils ont fait avancer les choses.

    Nadine : Par leur attitude, bien qu’ayant été des modèles, d’une certaine façon, ils ont voulu imposer le respect.

    Brouhaha :

    Mireille : Il y une autre notion que je trouve en lien avec le respect, Barjavel l’écrit : c’est l’amour. Il dit « L'amour est la clef de tout. Pas le sexe, pas la chiennerie que l'on confond un peu trop, ces temps-ci, avec la liberté d'aimer ! Un des caractères les plus graves de notre temps, à mon sens, est qu'on ne parle plus que des droits ! Nous sommes dans une revendication perpétuelle de chaque individu devant les autres. La politesse, la gentillesse, la courtoisie sont des qualités surannées, dévaluées, alors qu'elles impliquent, en réalité, le respect d'autrui. »

    Cette notion de respect liée à celles de l’amour et du pardon, on la trouve aussi chez Martin Gray, dans « Le livre de la vie » il écrit  «  L’amour est vertu d’indulgence, de pardon et de respect de l’autre ».

    Françoise : Quand on parle de Martin Luther King et de Gandhi, il faut se dire que l’on ne parle pas de nous. Ce sont des personnes qui ont fait un tel chemin, qui en sont arrivés à un état d’amour universel. Nous, nous sommes très, très loin de ça.

    Jacques A. : J’effectue un travail assez approfondi sur  l’organisation des entreprises dites « sans hiérarchie », ce qui choque un peu les gens parce qu’on ne sait pas ce que ça veut dire. Dans ces entreprises la notion de respect est très présente, et pleins de mots y sont associés. On ne peut pas mettre le respect tout seul sans y associer autre chose, par exemple réduire la peur. Alors on parle de respect, réciprocité, reconnaissance, c’est la règle des 3 « R ». Il y a aussi celle « du vrai, du beau et du bien ». Il y a l’approche systémique. Il y a aussi apprendre ce que c’est la complexité, parce que il y a 10 ans on était dans un monde compliqué et qu’on est passé dans un monde complexe. Ce qui est compliqué peut se comprendre par petit bout, la complexité ne peut se diluer. Le plus petit niveau hiérarchique a autant de poids que le chef : une entreprise peut basculer parce que la femme de ménage n’a pas nettoyé un truc. Les entreprises qui fonctionnent bien aujourd’hui sont des entreprises sans hiérarchie, on dit aussi entreprises libérées où il y a beaucoup rigueur et de respect, retour du respect du client au sens large : c’est le collègue de travail, c'est-à-dire je donne un brouillon à quelqu’un je dois bien écrire car il va être lu par quelqu’un de l’entreprise qui est mon client, le client de mon brouillon. Le respect va jusque là.

             

    Fermeture du débat par Arielle et Anne

    Arielle : Je terminerai par cette phrase de Françoise Dolto : « Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité visant à un but commun : l'épanouissement de chacun dans le respect des différences. »

    Anne : Pour clore la séance j’ai cherché un poème, je n’ai pas cherché spécialement un poème sur le respect par peur que ce soit un petit peu pesant après ce débat. J’ai trouvé quelque chose où il y a le mot respect tout à la fin. Ce sera l’occasion pour ceux qui ne le connaisse pas de découvrir Francis Ponge, ça s’appelle :

    Le Pain

     La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
     Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
     Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable...
     Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

     

     Que vous ayez été présent ou non à cette rencontre, si vous voulez apporter un complément à ce débat, n’hésitez pas à faire un commentaire en cliquant ci-dessous.  Vous pouvez être avertis des commentaires faits en vous inscrivant à la Newsletter. Merci pour votre participation et rendez vous Dimanche 29 janvier 2017 (même heure, même lieu)

    La question choisie à mains levées, sera: « La notion de normalité est-elle subjective ? »

    Le thème choisi pour  février : « L’intuition ». Préparez vos questions.

    Mireille PL

     


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